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Le coronavirus, nouveau combat de Kim Clavel

Elle s'entraîne.

Kim Clavel

Photo : Radio-Canada / Jean-François Chabot

Jean-François Chabot

Depuis deux semaines, les gants qu’enfile Kim Clavel sont faits de latex. Forcée à l’inactivité sur le plan sportif, la boxeuse québécoise s’est portée volontaire pour reprendre du service comme infirmière auxiliaire et pour affronter la COVID-19.

Il est 8 h. Kim vient de rentrer à la maison après un quart de nuit. Elle les enchaîne les uns après les autres. Nuit, soir, soir, nuit, soir…

Ça l’aide à trouver le temps moins long, et, surtout, à se sentir utile en temps de crise.

En ce moment, j’interviens surtout dans les CHSLD. Ce n’est vraiment pas évident. C’est même triste. C’est dur psychologiquement de voir des personnes âgées souffrir. Ces gens-là s’ennuient de leur famille. Ils pleurent, indique-t-elle d'entrée de jeu.

Elle ajoute qu'elle traite des personnes qui, souvent, ne comprennent pas trop ce qui se passe. Beaucoup ont un déficit cognitif ou souffrent de la maladie d’Alzheimer.

J’imagine ma grand-mère dans chacune d’elles. Je me dis que ces personnes en train de vivre ce confinement imposé en CHSLD sont la grand-mère ou le grand-père de quelqu’un.

Une citation de :Kim Clavel, boxeuse et infirmière

Selon Kim Clavel, le manque de personnel en santé est criant. Il y en a qui ont peur d’aller travailler dans les résidences où il y a des cas positifs à la COVID-19. Il faut aussi savoir que des employés sont aussi tombés malades. Cela entraîne un important roulement de personnel, ce qui complique la tâche dans les résidences et établissements de soins de longue durée.

Depuis le 21 mars, elle a travaillé un peu partout. Elle est tributaire des besoins. Ses affectations lui sont fournies chaque soir pour le lendemain par l’entremise d’une agence. Elle va là où l’on manque de monde.

C’est ainsi qu'elle s'est retrouvée à Terrebonne, à Repentigny, à Montréal, sur le boulevard Gouin, puis à Laval. Dans la nuit de mardi à mercredi, elle était à Verdun.

Elle veut rassurer sa famille, ses amis et ses partisans. L’établissement du boulevard Gouin n’est pas le CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, où de nombreux cas et décès ont déjà été signalés.

Si j’avais accepté d’y travailler, j’aurais perdu le droit d’exercer ailleurs en raison des risques élevés d’exposition et de transmission du virus vers d’autres établissements. C’est donc au CHSLD Gouin que j’ai donné des soins.

Une citation de :Kim Clavel
Elle prend une photo sur le ring avec sa ceinture.

Kim Clavel

Photo : Vincent Ethier/Eye of the Tiger Management

L'omniprésente inquiétude

Depuis qu'elle a repris son travail d’infirmière, le 21 mars, Kim Clavel a vu plusieurs endroits où il y avait beaucoup de cas d’isolation en raison de symptômes grippaux, qui ressemblent beaucoup à ceux du coronavirus. Mardi, le premier ministre québécois François Legault annonçait que plus de 400 résidences pour personnes âgées étaient aux prises avec des cas d'infection à la COVID-19.

Plusieurs de ces personnes ont passé des tests lundi et étaient dans l’attente de résultats. Clavel se dit quand même rassurée parce qu'il y a de plus en plus de mesures pour assurer la santé et la sécurité du personnel médical.

Pour être honnête, durant la première semaine où j’ai travaillé, il n’y avait pas beaucoup de protection. Il n’y avait pas d’équipement et le personnel ne faisait pas tellement attention. Mais là, on dirait que c’est devenu plus sévère. Dans certaines résidences, ils ont même installé des caméras pour surveiller les employés et être sûrs qu’ils font les choses comme il le faut.

Une citation de :Kim Clavel

Avant d’entrer dans une chambre en isolement, elle doit revêtir une jaquette, enfiler un masque, des gants et même des pantoufles afin de protéger ses souliers. Elle doit bien sûr se laver les mains. Et quand elle entre dans la chambre, elle est tenue de signer un registre en notant l’heure, et son numéro d’employé. Elle doit aussi noter l’heure quand elle en ressort.

Ainsi, si elle devait développer des symptômes, on pourrait facilement savoir à quel endroit elle aurait pu attraper le virus. À l’inverse, on serait à même de voir si elle a été la personne qui a contaminé la patiente.

Une petite place pour le sport

En tant que boxeuse, quand elle se prépare pour un combat, Kim Clavel sait exactement à qui elle aura affaire dans le ring. Elle voit son adversaire et prépare sa défense en conséquence.

Face à cet adversaire invisible qu’est la COVID-19, elle fait de son mieux pour se protéger en suivant les conseils d’hygiène. Elle se lave les mains, change ses vêtements avant de quitter le travail. Elle les dépose dans un sac de plastique pour les laver dès qu'elle rentre chez elle.

La meilleure défense que l’on puisse adopter en ce moment est de faire attention pour ne pas se contaminer les uns les autres. On essaie de mettre en pratique la distanciation sociale même dans les résidences. Encore une fois, je ne crains pas pour ma propre santé. Les mesures en place sont plus serrées. C’est sûr que personne n’est à l’abri à 100 % parce qu’il suffit d’une minuscule gouttelette. Ça peut arriver.

Une citation de :Kim Clavel

Je suis jeune et en santé. J’ai tellement le désir de prendre soin des personnes âgées. Je ne veux tellement pas leur transmettre le virus ou des microbes. C’est pour ça que je suis très méticuleuse dans tout ce que je fais. Je les traite tous comme s’il s’agissait de ma grand-mère, renchérit la pugiliste.

À travers tout cela, elle trouve encore le temps de s’entraîner un peu. Elle y consacre environ une heure chaque jour.

Elle sort pour courir. Elle s’entraîne aussi dans son petit appartement. Son préparateur physique, Fred Laberge, lui envoie un programme qu'elle peut accomplir dans son salon avec une chaise ou de petits haltères.

À l’extérieur, elle saute à la corde à danser, entame des sprints, fait de la boxe simulée. Mais elle a très hâte de pouvoir retourner au gymnase, au centre Claude-Robillard, pour taper sur un sac.

Je suis consciente que la présente bataille contre ce virus planétaire pourrait être longue. En boxe, on parle d’un combat qui irait à la limite. Il se pourrait même que l’on assiste à une trilogie comme pour les duels entre Dave Hilton et Stéphane Ouellet.

Une citation de :Kim Clavel

On espère tous que non. Lundi, elle travaillait avec un résident en confinement dans sa chambre. Pendant qu'elle lui prodiguait ses soins, le patient regardait à la télé une rediffusion d'un de ses combats. Clavel affirme avoir bien pris son temps pour s’occuper de lui parce qu'elle regardait le combat en même temps!

Avant d'aller se coucher pour récupérer en prévision de son prochain quart de travail, Kim Clavel a voulu profiter de la plateforme qui lui était offerte ici pour remercier tout le monde qui œuvre dans le domaine de la santé.

Les gens travaillent fort. Ils sont bons. Ils ont du cœur. Ce sont des anges descendus du ciel parce que leur tâche est difficile. Ce n’est vraiment pas de tout repos. Peu importe le département où ils sont, que ce soit en CHSLD ou dans les hôpitaux, c’est un gros travail qu’ils abattent, conclut-elle.

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