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Jeux de Tokyo : le leadership de Thomas Bach est-il fragilisé?

Il regarde au loin, les anneaux olympiques derrière lui.

Le premier mandat de Thomas Bach à la tête du Comité international olympique prendra fin en 2021.

Photo : Getty Images / Fabrice Coffrini

Au sein même du CIO, Thomas Bach ne faisait plus l’unanimité. Le monde sportif, qui réclamait depuis des semaines un report des Jeux olympiques de Tokyo, aura réussi à faire plier le puissant président.

Radio-Canada Sports s’est entretenu avec le spécialiste français de l’olympisme, Armand de Rendinger.


Q : Quelles sont vos premières réactions à l’annonce du report des Jeux de Tokyo?

R : Il est arrivé ce que tout le monde pensait déjà, mais la décision, à mon avis, était prise depuis longtemps.


Q : Finalement, de toute cette crise olympique, est-ce qu’on peut dire que c’est Thomas Bach qui en sort le plus fragilisé aujourd’hui?

R : Assurément, c’est lui et le CIO qui ressortent très fragilisés de cet épisode. Thomas Bach était le seul à communiquer durant des mois sur la pandémie, la crise et les conséquences que cela pouvait avoir sur les Jeux olympiques. Il a toujours dit qu’il fallait attendre pour prendre une décision. Les atermoiements et les tergiversations de Thomas Bach vis-à-vis de l’ensemble de la communauté du sport, que ce soit les comités nationaux olympiques (CNO), les fédérations internationales et nationales et, surtout, les athlètes – sans oublier les commanditaires, les médias – ont été contre-productifs.

Maintenant, le CIO va parler de la nécessité d’avoir une grande solidarité, mais l’homme et l’institution, qui sont responsables des Jeux olympiques, propriétaires des Jeux olympiques et de ses anneaux, n’ont pas été à la hauteur, n’ont pas fait preuve de leadership, et ça, c’est inquiétant pour maintenant et pour l’avenir.


Q : Justement, parlons d’avenir. Que peut-on faire avec un président d’une telle instance qui ne fait plus l’unanimité?

R : Aujourd’hui, Thomas Bach ne fait plus l’unanimité au sein du CIO. Il a pourtant été élu il y a sept ans avec des pourcentages qui ressemblaient à un statut d’empereur. Il est maintenant obligé de constater que les acteurs clés du dispositif olympique que sont les CNO, et en particulier des CNO très lourds, à commencer par le vôtre, celui du Canada, puis ceux de l’Australie – dont le représentant au CIO, John Coates, est pourtant le bras droit du président –, de la Norvège, de l’Espagne et même de l’Allemagne, le pays de Thomas Bach, tous ces CNO demandaient le report des Jeux.

Cette pression démontre que chacun donnait son opinion, et c’est la première fois que ça arrive dans le monde olympique à ce point-là.

Armand de Rendinger

Armand de Rendinger

Photo : Skype

Nous avons un président qui est diminué par sa manière de communiquer, qui est toujours celle du consensus, celle qui veut donner aux autres la responsabilité de prendre les décisions. Cette situation est d’autant plus importante qu’en 2021, il y aura de nouvelles élections à la présidence du CIO, et c’est une pierre dans le jardin de Thomas Bach.

Mais au-delà du président, c’est maintenant une crise à gérer qui va bien au-delà que ce qui s’est produit pour le Japon. En fin de compte, la conséquence de tout cela, c’est que le rôle de chacun des acteurs se trouve maintenant inversé. Avant, on avait une approche pyramidale où tout venait du CIO et retombait vers le bas. Maintenant, chacun peut s’exprimer et va s’exprimer très clairement.

C’est pour cela qu’à mon avis, les modalités de gouvernance, les relations avec les différents acteurs vont complètement changer. Tout cela va aussi avoir une conséquence sur l’organisation elle-même des Jeux olympiques à Tokyo en 2021, à Pékin en 2022 et ensuite. On ne pourra plus organiser les Jeux de la même manière qu’on l’a fait jusqu’à aujourd’hui.

Jusqu’à maintenant, le contrat qui liait les villes hôtes avec le CIO ne faisait, pour beaucoup, qu’un seul réel bénéficiaire : le CIO. Même ce contrat va être remis en cause. C’est tout un édifice qu’il va falloir rebâtir sur les plans juridique et financier, en ce qui a trait à la gouvernance, à l’image. Ici, on ne parle plus du programme 2020, mais du programme 2022, parce qu’il y a urgence.

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