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Faut-il reporter les Jeux de Tokyo? Les athlètes se prononcent

Une enseigne du stade national de Tokyo ou se tiendraient les Jeux olympiques d'été en juillet 2020

Le stade olympique de Tokyo

Photo : The Associated Press / Jae C. Hong

Radio-Canada

Les athlètes sont inquiets quant à ce que le futur leur réserve en cette période de pandémie de coronavirus. Et les Canadiens ne font pas exception. Les sportifs du pays sont préoccupés par leur santé, bien sûr, mais aussi par l'incertitude entourant les Jeux olympiques de Tokyo, cet été.

Le Comité international olympique (CIO), par la voix de son président Thomas Bach, a dit vendredi qu'il serait prématuré de reporter les Jeux. Jeudi, d'anciens champions canadiens ont lancé une pétition pour exhorter le CIO à repousser son grand rendez-vous.

Les équipes et les athlètes vont prendre leur décision dans les semaines ou le prochain mois à venir par rapport à notre participation [aux Jeux olympiques], dépendamment des circonstances au Japon et dans le monde, a pour sa part indiqué le premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Contacté à Gérone en Espagne, où il se remet d'une récente fracture du fémur, le cycliste sur route Michael Woods a son idée bien arrêtée sur le sort des Jeux de Tokyo. Il se dit convaincu qu'ils seront reportés.

Tokyo commence en 2021, à mon avis, laisse tomber le cycliste d'Ottawa.

Quant à la façon dont le Comité international olympique gère le dossier, Woods ne mâche pas ses mots.

À mon avis, c'est toujours le cas avec les organisations, même avec l'UCI en cyclisme. Ils se cachent les yeux. Ils ne pensent qu'à eux-mêmes, à leur organisation, et pas aux athlètes.

Michael Woods, cycliste canadien

Si les Jeux olympiques continuent, non seulement pour moi, mais pour tout le monde, c'est un peu fou parce que c'est dangereux, ajoute-t-il. C'est dur pour les athlètes en Espagne, en Chine, en Italie, en France. On n'est pas capables de vraiment s'entraîner.

Quoi qu'il en soit, Michael Woods se dit capable de guérir et de retrouver la forme en quatre mois. Mais si les JO devaient être reportés à l'an prochain, il affirme qu'il sera du rendez-vous. Il aurait alors 34 ans.

C'est vraiment un objectif, conclut-il.

Michael Woods regarde la caméra.

Michael Woods

Photo : AFP/Getty Images / Miguel Riopa

Un dossier complexe, selon Hugo Houle

Hugo Houle, un autre cycliste canadien, reconnaît que c'est un dossier complexe et il tente de relativiser les choses.

Ce sont de grosses décisions. Je vais vivre avec la décision qui sera prise, déclare-t-il. Tout évolue tellement vite, c’est difficile de se positionner. Pour l’instant, c’est le dernier de mes soucis, il y a des choses bien plus importantes que de savoir si je serai aux Jeux ou non.

Une décision du Comité international olympique est encore prématurée selon lui.

Présentement, je crois qu’il est trop tôt pour s’avancer là-dessus, dit-il. Pour ce qui est du sport cycliste, tout est scellé, les compétitions n’ont pas beaucoup d'incidence. Si la situation ne change pas, ce sera difficile de s’entraîner et ça ne ferait aucun sens d’aller aux Jeux.

Hugo Houle roulant sur son vélo.

Hugo Houle

Photo : Getty Images / Anne-Christine Poujoulat

Antoine Valois-Fortier et Karen Paquin appuient le CIO

Le judoka Antoine Valois-Fortier reconnaît que la situation dépasse le cadre sportif. Et il a tendance à approuver le CIO dans sa façon de gérer le dossier.

On est encore à quatre mois des Jeux, fait valoir le médaillé de bronze des Jeux de Londres en 2012. Ça peut changer rapidement. Pourquoi prendre des décisions immédiatement? En même temps, de la façon dont ça évolue, c'est inquiétant. Mon seul souhait, c'est que la bonne décision soit prise pour que la santé de personne soit en danger et qu'on soit en mesure de trouver des compromis pour que tout le monde puisse être aux compétitions, bien préparé et dans un état d'esprit acceptable malgré tout.

S'ils sont capables d'organiser les Jeux à ce moment-là, ils vont le faire, soutient Karen Paquin, membre de l'équipe canadienne de rugby à XV. Ça ne sert à rien d'émettre des scénarios B, C, D. L'idée, c'est que ça se passe là. S'ils sont obligés d'annuler ou de les reporter, là, on passera au scénario B et on aura le temps de se préparer à partir de là. Je comprends leur façon de gérer le dossier. Plusieurs personnes ne sont pas d'accord. Moi, j'aurais tendance à dire que leur façon de faire est transparente.

N'empêche, une décision rapide est souhaitable, selon Valois-Fortier, c'est ce qui va le moins torturer les athlètes.

Le Montréalais de 30 ans croit qu'il sera en mesure d'étirer sa carrière si les JO sont reportés en 2021. Mais s'ils sont annulés, la pilule sera difficile à avaler pour celui qui a subi deux opérations depuis les Jeux de Rio.

Je n'ai pas encore pris ma décision à savoir si j'allais poursuivre après ces Jeux-là. Finir ma carrière de cette manière-là, ça ferait un peu mal à mon ego. Ce serait dommage d'avoir tout fait tout ce parcours et que ça se termine comme ça.

Antoine Valois-Fortier, judoka

Comme nombre d'athlètes de par le monde, Antoine Valois-Fortier doit se contenter de courir à l'extérieur et de s'entraîner chez lui pour le moment. Il admet que la motivation à court terme est difficile à trouver.

Antoine Valois-Fortier

Antoine Valois-Fortier

Photo : Getty Images / TOSHIFUMI KITAMURA

Karen Paquin donne quant à elle un son de cloche différent quant à la responsabilité de l'athlète en matière d'entraînement.

Il n'y a personne qui s'entraîne comme il le voudrait, s'exclame-t-elle. C'est la réalité de tous les athlètes, tous les jours. Il y a toujours quelque chose qui arrive, que ce soit une blessure, une maladie, un problème avec l'équipement.

Les athlètes, nous sommes résilients. Nous sommes capables de faire fi de ça et de continuer à trouver des façons de s'entraîner. C'est notre responsabilité. Et de dire ''on est pas au pic de notre forme''... On est jamais au pic de notre forme!''

Karen Paquin, joueuse de rugby
Elle court avec le ballon.

Karen Paquin aux Jeux de Rio

Photo : Getty Images / David Rogers

Tammara Thibeault garde le cap

La boxeuse Tammara Thibeault poursuit sa préparation avec les moyens du bord, comme si tout allait se dérouler comme prévu.

C’est sûr que c’est inquiétant, indique la jeune femme de 23 ans, médaillée de bronze des derniers Championnats du monde chez les 75 kg. On s’entraîne depuis longtemps et personne ne sait ce qui va se passer. Mais je n’ai pas de contrôle sur ça. Il faut rester fort face à tout cela et concentré sur notre objectif.

J’essaie de me concentrer sur ce que je peux faire pour me concentrer, pour m’améliorer. Je m’entraîne à la course à pied et en faisant des exercices dans mon sous-sol avec mon chien qui profite au maximum de ma présence à temps plein, à la maison, ajoute-t-elle sur une note enjouée.

La boxeuse de Shawinigan se dit convaincue qu’elle participera aux Jeux olympiques, peu lui importe que ce soit cette année ou plus tard.

Elle se prépare à lancer un coup.

Tamara Thibeault en action aux jeux du Commonwealth en 2018

Photo : Getty Images / Jaimi Chisholm

Erica Wiebe pense d'abord à la santé de tous

La championne olympique de lutte Erica Wiebe veut que les Jeux olympiques aient lieu aux dates prévues, mais souhaite avant tout que les décisions prises le soient pour le bien de tous.

Pour les athlètes olympiques, notre vie se déroule par cycle de quatre ans, et les Jeux sont une belle source de motivation. Mais il faut aussi trouver de la motivation au jour le jour, croit-elle.

Je suis heureuse de pouvoir être à l’entraînement tous les jours. Pour moi, c’est un cadeau de faire quelque chose que j’adore, explique-t-elle.

Erica Wiebe écoute la question de la journaliste Kim Vallière pendant une entrevue.

Erica Wiebe

Photo : Société Radio-Canada

C’est tellement dur de savoir ce qui va se passer, car ça change au jour le jour, presque d’heure en heure. Mais ce qui est bien, c'est qu'on a appris qu’il n’y avait plus de nouveaux cas (de coronavirus) à Wuhan (en Chine), et ça, c’est super, et aussi, il reste encore pas mal de temps avant le 24 juillet, rappelle la lutteuse canadienne.

Contractuellement, le CIO doit donner une réponse définitive le 24 mai au plus tard, soit 60 jours avant le début des Jeux. Il reste donc encore deux mois durant lesquels les athlètes qui ne sont pas encore qualifiés vont souffrir.

Il y a en ce moment beaucoup d’incertitude, beaucoup d’inconnu. Il y a tellement d’athlètes canadiens qui ne sont pas encore qualifiés, alors je compatis, dit Wiebe. Moi, ça va, je suis qualifiée, mais pour eux, c’est dur.

Je serais déçue si les Jeux étaient reportés, j’aimerais qu’ils aient lieu, mais j’ai confiance que le CIO et le COC prendront la meilleure décision pour tout le monde, pour leur santé et leur sécurité, conclut Erica Wiebe.

L'athlétisme s'inquiète

Le président de World Athletics, Sebastian Coe a reconnu jeudi que les Jeux de Tokyo pourraient être reportés. Quelques athlètes demandent qu'une décision soit prise le plus rapidement possible, mais ceux du Canada ne se sont pas prononcés en ce sens, soutient Glenroy Gilbert, entraîneur-chef de l'équipe canadienne. Mais l'inquiétude est tout de même palpable.

Les athlètes sont préoccupés et ils veulent avoir une idée claire de ce qui se passe, dit Gilbert. Bien sûr, c'est une situation en constante évolution. En ce moment, avec toutes les fermetures, ils essaient de voir comment ils peuvent s'entraîner le plus normalement possible.

Plusieurs athlètes canadiens, comme Andre De Grasse et Aaron Brown s'entraînent aux États-Unis. Leur routine a passablement changé depuis environ une semaine. Ils peuvent encore courir à l'extérieur, mais ils s'entraînent de façon limitée.

À travers le monde en général, l'accès aux pistes, aux salles d'entraînement et aux complexes sportifs est interrompu, précise Gilbert. Nos deux centres au pays ont été touchés et nos athlètes qui s'entraînent aux États-Unis ne peuvent s'entraîner comme ils le faisaient avant cette pandémie.

Tout le monde est dans le même bateau. Ils essaient de maintenir un certain niveau de condition physique et de préparation pour Tokyo 2020. Mais plus le temps passe, plus ça devient difficile pour eux, leurs entraîneurs et leurs thérapeutes et pour nous à Athlétisme Canada.

Glenroy Gilbert, entraîneur-chef de l'équipe canadienne d'athlétisme

Le relais canadien devait tenir un camp à la fin du mois en Floride, mais il a été annulé. Un autre doit être tenu à Baton Rouge, en Louisiane, à la fin avril, mais Gilbert dit qu'une partie des compétitions prévues ont aussi été rayées du programme.

Du côté de la Fédération d'athlétisme du Québec, on considère que le CIO a encore du temps pour prendre une décision au sujet des Jeux de Tokyo. Et les préparatifs se poursuivent afin d'organiser les essais olympiques canadiens à Montréal à la fin juin.

Je ne pense pas qu'il y ait encore une urgence, déclare le directeur général Marc Desjardins. Il y a beaucoup d'incertitude et c'est pour ça qu'il est difficile de prendre une décision à moyen terme.

Cela dit, outre les considérations sportives, les dirigeants des fédérations s'inquiètent de leur situation financière et ils espèrent que les gouvernements les soutiendront.

Nous sommes des organismes à but non lucratif et il y en a qui ne passeront pas à travers [la crise], prévient Desjardins. Il va y avoir des pertes et des manques à gagner. S'il n'y a pas de compétitions provinciales, quel impact ça aurait sur les clubs? Si nous tenons les sélections olympiques, nous espérons faire un surplus financier qui sera injecté dans nos programmes. Sinon... La première question c'est : est-ce que les gouvernements vont avoir des programmes pour aider les organisations sportives?

Avec chaque semaine qui passe, le pourcentage de chances que les compétitions soient reportées ou annulées augmente, conclut Desjardins.

(Avec les informations de Michel Chabot, de Michaël Roy, de Justine Roberge, d'Olivier Pellerin, de Jean-François Chabot et de Philippe Crépeau)

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