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Pas de Jeux de Tokyo « si les conditions sanitaires ne sont pas réunies »

Un passant avec un masque marche devant une affiche des Jeux olympiques à Tokyo.

Un passant avec un masque marche devant une affiche des Jeux olympiques à Tokyo.

Photo : Getty Images / Philip Fong

Les Jeux olympiques de Tokyo, reportés à l’été 2021, pourraient-ils être carrément annulés si la crise du coronavirus persiste? Cette question est pour le moment de l’ordre de la « spéculation », confie Christophe Dubi, chef de la direction des Jeux olympiques au Comité international olympique (CIO), dans une entrevue à Radio-Canada Sports. Mais « si les conditions sanitaires ne sont pas réunies, ça ne se fera pas », affirme-t-il sans détour. Le haut responsable du CIO répond à d’autres questions chaudes sur le report de ces Jeux.


Q. - Comment s’est passé le choix de la nouvelle date des Jeux de Tokyo? Cela devait être un véritable casse-tête?

R. Oui, c’était un puzzle compliqué, mais avec une priorité absolue : la santé des athlètes et des participants. Quand on voit tout ce qui nous reste à faire entre aujourd’hui et les Jeux et, surtout, si on veut se donner le temps de voir comment cette terrible épidémie va évoluer et évoluer favorablement, plus on se donnait de temps, plus on allait vers la fin de l’été et plus on se donnait de chances d’offrir des conditions sanitaires idéales pour les athlètes.

Après, il a fallu travailler avec les organisateurs, qui doivent assurer des fondamentaux, remettre en place les dispositifs des pièces maîtresses comme le village olympique, les différents sites. Il fallait voir avec eux comment on allait remettre toutes ces pièces dans le puzzle.

Puis, il y avait le calendrier des compétitions sportives dans une année non olympique. Donc, forcément, d’autres compétitions. Dans cette perspective, il fallait en plus compter avec les qualifications olympiques. Car aujourd’hui, nous avons un peu plus de 40 % des athlètes à qualifier. Donc les fédérations devaient aussi prévoir des qualifications, sans doute le printemps prochain.

Et finalement, il fallait aussi s’assurer d’avoir une belle audience et que les gens puissent suivre les Olympiques dans de bonnes conditions. Ça faisait énormément de données à arranger dans le bon ordre, mais toujours cette priorité par rapport à la santé, d’où cette date de fin juillet.


Q. - On a beaucoup critiqué la date du mois de juillet à cause des chaleurs intenses à Tokyo. L'idée de reporter les Jeux au printemps a-t-elle été évoquée?

R. Pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, une date reportée au printemps, c’était beaucoup plus de risques par rapport aux conditions sanitaires. On ne sait pas comment elles vont évoluer. Encore une fois, il fallait tenir compte des compétitions sportives qui doivent se tenir au printemps, des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. À la fin de l’été, les conditions seraient les meilleures.

Il est vrai qu’à ce moment-là, il fait chaud au Japon, mais les organisateurs avaient déjà mis sur pied toutes sortes de solutions pour pallier le problème. On avait trouvé des solutions non seulement pour les athlètes, les participants, mais aussi pour les spectateurs et les journalistes pour qu’ils ne souffrent pas trop de cette chaleur.

Ce travail va porter ses fruits et on va même pouvoir tester une nouvelle fois certaines de ces solutions au cours des épreuves-tests qui devront se tenir le printemps prochain. On devrait donc obtenir des conditions optimales pour tous.

Il gesticule.

Christophe Dubi en conférence de presse

Photo : Getty Images / Xinyu Cui


Q. - Certaines fédérations sportives s'inquiètent pour leur budget, car une bonne partie a été dépensée pour les Jeux qui devaient se tenir cet été. Qui va leur venir en aide?

R. Il y a plusieurs niveaux de fédérations. Il y a les fédérations nationales qui sont affiliées à leur CNO [comité national olympique, NDLR] et qui préparent leurs athlètes au quotidien. Dans ce cadre, la première décision qui a été prise par la commission exécutive du CIO, c’était de reconduire les programmes de la solidarité olympique qui permettent d’assister les athlètes dans leur entraînement, dans leur préparation. Ça, c’est déjà une excellente chose.

Aujourd’hui, tous les acteurs du sport se retrouvent sous une pression économique au quotidien. On le voit, cela concerne tous les sports, pas seulement le mouvement olympique. Et face à cela, on parle nous, de la famille olympique, et donc de se serrer les coudes entre nous, trouver les meilleures solutions et pour certains sports. Ça passe par les contributions financières du CIO. Et là, bien entendu, on doit maintenant reprendre tous nos contrats avec l’ensemble de nos partenaires et voir dans quelle situation financière nous allons nous retrouver également dans les mois qui viennent.

C’est un travail qui est en cours avec, d’un côté, l’évaluation des coûts supplémentaires qui vont être générés par cette année de plus et, également, des revenus supplémentaires qui pourraient être générés. Dans une famille olympique, il y a une notion fondamentale, c’est la solidarité. Et croyez-moi que dans toutes les décisions qui ont été prises et celles qui se prendront, nous sommes solidaires et la concertation est de tous les instants.


Q. - Certains observateurs disent que le report des Jeux de Tokyo va coûter plusieurs milliards de dollars aux organisateurs japonais. Est-ce que le CIO va les aider?

R. Les organisateurs commencent à faire le travail de leur côté et regarder tous leurs fondamentaux, ce qui leur reste à acquérir auprès du marché. Faire l’évaluation de ce qui peut rester en place, de ce qui pourra être reporté et en évaluer les conséquences.

Une chose est certaine, le contrat entre les organisateurs et le CIO est très clair. Le CIO a déjà largement contribué financièrement et continuera à le faire. Nous avons déjà contribué à un peu plus de 1,6 milliard pour ces Jeux de Tokyo, ce qui est une somme déjà phénoménale, et il y aura aussi une augmentation des coûts pour le CIO et la famille olympique.

On va maintenant regarder comment les organisateurs feront face à cette nouvelle situation et nous ferons de même chez nous. Nous nous sommes mobilisés pour trouver une façon de faire les choses différemment face à cette situation inédite et historique. Il faut faire différemment, être créatif pour aider les organisateurs qui font face à une tâche phénoménale. Tout le monde va contribuer pour alléger la pression sur les organisateurs et les aider autant qu’on peut, y compris pour le volet économique, en trouvant des réductions où l’on peut en trouver.


Q. - Comment voyez-vous l'avenir des Jeux olympiques pour d'éventuelles candidatures? Certains pays risquent d'être maintenant plus craintifs. Le CIO avait déjà allégé les villes participantes pour 2024 et 2026. Cette participation du CIO va-t-elle prendre de l’ampleur pour l’avenir? Le CIO va-t-il changer son modus operandi?

R. Le modus operandi a énormément évolué, que ce soit en candidatures et en organisation des Jeux. Vous savez, l’Agenda 2020 a créé une dynamique incroyable, notamment au sein des villes et des régions qui veulent se porter hôtes pour le futur, et il y a beaucoup d’innovation.

Si vous prenez l’exemple des Jeux de Milan-Cortina pour 2026, on est là dans un dispositif complètement nouveau avec un allégement financier énorme, une souplesse d’organisation qu’il n’y avait pas par le passé et je crois que c’est ça que les futurs candidats vont regarder, comment l’Agenda 2020 permet de s’adapter à pratiquement toutes les situations. Et il ne fait aucun doute qu’une situation comme celle que nous vivons aujourd’hui, qui est absolument dramatique, qui est effrayante bien au-delà du sport pour chacun d’entre nous, ce sera un facteur de réflexion pour le futur. Et les organisateurs vont intégrer cela dans la conception de leur projet qui se ferait aujourd’hui pour 2030 ou 2032. Je crois que nous avons toutes les armes pour face à ces différents défis.


Q. - Nous ne savons pas comment va évoluer l'épidémie, sans penser au pire si elle devait être présente en 2021. Est-ce que les Jeux pourraient être annulés?

R. Je crois qu’on est dans le domaine de la spéculation à ce stade. Mais une chose est certaine, et je vous le garantis une nouvelle fois, c'est que la considération première, c’est la santé des participants. Il faut créer des conditions sanitaires qui soient absolument parfaites pour la tenue de l’événement et ça ne se fera pas si les conditions ne sont pas réunies. Cette position, c’est ce qui a conduit tout au long de ces semaines l’ensemble de nos décisions.

Le mot d’ordre, c’est la santé avant tout. Nous allons continuer à observer l’évolution de la situation avec nos partenaires, l’OMS et les organisateurs en espérant que la courbe s’inverse, mais en attendant, restons vigilants.

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