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« Trahison », « impensable » : l’idée d’un Tour de France à huis clos malmenée

Le peloton des cyclistes négocie des virages durant le Tour de France.

Les cyclistes durant le Tour de France

Photo : AFP/Getty Images / JEFF PACHOUD

Radio-Canada

« Il est impensable » de tenir le Tour de France à huis clos comme l’a suggéré jeudi la ministre française des Sports, a réagi à Radio-Canada Sports Bernard Hinault, cinq fois vainqueur de la Grande Boucle. Serge Arsenault, président des Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal, va encore plus loin : ce serait une « hérésie » et une « trahison ».

Je pense qu'aujourd'hui, tout le monde est conscient et responsable par rapport à la période de confinement, a dit la ministre Roxana Maracineanu, interrogée par la radio France Bleu sur l'éventualité que le Tour soit tenu à huis clos.

Les gens sont conscients des bénéfices que cela pourra apporter de rester chez soi et de privilégier plutôt le spectacle télévisé que le spectacle sur place. Ce ne serait pas si pénalisant, puisqu'on pourrait le suivre à la télévision, a-t-elle poursuivi, en précisant que le gouvernement français pourrait donner à France Télévisions (service public) le mandat de couvrir le Tour, malgré les consignes de confinement et de sécurité.

C’est d’une grande tristesse pour la ministre qui ne connaît pas le sport, a confié Serge Arsenault à Radio-Canada Sports. Si elle affirme une telle chose, c’est qu’il y a quelqu’un ou une entreprise qui l’a encouragée à tenir des propos qui sont odieux.

Avec ce qu’elle vient de dire, je me demande même si elle sait qu’un vélo a deux roues.

Serge Arsenault, président des Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal

Le président des Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal estime qu’un Tour de France à huis clos serait une trahison pour le sport.

C’est une trahison même de ce qu’est l’essence du sport. L’âme d’une compétition cycliste, c’est d’abord le public qui encourage les coureurs qui vont souffrir entre le fil de départ le fil d’arrivée, dit-il.

Pour les organisateurs et les financiers du Tour de France, c’est une option. Pour le sport, c’est une hérésie, une trahison.

Il participe à une mêlée de presse.

Serge Arsenault, président des Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Martin

« La vie est plus importante que le Tour »

La vie est plus importante que le Tour, a dit tout de go Bernard Hinault à Radio-Canada Sports. Il ne voit pas comment on pourrait logistiquement assurer la tenue d'un tel événement à huis clos.

Ça me parait bizarre, a-t-il confié. On ne peut pas prendre une décision comme ça. Franchement, comment voulez-vous empêcher le monde de venir au bord de la route? Pour moi, c’est impensable. Imaginez tous ces gens qui ont été en confinement, ils vont tous vouloir sortir.

Dernier Français à gagner le Tour en 1985, Bernard Hinault pense aussi aux coureurs et se demande comment on pourrait assurer leur sécurité.

Si un coureur est malade, comment ça va se passer? Et quand il va dire : "On m’a obligé à faire le Tour." Pensez aux procès qui viendraient derrière, s’il est malade et qu’il en meurt. On va dire qu’on n’aurait pas dû faire ça.

Il sourit en conférence de presse

Bernard Hinault

Photo : Getty Images / AFP/Jean-Pierre Clatot

De ne pas courir, c’est quand même moins grave que de mourir. Je crois que de temps en temps, il faut réfléchir un peu et ne pas prendre de risque.

Bernard Hinault, ancien coureur cycliste

Bernard Hinault s'est entretenu récemment avec le patron du Tour de France, Christian Prudhomme. Ce dernier compte prendre une décision à la mi-mai sur le sort de l’événement, en gardant la porte ouverte pour le remettre à une date ultérieure.

Tout est une question de santé publique, rappelle Hinault, favorable à un report du Tour s'il pose un risque de propagation.

C’est ça qu’il faut regarder. C’est la population! C’est au ministère de la Santé de prendre la décision. La ministre des Sports, elle, n’est pas médecin. Alors je ne vois pas comment elle peut prendre une telle décision.

Bernard Hinault

Presque impossible, selon Antoine Duchesne

Le cycliste québécois Antoine Duchesne (Groupama-FDJ) a pris part au Tour de France en 2016 et il doit théoriquement être du grand départ à Nice cette année. Il voit mal comment le Tour pourrait se tenir sans spectateurs.

On connaît la grandeur du Tour de France, même sans les spectateurs, ce sont des milliers de gens, policiers, bénévoles, coureurs, membres des équipes qu’on promène à travers la France, a-t-il expliqué à Radio-Canada Sports.

En ce moment, je trouve ça un peu fou de se voir au Tour de France.

Antoine Duchesne, cycliste professionnel

Antoine Duchesne estime qu'il ne serait pas juste pour tous les coureurs de prendre le départ du Tour de France dans les circonstances actuelles.

Il est à l'effort sur son vélo en position aérodynamique.

Antoine Duchesne est de retour en compétition après une opération à l'artère iliaque.

Photo : AFP/Getty Images / JORGE GUERRERO

En plus des inquiétudes pour la santé et la sécurité des gens, il estime qu’il est sportivement risqué de se lancer sur le Tour après des semaines sans réelle compétition.

C’est comme si on lançait notre saison avec le Tour de France, dit-il. Je vois mal comment on peut faire le Tour sans avoir eu de compétitions avant.

Sportivement et physiquement, c’est presque impossible. Tous les événements sont annulés au minimum jusqu’au début juin. Présentement, on est en confinement et on fait du vélo stationnaire, on ignore combien de temps ça peut durer.

Il explique aussi qu'advenant la tenue du Tour cette année, à huis clos ou non, les coureurs ne seront pas tous au même niveau.

Tous les pays ne prennent pas les mêmes mesures, comment on peut arriver au départ avec un peloton qui n’est pas au même niveau?

Antoine Duchesne était du peloton du Paris-Nice, tenu au début du mois de mars. Il s’agissait de l’une des dernières compétitions sportives internationales toujours en cours pendant la pandémie de coronavirus.

« Une supposition »

C’est une annonce de la ministre des Sports, c’est une supposition, a pour sa part affirmé à Radio-Canada Sports Jean-René Bernaudeau, directeur de l'équipe française Total Énergie, à propos d'un huis clos. C’est une hypothèse qui doit être étudiée de près.

Ce que j’en pense, à chaud, c’est que d’abord, on doit sortir de cette pandémie dramatique avant de pouvoir se projeter. [...] Je ne vois pas le Tour de France, qui est une fête populaire, sans public.

Jean-René Bernaudeau, directeur de l'équipe professionnelle Total Énergie

Prudent, Jean-René Bernaudeau croit qu’il est encore trop tôt pour se prononcer sur la possibilité d’un Tour à huis clos.

Le pic en France n’est pas atteint et, avec les mesures qui sont prises, on devrait en savoir plus dans une quinzaine de jours, j’espère. Mais le Tour de France, c’est dans 100 jours et aujourd’hui, sans public, c’est un peu prématuré de répondre.

Maintenant si on doit être confiné trois mois, je ne pense pas que cela puisse être réalisable de faire une telle compétition. Je pense que si on n’en voit pas le bout dans un mois, le Tour de France sera sans doute annulé, conclut-il.

(Avec les informations de Robert Frosi et de Michaël Roy)

Avec les informations de Agence France-Presse

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