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Il a les bras en l'air et mord dans une médaille.

Elisha Nochomovitz célèbre sur son balcon.

Photo : Courtoisie/Facebook Elisha Nochomovitz

Alexandra Piché

Jamais il ne pensait que son 37e marathon, il le courrait… sur son balcon. Le Français Elisha Nochomovitz a fait près de 6000 aller-retour dans un espace d’une longueur de 7 m afin de parcourir 42,2 km.

À la base, l’homme de 32 ans devait prendre part au marathon de Barcelone le 15 mars, mais l’événement a été annulé en raison des mesures annoncées pour contrer la COVID-19. 

J’étais préparé à courir, mais je me suis retrouvé coincé à la maison avec les mesures gouvernementales. Du coup, j’ai pris l’initiative de commencer à courir sur le balcon, raconte celui qui habite la ville de Balma, près de Toulouse.

C’était un après-midi nuageux, il était autour de 13 h quand Elisha Nochomovitz a commencé ses premiers aller-retours. Il n’avait pas en tête de courir 42,2 km, loin de là. Mais il documentait en direct son expérience sur Instagram et les gens ont commencé à lui envoyer des messages d’encouragement. La motivation l’a gagné.

À ce moment-là, comme mon surnom sur Instagram est Marathon-man et que j’en ai déjà couru 36, je me suis dit : "Pourquoi pas essayer?" Et ça s’est fait tout seul, de la manière la plus spontanée du monde, explique le coureur de 32 ans qui travaille dans le domaine de la restauration.

Quand j’ai vu qu’à la moitié de la distance j’étais sur un temps de 21 km en 3 h 10, je me suis dit : "Pourquoi pas?" Si je fais le double, 6 heures, ça peut le faire. De toute façon, je ne travaille pas, comme je suis au chômage technique en ce moment. C’était une bonne façon de tuer le temps, ajoute-t-il.

Même si Nochomovitz est un homme qui aime relever des défis, celui-là en était un gros. Un balcon, c’est petit pour courir une aussi longue distance. Il a dû adapter sa technique pour éviter les blessures.

C’est sûr que l’effort est complètement différent. Il faut maîtriser la foulée, faire de petits pas. Il ne faut pas aller trop vite parce que les pieds et les chevilles sont grandement sollicités. J’ai eu envie de stopper à un moment donné parce que j’avais la tête qui tournait, envie de vomir. Je me suis dit que c’était peut-être un peu violent comme effort. J’ai eu beaucoup de courbatures le lendemain, mais c’est un luxe que peu de coureurs peuvent se permettre actuellement. J’en garde un super souvenir, admet-il.

Sur le plan logistique, il avait tout de même un avantage par rapport à quand il court de vrais marathons. Sa copine était à l'intérieur et lui apportait des ravitaillements quand il en avait besoin : breuvages, collations sucrées, fruits.

Elle, elle sait que je suis fou. Ça fait 10 ans qu’on est ensemble, alors elle sait qu’elle est avec quelqu’un d’un peu fou. Ça ne l’a même pas choquée de me voir essayer de faire un marathon sur le balcon, dit Nochomovitz en riant.

Des encouragements de partout

Par son exploit un peu extrême, le marathonien voulait démontrer à ses compatriotes français qu'il est possible de faire du sport sans quitter la maison. Il ne s’attendait pas à faire le tour du globe.

C’est incroyable l’influence positive que ça a amenée. J’ai reçu des messages de Tasmanie, d’Azerbaïdjan, d’Inde, d’Écosse, de Boston, de l’Arizona et j’en passe. Les gens m’écrivaient : "Vous nous avez inspirés à faire du sport, merci." Je ne m’attendais pas à une aussi grosse vague de messages positifs, indique Nochomovitz.

Comme il était à la maison, sa copine pouvait lui lire en direct les centaines de messages d’encouragement qu’il recevait en direct.

Je me suis senti transporté, raconte-t-il. J’étais porté par des encouragements virtuels dans une course réelle, donc c’était génial.

Une de ses amies qui travaille comme infirmière a même suivi son aventure sur les réseaux sociaux avec ses collègues d’un hôpital de Berlin.

Elle m’a écrit pour me dire que je les ai divertis, elle et ses collègues. Ils ont rigolé toute la journée en regardant mes vidéos. Je suis content d’avoir pu leur changer un peu les idées durant cette période de crise qui est difficile pour tout le monde, se réjouit-il.

Elisha Nochomovitz a même rencontré virtuellement plusieurs de ses voisins qui lui ont écrit pour la première fois après l’avoir vu réaliser son marathon. Selon lui, c’est la preuve qu’on peut rester connecté socialement malgré l’isolement.

La motivation en récompense

Pour courir pendant presque sept heures dans un espace aussi petit, Elisha Nochomovitz a dû travailler sur son mental. Au-delà de divertir les gens, qu’est-ce que ça lui a apporté?

En ce moment, on est tous confinés à la maison. C’est vraiment quelque chose à devenir fou. Il faut se prouver que notre tête va bien. Le mental doit rester fort, sinon on va vite perdre pied. J’avais besoin de challenge, de me montrer à moi-même que peu importe les conditions, je suis capable mentalement d’atteindre un objectif.

En France actuellement, le confinement obligatoire est en vigueur. Les gens ont le droit de sortir pour aller à l’épicerie, à la pharmacie, travailler dans des services essentiels ou se rendre à l’hôpital. C’est légal de courir ou de faire une marche, mais pour une durée maximale très limitée et dans un certain périmètre.

À ce jour, il y a un peu plus de 22 000 cas de COVID-19 répertoriés dans le pays.

Ça augmente dangereusement. On n’a pas su prendre l’exemple de l’Italie ou de l’Espagne assez rapidement. On était au courant de leur situation depuis le départ. Malgré tout, les gens ont migré dans les petites villes et ont déplacé le virus alors que les autorités demandaient de ne pas le faire. Ça fait peur, souligne le marathonien.

Dans les prochains jours et les prochaines semaines, Elisha Nochomovitz compte continuer la course de balcon et tenter de repousser ses limites. Un peu de bonheur dans cette période sombre.

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