•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Jesse Marsch attend la reprise de son aventure européenne

Il sourit avant un match de Ligue des champions contre Liverpool.

Jesse Marsch dirige le Red Bull de Salzbourg depuis juin 2019.

Photo : Getty Images / Andreas Schaad

Olivier Tremblay

Dans son salon, en Autriche, Jesse Marsch croise les doigts. Le pire de la pandémie de COVID-19 est probablement à venir dans son pays d’adoption, qui partage une frontière avec l’Italie et l’Allemagne, deux nations particulièrement touchées. Mais le moral est bon, et l’ancien pilote de l’Impact de Montréal plonge avec bonheur dans ses souvenirs – lointains ou non.

Au moment de l’entretien, l’Autriche est en confinement depuis environ deux semaines. La famille Marsch vient d’aller chercher son aînée, Emerson, en Allemagne, où elle était demeurée pour poursuivre ses études.

On ne peut pas aller en Italie, mais l’Allemagne, ça va – les autorités sont très restrictives, et il faut prouver qu’on a une bonne raison de se déplacer, explique Marsch, qui a quitté un poste d’adjoint au RB Leipzig l’été dernier pour prendre la tête du Red Bull de Salzbourg, dans la même grande famille sportive qui donne des ailes.

Les matchs de la Bundesliga autrichienne sont, pour l’instant, remis jusqu’en mai. Les dirigeants du soccer européen espèrent encore reprendre la saison à ce moment, un scénario que Marsch juge « relativement optimiste ». Et comment. En Autriche, raconte-t-il, les chiffres ont augmenté plus qu’à l’habitude ces derniers temps. Dans les trois jours qui précèdent l’entrevue, on y compte 422, 675 et 945 nouveaux cas.

Tout le monde est un peu anxieux en Autriche, souligne Marsch. On espère néanmoins que nous avons pris assez de précautions et que ce ne sera pas la folie.

Dans sa vie professionnelle, au moins, rien à signaler à cet égard. On ne recense aucun cas de coronavirus au club ni dans la ligue. Un joueur, dans les premiers jours de la crise, a été mis en quarantaine par mesure préventive, mais il n’était finalement pas porteur du virus.

C’est tout de même une triste fin, si cela s’avère, pour la tonitruante première saison de Jesse Marsch comme entraîneur-chef en Europe. Après 22 matchs, le Red Bull de Salzbourg, 2e au classement de l’élite autrichienne, était de loin l’équipe la plus spectaculaire au pays avec 74 buts marqués – une étourdissante moyenne de 3,4 filets par rencontre.

Le reste du continent a bien vu ce qui se passait. Cet hiver, à la mi-campagne, Salzbourg a vendu ses deux meilleurs joueurs, Erling Haland et Takumi Minamino, à Dortmund et à Liverpool.

Les deux entraîneurs sourient.

Jesse Marsch (à l'arrière) a croisé le Liverpool de Jürgen Klopp cette saison en Ligue des champions.

Photo : Getty Images / AFP/APA/BARBARA GINDL

L’entraîneur de 46 ans a aussi eu l’honneur de diriger son équipe en Ligue des champions de l’UEFA, où Salzbourg a livré à Liverpool un des matchs les plus spectaculaires de la saison. Le pilote des champions d’Europe en titre, l’Allemand Jürgen Klopp, a salué le travail de Marsch et de son personnel – l’entraîneur des gardiens à Salzbourg, Herbert Ilsanker, est d’ailleurs un ancien coéquipier de Klopp à Mayence.

Si vous êtes du genre à lever le nez sur le soccer parce qu’on n’y marque pas de buts, le remède est peut-être un visionnement de match du Red Bull de Salzbourg. L’équipe est jeune, dynamique et résolument portée vers l’avant.

Lorsque les dépisteurs du club évaluent une recrue potentielle, explique Marsch, ils se posent deux questions : quelles sont les armes du joueur, et quelles règles sont-ils prêts à enfreindre?

Souvent, on enseigne aux jeunes joueurs à être passifs, déplore l’entraîneur. On leur apprend à jouer la possession, à jouer vers les côtés… Nous voulons des joueurs qui veulent toujours aller vers l’avant, qu’ils aient le ballon ou non. Parfois, ces joueurs n’attirent pas les autres équipes parce que leurs qualités classiques de footballeurs ne sont pas si raffinées, mais nous, quand on voit ce sens inné de l’initiative, ça nous enthousiasme.

Dans tous les secteurs du club, nos gens sont au courant de nos objectifs, des joueurs dont nous avons besoin, du football qu’on veut jouer, des exigences que nous fixons chaque jour, poursuit-il. Ça veut dire que mon travail est relativement facile comparativement à d’autres emplois que j’ai eus, où je me sentais obligé d’essayer de dicter les conditions dans bien des situations.

Au milieu de cette phrase, Marsch laisse échapper un éclat de rire qui indique qu’il sait que son interlocuteur comprend très bien à quoi il fait référence. Son séjour à l’Impact de Montréal ne s’est pas terminé comme il l’aurait souhaité, et les deux parties n’ont jamais caché que leurs philosophies n’étaient pas, au bout du compte, compatibles.

Il encourage son équipe.

Jesse Marsch a occupé à l'Impact son premier poste d'entraîneur-chef.

Photo : Getty Images / Mike Stobe

Marsch, pour la petite histoire, est devenu le premier entraîneur-chef montréalais de l’ère MLS quelques mois avant l’entrée du club dans l’élite nord-américaine, en 2012. L’ancien joueur n’avait pour seule expérience qu’un passage dans l’équipe nationale américaine à titre d’adjoint à son mentor, l’actuel entraîneur-chef du Los Angeles FC Bob Bradley.

Après avoir appris son métier du touche-à-tout qu’était Bradley, Marsch se sentait prêt à mettre son empreinte sur toutes les facettes de l’Impact de Montréal. Sous sa gouverne, l’équipe a raté les éliminatoires avec une 7e place dans l’Est, mais le Bleu-blanc-noir avait été la 5e attaque de son association, et son dossier à domicile était fort raisonnable.

Une semaine à peine après le dernier match de la saison, Marsch et le club annonçaient tout de même qu’ils se séparaient à l’amiable. Le choc des idées entre l’entraîneur jeune et entêté, comme il se décrit avec le recul, le président Joey Saputo et le directeur sportif Nick De Santis n’avait pas donné les résultats escomptés.

Si c’était à refaire, l’Américain reviendrait travailler à Montréal en 2012. C’est ici qu’il a commencé à comprendre dans quelle mesure tous les intervenants d’un club sportif doivent être sur la même longueur d’onde.

Je sais très bien que Joey et Nick ne sont pas les personnes avec lesquelles c’est le plus facile de s’entendre, mais, à l’époque, ce n’était pas mon cas non plus, reconnaît-il. Souvent, lorsque nous n’étions pas d’accord, au lieu d’essayer de trouver un terrain d’entente, je restais trop souvent sur mes positions, sur mes croyances, et cette rigidité m’a nui, je crois.

Il y a certaines choses auxquelles je tiens, certaines croyances auxquelles je dois demeurer fidèle, mais à certains égards, j’essaie désormais d’être plus souple.

Jesse Marsch

N’allez toutefois pas croire que la relation est tendue. Il y a quelques semaines à peine, De Santis jouait les intermédiaires avec Marsch pour que l’ancien de l’Impact Marco Donadel, maintenant entraîneur des moins de 16 ans à la Fiorentina, se rende en observation à Salzbourg.

Après la fin de l’aventure montréalaise, la famille Marsch a continué de sortir de sa zone de confort : elle est partie faire le tour du monde pendant six mois. Si l’étape suivante de la carrière du patriarche, chez les Red Bulls de New York, n’avait rien de particulièrement dépaysant, on ne peut en dire autant de Leipzig.

Pour ce deuxième arrêt dans la famille Red Bull, Marsch a étudié l’allemand. Il travaille désormais dans la langue d’Uwe Krupp, que ce soit pour parler à ses joueurs ou pour échanger avec la presse locale. Il réfléchit visiblement en allemand même quand il parle anglais, puisque des germanismes se faufilent dans ses phrases – trainer au lieu de coach, company au lieu de club.

Les fidèles de l’Impact n’en seront pas surpris, eux qui ont entendu Marsch formuler quelques remarques en français dès ses premiers mois à la tête de leur équipe.

À ma première conférence de presse, j’avais dit que j’apprendrais le français, se souvient Marsch. Et un des reporters m’avait dit que tous les entraîneurs arrivés à Montréal avaient dit ça, sans apprendre la langue. À l’époque, [Randy] Cunneyworth était l’entraîneur du Canadien, et il ne parlait pas français. […] Pour moi, c’était crucial d’apprendre la langue, parce que c’est comme ça qu’on comprend la culture.

Honnêtement, je n’aurais aucune idée de la culture allemande si je ne parlais pas la langue, et je n’aurais aucune idée des différences entre l’Allemagne et l’Autriche.

Jesse Marsch

Encore aujourd’hui, les Marsch gardent contact avec certains anciens voisins de Hampstead. L’aînée parle couramment le français. Lorsque la vie normale reprendra son cours, il ne serait pas farfelu de penser que la famille reviendra faire un tour dans la métropole, où travaille maintenant une bonne connaissance de Jesse Marsch.

Thierry Henry venait de prendre sa retraite sportive quand Marsch est devenu l’entraîneur de la dernière équipe du Français, les Red Bulls de New York. Lorsque Henry se rendait aux États-Unis, il lui arrivait d’aller garder la forme avec ses anciens coéquipiers.

L’actuel pilote de l’Impact, raconte Marsch, s’est alors intéressé attentivement à la manière de jouer des Red Bulls, dont l’identité de jeu venait de se transformer avec l’arrivée d’un nouvel entraîneur – avec les résultats à la clé, puisque New York a dominé le classement cette saison-là.

Marsch a suivi les premiers pas de Henry à l’Impact. Il est optimiste.

La transition est énorme pour un joueur aussi bon que lui. Personne ne peut réellement comprendre comment c’est, être Thierry Henry, souligne Marsch. Sa passion pour le football l’a mené à ce poste, et il franchit les bonnes étapes. […] À Monaco, ça ne s’est pas passé comme il l’aurait souhaité, mais il faut parfois vivre ça pour apprendre et devenir meilleur. Son Monaco a peut-être été mon Montréal. Peut-être que son Montréal peut être mon New York.

À suivre. Reste à savoir quand.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !