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Plongeuses sans piscine, mais pas sans idées

Meaghan Benfeito en action

Meaghan Benfeito

Photo : Associated Press / Tibor Illyes

Diane Sauvé

Cela fait une semaine que les plongeuses Meaghan Benfeito et Jennifer Abel se retrouvent au sec. Incapables de s’entraîner à la piscine olympique de l’Institut national du sport du Québec (INS). La raison, vous la connaissez: les dangers de propagation du coronavirus.

Une situation poche, dit Benfeito, mais pas question de prendre le mors aux dents.

C’est certain que c’est plate, lance Abel. Mais j'essaie vraiment de garder mon sang-froid. On parle de santé. Et c’est la chose la plus importante. Ce que je trouve difficile, c’est de ne pas avoir de plan. C’est comme si je donnais mon plan [d’entraînement] à quelqu’un d’autre.

Meaghan Benfeito ne sait pas quand elle pourra retrouver la piscine et sa tour de 10 m. Sa recette est claire : y aller un jour à la fois, maintenir la forme et faire preuve de créativité. 

Là-dessus, la triple médaillée olympique n’en manque pas. Elle pratique maintenant ses périlleux dans son salon. 

J'ai sorti mon matelas dans mon salon. Je l'ai mis par terre. Je fais comme si j'étais à la piscine quand on fait l'entraînement à sec. J'ai mon téléphone qui me filme, puis je l'envoie à mon entraîneur. Il me corrige comme ça.

Pour sa part, Jennifer Abel utilise ses appareils d’entraînement cardiovasculaire à la maison. Et pour remplacer les poids, elle veut profiter de son conjoint, le boxeur David Lemieux. 

Parfois en plongeon, quand on n'a pas de poids, on met l’autre sur nos épaules et on fait des squats. Alors je peux mettre mon conjoint sur mes épaules.

Les entraîneurs de Plongeon Canada ont remis à leurs athlètes cette semaine une série d’exercices à faire à la maison, de la visualisation, et même une session de conditionnement physique en ligne.

On s’adapte. Et on s’attend à ce que vendredi, une troisième étape de Coupe du monde soit reportée après celles de Kazan et de Londres. Il s’agirait de l’épreuve de Tokyo, prévue fin avril.

Cette Coupe du monde est déterminante pour les plongeurs puisque les derniers billets disponibles pour les Olympiques y seront à l’enjeu.

Pour l’instant, seul le duo de Jennifer Abel et de Mélissa Citrini-Beaulieu au 3 m synchro a son laissez-passer assuré pour les Jeux de 2020. 

Meaghan Benfeito est en bonne position pour sa sélection, tout comme Jennifer Abel au 3 m individuel. Mais ce n’est pas le cas des plongeurs canadiens au 3 m, par exemple, qui n’ont assuré aucune place pour le pays dans cette épreuve. 

Le CIO a affirmé qu’il s’adapterait aux nombreuses épreuves qualificatives reportées. 

Je pense que ça enlève un gros poids sur tous les athlètes qui n'ont malheureusement pas pu se qualifier avant, explique Jennifer Abel. Mais avant de célébrer, c’est important de savoir comment ils vont s'adapter. Si je prends les gars au 3 m, c'est certain que pour eux, la situation est beaucoup plus stressante.

Benfeito, comme sa coéquipière, aime voir le bon côté des choses. Elle en profite notamment pour bien soigner sa tendinite au coude gauche.

Elle fait aussi ce qu’elle ne fait jamais assez à son goût pendant la saison: analyser ses plongeons et celui des autres sur vidéo. 

Cap sur Tokyo

Jennifer Abel, 28 ans, sait bien que tout ça la pénalise. Bien sûr, elle ne fait pas ses 30 heures d’entraînement en plongeon. Si le risque est là, la solution existe aussi. 

Lorsqu'on va retourner à la piscine, mentalement, ça va être super bien, dit-elle. On va être capable de vraiment encaisser la charge d'entraînement. Mais en même temps, si on n'a pas le physique, c'est là que les blessures peuvent arriver. De là l'importance de se maintenir en forme malgré le fait qu'on doive rester à la maison.

Elle est en position carpée pendant un plongeon.

Jennifer Abel

Photo : Getty Images / Quinn Rooney

Pour Benfeito, 31 ans, le CIO a encore le temps avant de décider d’un report des Jeux. 

Si jamais, Tokyo 2020 avait lieu en 2021, elle y sera. Pas question de rater ses quatrièmes JO. 

Si jamais, les Olympiques avaient lieu comme prévu cet été, elle n’aurait pas de peine à passer deux mois sans plonger dans une piscine. 

Je pense que c'est faisable, estime-t-elle. Je pense que le plongeon, c'est vraiment beaucoup plus mental que les gens le pensent. Ça fait des années que je fais mes plongeons, donc je ne pense pas que ça va s'oublier en deux mois.

Jennifer Abel ne craint pas non plus de perdre ses réflexes. Elle a bel et bien l’intention de vivre elle aussi sa quatrième expérience olympique pour décrocher une première médaille individuelle en plongeon. 

Elle et sa famille sont déjà prêts. 

On se concentre tellement sur les Jeux olympiques. Je trouverais ça vraiment dommage de ne pas pouvoir vivre ça avec eux [ma famille].

Quoi qu’il arrive, elle jure que ces dernières années ne seront pas perdues. Elle a mûri beaucoup après avoir terminé deux fois quatrième à Rio. Et c’est une précieuse leçon en ces temps difficiles. 

Un des travaux que j'ai faits depuis Rio, c'est vraiment d'accepter ce qu'il en est. À Rio, j'ai fini deux fois quatrième, ça m'a vraiment blessée. Avec les années, j'ai appris à accepter les situations, même si elles ne me plaisent pas. Je comprends maintenant que dans la vie, rien n'arrive pour rien.

Meghan Benfeito, comme plusieurs athlètes sur les réseaux sociaux, incite les gens à respecter les consignes liées au danger du coronavirus. Un message important pour elle.  

C'est difficile de rester à la maison. On s'entend que les athlètes, on est partout dans le monde et on bouge tout le temps. Donc si nous, on est capables, tout le monde dans le monde est capable de le faire.

Entre ses séances d’entraînement et ses épisodes d’Unité 9 qu’elle rattrape sur tou.tv, Jennifer Abel ne s’énerve pas. Au contraire. Elle trouve plutôt le moyen de blaguer. 

Si je me mets à paniquer, je vais dire la même chose que j'ai dite à Émilie [Heymans] en 2012 aux Jeux olympiques : “Emilie, si je me mets à paniquer, là, on est dans le trouble.”

Rappelons-nous que l’histoire s’est bien terminée pour les deux en 2012 : elles ont gagné la médaille de bronze au 3 m synchro. 

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