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Le report des Jeux de Tokyo les fait réfléchir à la retraite

Dans une piscine, elle regarde droit vers la caméra.

Katerine Savard dans le film ''Nadia, butterfly''

Photo : Maxime Cormier/Némésis Films

Alexandre Gascon

Katerine Savard avait les larmes aux yeux. Le report des Jeux olympiques de Tokyo, « une question qui ne se posait même pas » selon elle, tellement la décision tombait sous le sens sur le plan social, mais dont la signification sur sa carrière pourrait avoir des conséquences majeures, l’a frappée de plein fouet.

Assise chez elle devant son ordinateur, la nageuse de 26 ans a soudainement pris la pleine mesure de ce que ce tumulte pourrait signifier.

J’aime nager. J’aime tellement nager. Ça me fait de la peine de penser qu’un jour, tout ça va être fini, a-t-elle laissé tomber, émue.

Ironiquement, ce jour a peut-être été devancé par l’annonce du Comité international olympique (CIO) de tenir les Jeux de Tokyo quelque part au printemps ou à l’été 2021.

Les athlètes canadiens ont presque unanimement salué la décision du CIO et celle, tombée deux jours plus tôt, du Comité olympique canadien, qui avait assuré qu’il n’enverrait pas de délégation au Japon si les Jeux étaient maintenus aux dates prévues.

N’empêche, dans quelques cas, ce délai d’un an peut faire la différence entre une bonne forme physique et son apothéose, ou encore, entre une dernière participation olympique et la retraite.

Jeunes et moins jeunes sont nombreux à se poser la question aujourd’hui.

Dans l'incertitude

Une génération sépare Catharine Pendrel de Katerine Savard. Plus de 4000 km également. Pourtant, d’un bout à l’autre du pays, les questionnements restent les mêmes.

Les deux athlètes, la première en vélo de montagne, la seconde en natation, n’avaient pas encore confirmé leur qualification olympique, mais s’en rapprochaient. Du moins le croyaient-elles.

Elles totalisent cinq participations olympiques, une médaille de bronze chacune, des parcours bien remplis sur la scène internationale. Elles partagent aussi l’idée de la retraite sportive désormais.

Veux, veux pas, c’est sûr que je me pose la question. Je vieillis et le temps passe tellement vite que ça me fait peur, ça me fait vraiment peur. Je ne sais même pas si je crois en moi. Est-ce que je vais être capable de le faire dans un an?

La nageuse Katerine Savard

La Québécoise n’a pourtant que 26 ans et comme elle l’a souligné, il y a bien des athlètes dans le monde qui sont plus vieux que moi, sauf qu’en natation, la relève arrive vite et pousse fort. Déjà en 2016 à Rio, lors du 4 x 200 m libre, Savard était la doyenne du relais médaillé à seulement 23 printemps.

Après une année sabbatique en 2018, l’athlète de Pont-Rouge retrouvait ses repères et se rapprochait de ses temps de référence de 2016.

Dans la piscine, en compétition au style papillon, la tête hors de l'eau et les bras de chaque côté le long de son corps.

Katerine Savard

Photo : Getty Images / Clive Rose

À l’âge que j’ai, au mieux, je peux retrouver la forme que j’avais en 2016, je peux retrouver les temps que j’avais, mais je ne pense pas descendre encore de secondes. Je regarde les jeunes qui ont 18, 20 ans en ce moment. Eux sont dans leur peak, ils risquent de descendre leurs temps. Est-ce qu’un an de plus peut me désavantager? C’est ce que je me demande. La vraie vie doit arriver à un moment donné. Je me dis que tout a une fin, mais quand cette fin-là va arriver, c’est ça que je suis incertaine encore, a-t-elle fait valoir.

Discours semblable du côté de Catharine Pendrel. Néo-Brunswickoise d’origine, mais Britanno-Colombienne d’adoption, elle soufflera ses 40 bougies au mois de septembre.

Longtemps chef de file du vélo de montagne canadien, la vétérane s’est fait doubler par Haley Smith dans les dernières années. Elle luttait maintenant avec Emily Batty, 4e à Rio, pour le dernier billet disponible dans leur épreuve.

Pendrel avait déjà annoncé son intention de tirer sa révérence après cette dernière saison sur le circuit de la Coupe du monde avec, comme apogée, une dernière campagne olympique.

Mais s’il n’y a pas de compétitions cette année, ça ne peut pas être ma dernière, n’est-ce pas?, a-t-elle lancé à la blague.

Oui, je vais considérer [la retraite], assurément. J’avais déjà dit que ce n’était pas garanti que je me rendrais en 2020. Je suis satisfaite de ma carrière, mais je suis aussi très impressionnée par le parcours olympique à Tokyo et j’aimerais y participer, a enchaîné la cycliste.

Catharine Pendrel regarde au loin et lance un sourire.

L’athlète de 39 ans s’est démarquée sur la scène mondiale, ces dernières années, mais elle s’est tout de même dite surprise d’apprendre la nouvelle.

Photo : Facebook / @catharine.pendrel

Les dernières semaines ont été tellement émotives. Je ne pense pas que ce soit le bon moment de prendre une décision. Il y a eu tellement d’obstacles récemment. Est-ce que ça devient plus confus ou, au contraire, tu deviens lucide par rapport à ce que tu veux faire? On prend ça une journée à la fois, je le saurai à la fin de la saison. Pas avant.

Parmi les têtes d’affiche, le kayakiste Mark de Jonge, médaillé de bronze à Londres en 2012, a lui aussi admis que le report des JO pourrait bouleverser ses plans. Moins en raison d’une décision personnelle que tout simplement en raison de la possibilité d’être poussé vers la sortie par de jeunes athlètes plus performants.

Ils sont nombreux à contempler cette situation malgré eux. Mardi, le COC a tenu une conférence téléphonique avec près de 500 athlètes pour leur expliquer en détail sa décision, le soutien dont ils bénéficieront dans les prochains mois et pour répondre aux questions des plus soucieux.

Pendrel s’est étonnée du nombre d’athlètes pour qui la retraite a semblé subitement devenir une option.

En attendant de se faire une tête sur la question, ces athlètes poursuivent l’entraînement, dans leur sous-sol dans bien des cas, ou dans la cour arrière pour Pendrel, qui voit déjà certains de ses amis et compétiteurs se bricoler des parcours à obstacles.

L’heure de la décision n’a pas encore sonné.

Comme l’a confié de Jonge, le sport est un luxe et un privilège, ce que souligne à gros traits la pandémie de COVID-19 actuellement.

Mais c’est aussi pour son côté rassembleur que le kayakiste veut faire une dernière tentative et continuer jusqu’en 2021.

Ces Jeux seront énormes parce que tout le monde sera réuni après cette pandémie. Je crois que les Olympiques seront encore plus symboliques et je veux en faire partie, s’est-il exclamé.

Je me dis, un an, au bout du compte, c’est si vite arrivé, conclut Savard.

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