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Chronique

Le leadership du Comité olympique canadien?

Elle parle en conférence de presse.

Tricia Smith, présidente du Comité olympique canadien, aux Jeux de Rio en 2016

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

BILLET - Un jour, des gens raconteront à leurs petits-enfants que par un beau dimanche soir de 2020, alors qu’une grave pandémie menaçait l’humanité, le Comité olympique canadien (COC) a fait rayonner son leadership à travers le monde en se désistant des Jeux de Tokyo. Et ils ajouteront que la position tranchante du COC a brillamment fait échec au CIO, dont les bonzes étaient totalement déconnectés de la réalité.

Sauf que ce n’est pas exactement ainsi que les choses se sont passées.

Le 16 mars dernier (il y a un peu plus d’une semaine), le Comité international olympique et son président Thomas Bach ont affirmé : le CIO reste déterminé à présenter les Jeux de Tokyo 2020, et avec plus de quatre mois à écouler avant les Jeux (les cérémonies d’ouverture étaient prévues pour le 24 juillet), aucune décision drastique n’est requise en ce moment.

Bach a alors ajouté qu’il estimait contre-productif de spéculer sur un possible report des Jeux et il a conclu en encourageant les athlètes à poursuivre leur préparation du mieux qu’ils le peuvent en vue des Jeux de 2020.

Dès l’annonce de cette position, l’ex-hockeyeuse Hayley Wickenheiser a dénoncé la rigidité du CIO, qu’elle a accusé de faire preuve d’insensibilité envers l’humanité en pleine période de crise.

Les accusations de Wickenheiser manquaient de patience et ne tenaient pas compte de l’immense défi organisationnel et financier auquel était confronté le CIO. N’empêche, son plaidoyer a semblé toucher bien des cibles. Hayley Wickenheiser n’est pas n’importe qui. Elle est membre de la Commission des athlètes du CIO. Sa critique a déclenché un fort vent de mécontentement et de dénonciations du CIO à travers le monde.

Hayley Wickenheiser pose devant le logo du Temple de la renommée du hockey à Toronto

Hayley Wickenheiser

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette


Ce que la petite histoire ne dit pas, par contre, c’est que le Comité olympique canadien avait totalement endossé la position insensible du CIO!

Le 17 mars, la présidente du COC, Tricia Smith, avait fait parvenir à tous les athlètes canadiens une lettre qui soutenait l’évaluation du CIO et qui reprenait presque mot à mot les propos de Thomas Bach.

On ne sait pas ce qui surviendra dans les 24 prochaines heures, et encore moins dans les quatre prochains mois. Et c’est la raison pour laquelle il n’est pas nécessaire de prendre une décision définitive aujourd’hui quant à la tenue des Jeux olympiques, écrivait Tricia Smith, dont la lettre était co-signée, notamment, par le président de la Commission des athlètes du COC, Seyi Smith, et par la vice-présidente de cette même commission, Rosie MacLennan.

Un leader, par définition, est quelqu’un capable de guider, d'influencer et d'inspirer les autres.

Si on arrêtait l’histoire à ce moment précis, on y retrouverait seulement une personne qui ait guidé, influencé et inspiré les autres, et c’est Hayley Wickenheiser.


La suite de l’histoire est invraisemblable. À peine cinq jours après avoir signé cette lettre à laquelle ils avaient amplement eu le temps de réfléchir, les dirigeants du Comité olympique canadien ont complètement retourné leur veste!

Soudainement, leur plaidoyer voulant qu’on ne sait pas ce qui surviendra dans les 24 prochaines heures, et encore moins dans les quatre prochains mois, ne tenait plus. Il fallait reporter Tokyo 2020 au plus sacrant.

Encore plus surprenante, cette décision de retirer les athlètes canadiens des Jeux défiait ouvertement Thomas Bach, alors que Tricia Smith n’est vraiment pas du genre à donner des coups de poing sur la table. Au contraire, même lors du dégoûtant scandale de dopage russe, elle s’est toujours efforcée de ne pas égratigner le président du CIO. Même si la clémence et la mollesse de ce dernier n’avaient aucun sens.

Tricia Smith, présidente du Comité olympique canadien, en mêlée de presse

Tricia Smith, présidente du Comité olympique canadien

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Dans une lettre publiée dimanche avant le coup d’éclat canadien, Thomas Bach venait justement d’annoncer le déclenchement d’une très complexe opération visant à reporter Tokyo 2020.

Bach n’avait pas le choix. Il était cerné par toutes sortes d’instances qui réclamaient le report des Jeux: les comités olympiques suisse, brésilien, norvégien et slovène, notamment; le chef de l’Organisation mondiale de la santé, Lawrence Gostin, et quelques-unes des plus prestigieuses fédérations au monde, dont la puissante Fédération internationale d’athlétisme.

Même le premier ministre japonais, Shinzo Abe, venait de concéder en pleine session parlementaire qu’il faudrait reporter les Jeux si la pandémie devait empêcher les organisateurs de les présenter dans leur intégralité.

Vu sous cet angle, en annonçant qu’il se retirait de Jeux qui n’allaient de toute évidence pas avoir lieu, le COC a soit tiré sur une ambulance, soit défoncé une porte ouverte. Ce geste, toutefois, aura au moins évité aux athlètes canadiens de s’entraîner en vain durant un mois en attendant que le CIO officialise sa position.


Mais qu’est-ce qui a donc aidé les membres du COC à voir la lumière entre le 17 et le 22 mars?

Le 19 mars, on apprenait que Dominick Gauthier et plusieurs autres ex-champions (notamment Alexandre Bilodeau, Jean-Luc Brassard, Sylvie Fréchette, Philippe Gagnon, Jennifer Heil, Clara Hughes, Lyne Bessette, Alex Harvey et Joannie Rochette) lançaient une pétition pour que cesse le cirque entourant le sort des Jeux de Tokyo.

Le message est clair. Il est évident qu’il n’y aura pas de Jeux à Tokyo cet été. La décision est claire. Qu’on arrête de créer cette incertitude parmi tous les athlètes, avait dénoncé Dominick Gauthier, qui est aussi le cofondateur de la fondation B2dix.

Encore une fois, ce sont d’anciens athlètes qui ont fait preuve de leadership et qui ont dénoncé une situation qu’ils jugeaient intenable pour la nouvelle génération. Une situation, rappelons-le, que le Comité olympique canadien endossait parfaitement.

Pour toutes ces raisons, il faut se garder une petite gêne lorsqu’il est question du leadership du Comité olympique canadien dans cette affaire.

Les véritables leaders ne tirent pas sur les ambulances et ne défoncent pas de portes déjà ouvertes. Et les véritables leaders ne changent pas d’idée au gré du vent, ils prennent généralement la bonne décision la première fois.

Pendant que le COC faisait de la politique, ce sont nos anciens athlètes olympiques qui ont fait preuve de leadership pour défendre une cause - celle des athlètes et de la santé publique - qui leur semblait juste.

C’est de cela qu’il faudrait se souvenir.

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