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Une malédiction des Jeux pour Tokyo?

Une vue sur le nouveau stade olympique de Tokyo où les Jeux sont reportés à l'an prochain.

Une vue sur le nouveau stade olympique de Tokyo où les Jeux sont reportés à l'an prochain.

Photo : Getty Images / Carl Court

Radio-Canada

Pour la deuxième fois dans son histoire, Tokyo se voit dans l’obligation de changer ses plans en ce qui concerne l’organisation des Jeux olympiques.

Plus de 80 ans avant la pandémie de coronavirus, qui a conduit mardi au report d'environ un an des JO de 2020, la mégapole nippone avait dû renoncer à accueillir l'édition de 1940.

À l'époque, c'est la politique expansionniste du Japon en Chine qui avait bouleversé les événements. Les Jeux de 1940 n'ont finalement jamais eu lieu, en raison du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Le présent report des Jeux est le sixième dérangement dans l’histoire, les cinq précédents s’étant conclus sur une annulation.

Jamais, dans l'histoire moderne, une édition des Jeux olympiques n'avait été bousculée en raison d'une pandémie ou d'une quelconque question de santé publique.

Guerres obligent

Le premier soubresaut survient en 1916, en plein cœur de la Première Guerre mondiale. Conséquence directe, les Jeux de Berlin ont été annulés. La ville allemande organisera finalement ceux de 1936, rendez-vous marqué par la propagande nazie et le triomphe de l’athlète afro-américain Jesse Owens.

Photo d'archive de l'octroi des Jeux olympiques à la ville de Tokyo

Photo d'archive de l'octroi des Jeux olympiques à la ville de Tokyo

Photo : Getty Images / London Express

Le second conflit mondial mènera ultimement à l’annulation des Jeux d’été de 1940, prévus initialement à Tokyo, mais déplacés à Helsinki, en Finlande, en raison du conflit sino-japonais évoqué plus haut. Les Finlandais ont ensuite renoncé à les organiser quand ils ont été envahis par l’Union soviétique en novembre 1939.

Parallèlement, la même année, puisque c'était le format à l’époque, des Jeux d'hiver étaient au programme et devaient avoir également lieu au Japon, à Sapporo. Le même fil d’événements a mené à un déplacement, cette fois en Suisse, à Saint-Moritz, avant l’annulation.

Quatre ans plus tard, la Seconde Guerre mondiale était toujours en cours et les Jeux ont encore une fois été annulés, cette fois à Londres, pour les Jeux d’été, et à Cortina d'Ampezzo, en Italie, pour ceux d’hiver. La capitale britannique se reprendra en 1948 et en 2012 avec l'organisation des Jeux d’été. Cortina d’Ampezzo allait faire de même en 1956, coiffant entre autres Montréal, pour organiser les Jeux d’hiver.

Il est à noter que la pandémie de la grippe espagnole en 1918 et 1919 n’a pas eu d’effet sur les Jeux olympiques. Après l’annulation de 1916, ils ont repris leur cours normal en 1920, avec la présentation des Jeux d’Anvers, en Belgique.

Les Jeux post-bouleversement

Selon l’historien, auteur et journaliste David Wallechinsky, les Jeux qui ont suivi des annulations dans le passé ont été particuliers.

À Anvers, les JO revêtaient une signification symbolique et ont dû être organisés de façon modeste.

Ils ont donné les Jeux à Anvers comme récompense [après] le désastre pour les Belges pendant la Guerre. Ils ont eu des Jeux simples, pas compliqués.

Après la Seconde Guerre mondiale, aux Jeux de Londres, une partie de la population remettait l’organisation des JO en question, alors que les compétitions se sont organisées de façon précipitée, d’après Wallechinsky.

En 1948, il y avait des gens fâchés. “Pourquoi nous faisons une grande célébration quand nous avons le rationnement pour la nourriture, etc.?”, explique-t-il.

Mais lorsque les compétitions ont commencé, ils ont adoré!, poursuit l’historien.

Wallechinsky précise que le contexte est totalement différent cette fois-ci, puisqu'il n’est pas question d’un problème financier ou géopolitique.

À son avis, une fois que le problème du coronavirus sera réglé, les Jeux de Tokyo se révéleront particulièrement grandioses, si le CIO et le mouvement olympique réussissent à exploiter cette occasion.

Si le coronavirus est défait, ce sera un symbole important du monde qui se rassemble. D’abord pour vaincre un ennemi commun, et ensuite pour compétitionner de façon pacifique.

[Tokyo 2020] a un grand potentiel positif!

David Wallechinsky, historien, auteur et journaliste

Il ajoute que, déjà avant la crise, les Jeux japonais s’annonçaient des plus vivants.

Jusqu’à ce que le coronavirus frappe, l'enthousiasme des Japonais était sans précédent. Même plus qu’à Sydney, en 2000, où c’était très bien, et qu’à Londres, en 2012.

Le nombre de personnes qui ont soumis leur candidature pour être bénévoles était très important, donc je pense que, lorsque le négatif sera derrière nous, les Japonais seront très heureux et prêts à tenir ces Jeux.

D’autres Jeux perturbés

En dehors d’une annulation ou d’un report, plusieurs boycottages ont marqué l’histoire des Jeux.

À la veille de l’ouverture des Jeux de Montréal, en 1976, les athlètes de 22 pays africains ont quitté le village olympique et sont rentrés à la maison pour protester contre la présence de la Nouvelle-Zélande.

Quelques mois plus tôt, la sélection de rugby de la Nouvelle-Zélande avait choisi de participer à une série de matchs contre l’Afrique du Sud, alors sous l’emprise de l’apartheid. Les Sud-Africains eux-mêmes étaient déjà exclus des JO depuis 1964 en raison de cette politique raciale. C’est ainsi que le Sénégal et la Côte d’Ivoire furent les deux seules nations du continent africain à prendre part aux Jeux montréalais.

En 1980, les Jeux de Moscou s'inscrivent dans les annales comme les Jeux les plus boycottés de l’histoire.

L’année précédente, les États-Unis avaient amorcé un mouvement mondial de boycottage en réponse à l'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique. Soixante-six pays avaient décidé d’emboîter le pas et de faire l'impasse sur les premiers Jeux disputés en sol russe.

En 1984, au cœur de la Guerre froide, le bloc de l’Est s’offrait une revanche bien sentie en suivant la voie tracée par l’Union soviétique et en restant à l’écart des Jeux de Los Angeles. C’est ainsi que quinze pays d’allégeance communiste (l’URSS, l’Afghanistan, l’Angola, l’Allemagne de l’Est, la Bulgarie, la Corée du Nord, Cuba, l’Éthiopie, la Hongrie, le Laos, la Mongolie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, le Yémen du Sud et le Vietnam) renonçaient au rendez-vous.

Tokyo 2020 marque l’histoire à son tour

Les Jeux de Tokyo, puisqu'ils sont les premiers reportés, resteront gravés dans les mémoires.

Selon Wallechinsky, le choix de revoir complètement la mise en place des Jeux s’avérait beaucoup moins évident que les décisions d’annulation prises par le passé.

C’était plus facile en 1916, 1940 et 1944 parce que c’était une guerre. C’était clair que les Jeux ne continuaient pas. [...] Personne ne pensait aux droits de diffusion. Personne ne pensait aux fédérations professionnelles.

Je pense que ça restera toujours une histoire fascinante, le report des Jeux, et comment tout ça a été mis en place. Ce sera une histoire marquante.

David Wallechinsky, historien, auteur et journaliste

Il croit que Tokyo 2020 est le casse-tête le plus complexe auquel le CIO a dû faire face, mais, comme tout bon historien, impossible pour lui de se prononcer à l’avance sur ce qui ressortira de toute cette saga.

Franchement, ce qui va être le plus écrit sur ces Jeux, on ne le saura pas avant que les compétitions commencent!

Avec les informations de Agence France-Presse

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