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La danse au service de jeunes autistes aux Grands Ballets

Des jeunes filles font du ballet.

De jeunes participantes au cours Ballet-autisme

Photo : Sasha Onyshchenko

Mariève Bégin

Les Grands Ballets sont reconnus pour leurs spectacles grandioses et pour les danseurs de haut niveau qui émergent de leurs studios, mais ils proposent aussi un tout autre genre d’offre : les cours Ballet-autisme.

C’était un rendez-vous hebdomadaire attendu et apprécié d’une douzaine de jeunes autistes chaque session, avant que la pandémie de coronavirus vienne l’interrompre. Sans même le savoir, ils font beaucoup plus que s’amuser. C’est le cas de Jeronimo Rodriguez Lopez, 7 ans, comme en témoigne son père, Andres Felipe.

De plus en plus, on voit qu’il aime ça. Le samedi, on lui dit : "Demain, c’est dimanche, c’est ton cours de danse. Est-ce que tu es content, est-ce que tu veux y aller?" Et il dit : "Oui! "

Un seul mot qui signifie beaucoup, lorsqu’il est prononcé avec enthousiasme par un enfant qui a des difficultés à s’exprimer.

Il écoute sa professeure.

Jeronimo Rodriguez Lopez, jeune autiste de 7 ans, à son cours de ballet.

Photo : Sasha Onyshchenko

Pour les parents, comme nous, d’enfants autistes, c’est difficile de trouver une place parce que, pour lui, le plus important, c’est qu’il reste toujours avec quelqu’un [...] Heureusement, on a trouvé le ballet, raconte M. Rodriguez Lopez.

Le programme de Ballet-autisme existe depuis 2017 et ne cesse de grandir, d’après la responsable du centre national de danse-thérapie aux Grands Ballets, Amy Éloïse Mailloux.

L’idée derrière la danse adaptée, c’est de donner un cours qui est dédié aux loisirs à cette population-là, qui est adapté à leurs besoins et leurs capacités, explique-t-elle.

Les cours sont toujours donnés par un duo de professeurs composé de quelqu’un formé en danse et d’un professionnel de la santé. Souvent on a des danse-thérapeutes, ajoute-t-elle.

La présence d’un danse-thérapeute ou d’un psychologue pour accompagner l’enseignante est un atout important, qui vient soutenir le cursus du cours, explique Mme Mailloux.

Une progression encourageante

Au-delà du plaisir, la combinaison de sport, de créativité et d’interactions que proposent les leçons de ballet permet aux jeunes d’améliorer leur motricité, leur coordination et leurs habiletés sociales.

Plusieurs mois après le début de ses cours, Jeronimo a progressé et reçoit de bons commentaires de ses professeurs.

Il suit les consignes, il est capable de suivre la routine, se réjouit son père. (Les enseignantes) disent qu’il s’est beaucoup amélioré depuis qu’il a commencé. Avec sa maman, on se dit que ça va très bien pour lui, les cours de danse.

Avec les cours de ballet, on dirait qu’il se sent bien et il aime toujours ça y aller.

Andres Felipe Rodriguez Lopez, père de Jeronimo, jeune autiste
Il fait un exercice avec un gros ballon.

Jeronimo Rodriguez Lopez, jeune autiste de 7 ans, avec sa professeure de ballet

Photo : Sasha Onyshchenko

Pour favoriser un climat d’apprentissage positif, la notion d’espace sécuritaire (safe space) a été mise de l’avant, explique Mme Mailloux.

On veut vraiment s’assurer que les jeunes, une fois qu’ils entrent dans le studio, ils sentent que c’est un espace pour eux. Donc, on a de petites stratégies au niveau de l’aménagement qui aident.

Quand les jeunes entrent dans nos studios, souvent ce qu’on voit, c’est qu’ils peuvent s’épanouir.

Amy Éloïse Mailloux, responsable du centre national de danse-thérapie aux Grands Ballets

Les cours sont structurés pour qu’ils puissent développer leur créativité, et communiquer d’une autre façon aussi, enchaîne-t-elle. Donc évidemment, il y a des exercices qui se font en duo, en groupe dans la classe. Et ça, on pense que ça aide vraiment à créer des relations avec l’autre.

Les enseignantes ont aussi recours à la stimulation tactile, qui consiste à de simples mouvements du corps répétitifs, faciles pour les jeunes, mais qui ont une portée neurologique. Les exercices à la barre améliorent la coordination et permettent de détendre les muscles contractés.

Les autistes peuvent avoir beaucoup de contractions liées à l’anxiété, au stress, ajoute-t-elle.

Après, on fait des déplacements dans la salle, donc souvent des diagonales […] C’est des petites choses comme ça, mais au niveau de la motricité, ça a beaucoup d’impact.

Elles s'appuient sur une barre.

De jeunes autistes font des exercices à la barre.

Photo : Sasha Onyshchenko

Méconnus

Offerts depuis plus de deux ans, les cours de Ballet-autisme restent peu connus.

C’est sûr qu’il y a beaucoup de gens qui n’associent pas les Grands Ballets au loisir, et encore moins aux populations vulnérables, s’explique Mme Mailloux.

Malgré tout, la demande n’a cessé de croître et elle compte élargir le programme à l’automne prochain, si les conditions de santé publique le permettent.

Dans le cas de Jeronimo, c’est sa mère qui a découvert l’activité grâce à un groupe Facebook pour les parents d’autistes. M. Rogriguez Lopez espère que plus de gens pourront connaître et bénéficier de ce loisir à l'avenir.

Ça serait important que tout le monde sache qu’il y a quelque chose qui pourrait aider les enfants comme mon fils.

Andres Felipe Rodriguez Lopez, père de Jeronimo, jeune autiste

C’est un rendez-vous hebdomadaire auquel son fils et lui tiennent beaucoup : Ça me fait plaisir de toujours l’emmener dans ses cours, ça fait une activité, même pour moi.

On vient ici au centre-ville, et lorsqu’il finit, on se promène un petit peu, on va au parc, on peut manger, poursuit-il. Je suis content pour lui, parce qu’il aime ça.

D’ailleurs, en ces temps de confinement, il a confié avoir bien hâte que la vie normale, et les leçons de Ballet-autisme, reprennent.

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