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Jeux olympiques : « une question de respect mondial » - Jean-Luc Brassard

Un homme d'origine asiatique porte un masque sanitaire. Derrière lui, un bandeau fait la promotion des Jeux olympiques de Tokyo.

Le CIO estime qu'il n'est pas encore temps de prendre des «décisions radicales» sur la tenue des Jeux olympiques de Tokyo.

Photo : Reuters / Issei Kato

Alexandre Gascon

Chaque jour où le Comité international olympique (CIO) tarde à reporter les Jeux olympiques entache sa crédibilité déjà fortement mise à mal, estime Jean-Luc Brassard, l’un des anciens champions canadiens signataires de la pétition.

D’ailleurs, il s’agit davantage d’un engagement que d’une pétition, précise-t-il au bout du fil.

Les athlètes actifs n’ont plus de voix. Ils sont toujours un peu sous la gouverne des grandes fédérations olympiques, et le Comité olympique canadien (COC) dit exactement la même chose que le CIO. Il ne permettra jamais qu’il y ait de la dissidence. C’est plus aux athlètes retraités, comme moi, qui n’en ont plus rien à cirer, de dire que ça n’a pas de bon sens, laisse tomber Brassard.

Lorsque joint au téléphone, le médaillé d’or venait de s’entretenir avec son ancien coéquipier et ami Dominick Gauthier, à l’origine du document qui réclame à grands cris le report des Jeux de Tokyo en sollicitant le consentement d’anciens champions.

Non pas que les athlètes actuels s’obstinent dans leurs rêves de gloire olympique, mais simplement qu’ils se trouvent au cœur d’un vilain conflit d’intérêts.

Ce n’est pas vrai que les athlètes sont le nombril du monde. Dans ces circonstances-là, il y a bien des choses plus importantes. Je suis convaincu que les athlètes pensent la même chose, c’est juste plus difficile pour eux de le dire, explique l’ancien skieur, en ajoutant du même souffle qu’il se rappelle avoir aussi vécu une amère déception en 1998 quand les coupes du monde de Mont-Tremblant avaient été annulées en raison du verglas qui recouvrait la province.

Ils avaient les ressources pour le faire, mais des organisateurs m’ont gentiment expliqué qu’ils se sentaient coupables de faire tourner des génératrices pour faire jouer de la musique et donner des notes à des skieurs pendant que plein de monde n’avait pas d’électricité et gelait dans sa maison, raconte-t-il.

Jean-Luc Brassard n’a jamais mâché ses mots. Les circonlocutions, très peu pour lui. Mais cette fois, la valse-hésitation du CIO l’abasourdit.

Tandis que toutes les grandes ligues du monde ont soit repoussé soit carrément annulé leurs championnats, le président du CIO Thomas Bach estimait, vendredi, qu’il serait « irresponsable » et « prématuré » de prendre une décision hâtive dans ce dossier. Absurde, dit Brassard.

Jean-Luc Brassard

Jean-Luc Brassard, porte-drapeau à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Nagano (Photo : La Presse canadienne/Paul Chiasson)

Photo : Radio-Canada

Le Québécois a souvent critiqué l’organisation en lui reprochant son manque de courage dans les dossiers sensibles comme le scandale de dopage en Russie mis au jour après les Jeux de Sotchi, et dont toutes les ramifications sont, encore aujourd’hui, inconnues.

Le président Bach, personnellement, je ne l’ai pas en très haute estime. La seule décision forte qu’il a prise dans sa carrière aura été de bannir la seule athlète russe et son entraîneur qui ont été des lanceurs d’alerte au moment du scandale de la Russie, laisse-t-il tomber.

Je vais choisir mes mots là. C’est une gang de vieux qui habitent dans une espèce de tour d’ivoire à Lausanne, et qui ne font pas trop, trop de voisinage pour voir ce qui se passe à l’OMS (Organisation mondiale de la santé) à côté, enchaîne Brassard.

Partout à travers la planète, des athlètes sont incapables de s’entraîner en raison des mesures de confinement extraordinaires en vigueur en Amérique du Nord, et particulièrement en Europe.

Des sportifs australiens ont admis que plus personne ne pouvait jouer franc-jeu, puisqu’eux ont encore accès à des piscines, par exemple, alors qu’elles sont fermées un peu partout dans le monde. L’idéal olympique en prend pour son rhume.

Est-ce que le comité olympique a comme stratégie d’espérer que dans quatre mois tout ça soit terminé et qu’il soit le premier à célébrer la grande unité mondiale d’avoir vaincu une pandémie? Ça n’a aucun sens cette affaire-là, fait valoir Brassard.

Le médaillé d’or des Jeux de 1994 entrevoit, comme plusieurs, une solution simple : reporter les JO d’un an. Et surtout, que le CIO ne fasse pas porter l’opprobre aux athlètes ou aux Japonais d’une décision radicale, tandis qu’il a toutes les cartes en main présentement pour agir avec célérité, selon le skieur.

Au-delà de l’aspect athlétique, c’est juste une question de respect mondial. Tout le monde fait des efforts de confinement, de rester à la maison. Ça marche somme toute pas si mal. On vit une pandémie, mais ça va pas si mal. On ne va pas à la guerre là. Simplement par respect de tous les Italiens, de tous les Français, qui ont perdu des êtres chers, qu’est-ce qu’on fait à vouloir maintenir des Jeux olympiques qui auraient lieu dans quatre mois, dont plus de 40 % des sélections n’ont pas été faites encore?

L’image de marque [du CIO] va finir par en souffrir. Ça ne peut pas toujours être le 2 janvier pour eux. On prend des résolutions le 1er janvier, et on les oublie le 2. Ça fait longtemps qu’ils surfent sur le 2 janvier, de conclure Jean-Luc Brassard.

Alexandre Bilodeau brandit le drapeau canadien après avoir remporté les bosses à Sotchi.

Alexandre Bilodeau brandit le drapeau canadien après avoir remporté les bosses à Sotchi.

Photo : Getty Images / FRANCK FIFE

Bilodeau renchérit

Pour Alexandre Bilodeau, médaillé d'or en bosses à Vancouver et à Sotchi, et qui travaille maintenant dans le monde de la finance, ça ne fait aucun sens d'un point de vue économique de tenir ces Jeux.

Pour le CIO, le premier critère, ce sont probablement les droits de télé et les commanditaires. Ils devraient davantage penser aux athlètes et à ce qu'ils vivent présentement, a noté Bilodeau. Les enjeux économiques viennent après. C'est une crise internationale sans précédent, et les JO ne sont plus une priorité pour bien des gens.

On dit que la situation ne reprendra pas son cours normal avant juin ou juillet. Croyez-vous que les milliers de gens qui auront perdu leur emploi d'ici là auront la tête aux JO même si la vie reprend tranquillement son cours? C'est insensé, ajoute le Québécois.

Philibert-Thiboutot en accord

Je dois être transparent, je ne suis pas encore qualifié, et en raison des blessures que j'ai subies ces dernières années, reporter les Jeux serait probablement une bonne chose pour moi. Malgré tout, je pense que le CIO se voit présentement plus gros que le coronavirus, ce qui est un non-sens. Ce n'est pas la pandémie qui va se plier aux demandes du CIO, c'est plutôt le contraire.

La seule chose à laquelle il faut penser, c'est que cette crise touche tout le monde [...] C'est un manque de respect envers les athlètes, et envers la population mondiale tout court. Il nous demande de continuer de nous entraîner comme d'habitude et dit qu'il n'y aura pas de problèmes. Mais la réalité, c'est que nous sommes des citoyens du monde et que le monde présentement doit suivre des recommandations de santé publique.

Avec les informations de La Presse canadienne

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