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Pas de JO cet été pour le Canada : les athlètes partagés entre soulagement et déception

Le Canada reçu aux Jeux olympiques de Pyeongchang.

Photo : Reuters / Toby Melville

Radio-Canada

Sans cacher leur déception, les athlètes canadiens accueillent favorablement la décision du Canada de ne pas envoyer d'athlètes à Tokyo si les Jeux ont lieu cet été, à cause de la pandémie de coronavirus.

Antoine Valois-Fortier n'a pas été étonné de la décision du Comité olympique canadien (COC), annoncée dimanche.

Je ne peux pas dire que j’ai été vraiment surpris. Je suis fier du COC qui a pris le lead là-dessus. Ça devenait un peu inévitable à ce moment-ci. Ce n’était pas une option qui était sécuritaire dans les conditions actuelles.

Les idées se bousculent un peu dans ma tête. La motivation à court terme risque d’en prendre un coup un petit peu, reconnaît le judoka québécois. J’ai bien hâte d’avoir la confirmation des attentes de tout le monde, s’ils vont repousser les Jeux dans un an. J’espère qu’ils auront lieu et qu’ils seront reportés pour permettre un délai et permettre à tout le monde de bien se préparer.

Antoine Valois-Fortier

Antoine Valois-Fortier

Photo : Getty Images / JOHANNES EISELE

On veut arriver là en santé, qu’il n’y ait pas de risque pour la santé et que les signes de pandémie soient nuls pour avoir des Jeux sécuritaires et ouverts à tout le monde, affirme Valois-Fortier.

Le cycliste Hugo Houle, qui devait encore une fois représenter le pays à Tokyo, s'est aussi rangé derrière la décision du Comité olympique canadien.

Je salue la rapidité et le courage des dirigeants d'avoir pris leurs responsabilités afin de nous protéger. J’espère que cette décision incitera d’autres pays à aller dans la même direction et à forcer le CIO à reporter les Jeux olympiques de Tokyo.

Hugo Houle
Un spectateur encourage le cycliste canadien Hugo Houle, qui passe tout près de lui.

Hugo Houle salue la décision du Comité olympique canadien

Photo : AFP/Getty Images / Greg Baker

Dans le contexte actuel, les règles de confinement ne sont pas les mêmes dans tous les pays. Il y a certains pays où les athlètes peuvent continuer normalement leur préparation, ajoute le coureur d'Astana sur Twitter.

Une question de santé

La plongeuse Meaghan Benfeito croit que le COC a bien fait de prendre les devants dans ce dossier.

C’est sûr que c’est décevant, car on veut aller aux Jeux, mais la santé avant tout. C’est une bonne nouvelle, a-t-elle dit à RDI Matin. Le COC veut que ses athlètes soient en santé et en sécurité.

Je ne sais pas si je suis d’accord avec le fait que c’est une décision précipitée, affirme Benfeito. Oui, c’est vrai que les Jeux ne sont que dans quatre mois, mais je pense que le COC voulait juste prendre une décision. Et c’est la meilleure, on s’entend. Ce n’est pas juste nous, c’est le monde au complet qui écope de tout ça.

C’est la santé qui prime, et c’est là-dessus qu’il faut se concentrer en ce moment, rappelle-t-elle. On peut déplacer les compétitions. Je me garde en forme en espérant que les Jeux seront déplacés l’an prochain.

Le Canada se retire des Jeux de Tokyo : la réaction de Meaghan Benfeito

Ce qui se passe en ce moment, c’est plus gros que nos rêves, rappelle pour sa part la spécialiste du 800 m Melissa Bishop. Maintenant comme jamais, il faut voir au-delà de sa petite personne.

Déception et surprise

L'haltérophile Kristel Ngarlem, elle, aurait aimé que les athlètes canadiens soient consultés.

Quand j’ai reçu le courriel, j’ai été déçue, admet-elle. Je comprends un peu la situation, mais en même temps, il y a une bonne partie de moi qui ne comprend pas, car on est à quelques mois des Jeux.

Ça semble être assez sérieux, je pense qu’on est le premier pays à le faire. Je suis assez étonnée, car je n’ai pas eu vent qu’il y a eu de sondage auprès des athlètes actifs, affirme l’haltérophile canadienne. Je n’ai pas l’impression qu’on a sondé les athlètes plus qu’il faut.

Elle lève une barre.

Kristel Ngarlem

Photo : Facebook/Kristel Ngarlem

Je ne pensais pas que le Canada avait le pouvoir de boycotter les Jeux ou d'empêcher ses athlètes d’y participer. Je ne pensais pas du tout que le boycottage était une option, surtout aussi loin des Jeux, explique Kristel Ngarlem. Je n’ai pas senti que le Canada avait formulé des menaces tangibles et sévères, je ne pensais pas qu’on en était arrivés là, comme aux Jeux en 1980.

Quelques athlètes canadiens, dont Justyn Knight et Sage Watson en athlétisme, trouvent aussi que la décision du COC est trop hâtive.

Je suis en accord avec l'idée de mon pays de mettre la sécurité et la santé des athlètes d'abord, mais c'est triste que la décision ait été prise pour nous. Pourquoi ne pas attendre quelques semaines de plus?, a demandé Watson sur Twitter.

Je soutiens toujours mon pays. Toutefois, je crois que chaque athlète devrait prendre ses propres décisions face à question du genre. Il n'y a pas d'urgence, a pour sa part assuré Knight.

C’est une grosse décision. Je suis très surpris, a dit par communiqué le sprinteur Andre De Grasse, triple médaillé des Jeux de Rio.

Après de solides résultats l’an dernier aux Championnats du monde, j’étais fébrile à l’idée de participer à ces Jeux. L’entraînement se déroulait bien. Je dois maintenant m’asseoir avec mon entraîneur et refaire des plans d’entraînement. Nous sommes dans l’attente.

Pas de JO cet été pour le Canada : les précisions de Robert Frosi

Attendre un an pour être ensemble

La championne olympique en titre Erica Wiebe comprend que la planète livre un combat qu'elle ne peut pas perdre.

Je suis fière de défendre les couleurs de notre pays qui a montré vraiment un beau leadership en prenant cette décision, a écrit la lutteuse ontarienne à Radio-Canada.

Devant tant d'incertitude dans cette crise planétaire, je crois que reporter les Jeux d'une année serait la bonne chose à faire, a admis la championne olympique. Bien sûr, ce n'est pas idéal, j'étais prête à me battre le 2 août 2020.

Erica Wiebe donne une entrevue à Radio-Canada.

Erica Wiebe

Photo : Société Radio-Canada

Mais ce combat est tellement plus important que le sport, et en ce moment, il faut concentrer nos efforts à protéger nos proches, nos communautés, a-t-elle affirmé.

Moi, je suis prête à attendre une autre année, et je crois que ce sera une belle occasion de se servir du sport pour envoyer un message d'espoir et montrer que nous sommes encore plus forts tous ensemble, a conclu l'athlète de 30 ans.

Du temps pour décider

Avec la décision du Canada qui risque de faire boule de neige, le CIO sait qu'il risque de perdre des pays s'il insiste pour présenter les Jeux cet été. Les athlètes canadiens espèrent que le CIO fera de la santé de tous sa priorité.

Ça me paraît clair que les Jeux n’auront pas lieu aux dates prévues, a réagi la boxeuse Mandy Bujold, double médaillée d’or aux Jeux panaméricains.

Un arbitre lève le bras de Mandy Bujold en signe de triomphe

Mandy Bujold aux Jeux olympiques de 2016

Photo : Getty Images / AFP/Yuri Cortez

La priorité en ce moment, c’est de rester en bonne santé. Je continue à m’entraîner comme je peux à la maison, précise-t-elle. Et je fais ma part pour que les gens autour de moi soient en sécurité.

Ça va prendre un bout de temps avant que le CIO choisisse la meilleure alternative. J’espère que ce sera un report et non une annulation, s'interroge Bujold.

Le CIO a encore répété dimanche que l'annulation n'était pas à l'agenda, en indiquant qu'il se donnait quatre semaines pour décider du sort des Jeux de Tokyo.

Je suis content que le CIO nous ait donné une date limite, a réagi Brent Lakatos, athlète en fauteuil roulant, 11 fois champion du monde. Je comprends qu’ils aient besoin de plus de temps pour prendre une décision sur la direction à prendre.

Mais en tenant compte des développements ces derniers jours, je ne peux pas imaginer un autre scénario que de les reporter, a affirmé l'athlète paralympique canadien.

Rester dans l’incertitude, c’est l’enfer

La nageuse Aurélie Rivard se préparait pour les qualifications avec l’objectif de participer à ses troisièmes Jeux paralympiques. Comme plusieurs, elle est à la fois déçue et soulagée.

Elle essuie ses larmes.

La Canadienne Aurélie Rivard essuie ses larmes après avoir remporté la médaille d'argent au 200 m paralympique féminin aux Jeux du Commonwealth en 2018.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

On est content que des décisions se prennent parce que, rester dans l’incertitude, c’est l’enfer, a-t-elle confié à Radio-Canada Sports.

Maintenant, la triple médaillée d'or des Jeux paralympiques de Rio souhaite que le CIO emboîte le pas rapidement.

Là, je n’ai juste plus de Jeux, dit-elle. Il n’y a rien qui s’est passé, les Jeux ne sont pas décalés d’un an. Donc, en ce moment, je n’ai rien, c’est confrontant. J’ai hâte que le CIO rende sa décision.

En attendant, c’est la vie en confinement pour Aurélie Rivard. Pas facile pour quelqu’un qui bouge constamment.

D’habitude, je m’entraîne de quatre à six heures par jour et là, à peine une heure. J’ai trop d’énergie. Je dois trouver une façon de la dépenser. Je m’ennuie vraiment beaucoup du sentiment de l’eau. C’est là qu’on réalise ce à quoi on tenait.

Une deuxième claque

Laurence Vincent Lapointe appuie entièrement la décision canadienne. Récemment blanchie des soupçons de dopage qui pesaient sur elle, la canoéiste était préoccupée par la santé des athlètes, mais aussi celle de leurs proches et par les risques de transmission internationale du coronavirus. Elle se dit néanmoins déçue.

C’est une deuxième claque, dit-elle. Après l’automne, j’espérais juste m’entraîner, compétitionner. Mais évidemment, la santé est la priorité. Même si le gros de la crise était passé, il serait trop risqué de faire les JO et de redonner souffle à la crise.

La Trifluvienne de 27 ans espère toutefois que les Olympiques n’auront pas lieu sans les Canadiens.

C’est une possibilité… Je serais extrêmement déçue, dit-elle, bien qu’elle croit que d’autres pays emboîteront le pas au Canada.

Une autre déception pour Laurence Vincent Lapointe

Idéalement, pour Vincent Lapointe, les Jeux seraient repoussés à 2021.

C’est un choix de chaque athlète de dire: "Je continue à m’entraîner et je risque ma santé et celle des autres ou je respecte les règles". Il faut donner des chances justes et équitables à tous.

Néanmoins, l’octuple championne mondiale reste zen malgré un nouvel obstacle sur sa route olympique.

J’ai l’habitude des mauvaises nouvelles, lance-t-elle. Contrairement à quand j’ai été suspendue, je ne me bats pas seule contre le monde entier, je me bats avec le monde entier contre la COVID. On veut que tout le monde soit en santé. Je n’ai pas le poids seul sur mes épaules.

Laurence Vincent Lapointe est de retour chez elle depuis un peu moins d’une semaine. Le camp floridien de l’équipe canadienne auquel elle participait a été interrompu. Elle observe depuis les recommandations de confinement émises par les gouvernements.

Ça fait 15 ans que je pousse...

Joëlle Békhazi, de l’équipe féminine de water-polo, peine à croire que son rêve olympique lui file encore entre les doigts – ne serait-ce que temporairement. Lorsque les Canadiennes ont validé leur billet pour Tokyo, elles célébraient une première qualification depuis 2004. Békhazi s’est jointe à l’équipe en 2005.

Même si elle touchait au but après trois cycles olympiques manqués, elle reconnaît que la santé et la sécurité priment sur le reste.

Dans ma tête, je me disais “Est-ce que je suis juste pas supposée aller aux Jeux olympiques? ” Après tous ces moments, les astres ne s’alignent pas pour que je puisse y aller. […] Les Jeux olympiques, c’est ma vie, affirme Békhazi. Ça fait 15 ans que j’essaie, que je pousse. J’ai la résilience. Mais en fin de compte, il y a tellement de choses plus importantes que ça – je n’aurais jamais pensé dire ça.

L’équipe de rugby à 7 de Karen Paquin est, elle aussi, qualifiée pour les prochains Jeux. Tokyo 2020 devait représenter un tournant pour la Québécoise.

Paquin n’avait pas l’intention de rejouer au rugby à 7 après 2020. Elle souhaitait passer au rugby à XV et rentrer chez elle, à Québec, où elle s’est acheté une maison avec son conjoint – les équipes de rugby à 7 sont basées en Colombie-Britannique.

Elle appuie la décision du COC même si tous les morceaux du casse-tête de sa vie s’imbriquaient parfaitement les uns dans les autres.

On était en train de planifier la transition post olympique, souligne Paquin. Je passais du rugby à 7 au rugby à XV. Je revenais au Québec. Pour mon conjoint et moi, c’est une situation qui chamboule nos plans. On va s’adapter. Je sais déjà, au fond de mon cœur, que je ne serai pas capable de lâcher seulement parce qu’ils ont décalé les Jeux olympiques.

(Avec les informations de Meeker Guerrier, de Jacinthe Taillon, de Jean St-Onge, de Justine Roberge et de Jean-Philippe Martin)

Avec les informations de La Presse canadienne

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