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Un entraîneur de la KHL à Pékin a échappé au coronavirus

Un entraîneur discute avec un adjoint

Curt Fraser derrière le banc du Red Star

Photo : Red Star de Kunlun

Jean-Patrick Balleux
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Curt Fraser, ancien dur à cuire de la LNH avec plus de minutes de pénalité (1306) que Georges Laraque (1126), vient d’échapper à un redoutable adversaire, le coronavirus. L’entraîneur du Red Star de Kunlun, la seule équipe chinoise de la Ligue continentale (KHL), a dû quitter Pékin en catastrophe quand la panique s’est emparée de la Chine.

Nos femmes et nos blondes ont rejoint l’équipe et nous sommes tous montés à bord d’un charter en direction de la Russie, explique l’Américain à Radio-Canada Sports. Nous avons tout laissé derrière : appartements, objets personnels, même des proches pour certains joueurs. En quelques heures, nous venions de réaliser que nous quittions la Chine pour longtemps.

C’était au début de février. Quelques jours avant, le gouvernement chinois mettait la ville de Wuhan en quarantaine, le point zéro du coronavirus, et interdisait les rassemblements publics dans tout le pays.

Nous allions en Russie pour jouer un mois sur la route. Il nous restait un match à domicile à notre retour. Puisqu’il nous serait alors impossible de le jouer à Pékin en raison de l’arrêté gouvernemental, la direction du club a eu l’idée de nous sortir de la Chine plus longtemps pour nous sauver du virus.

Le timing était parfait pour quitter la Chine. Mais à ce stade, nous ne réalisions pas l’ampleur de la situation. À l’aéroport de Pékin, il fallait marcher à travers un couloir rempli de scanneurs. Les douaniers ont pris notre température. Dire que ce n’était que le début...

Curt Fraser a amassé 433 points en 704 matchs dans la LNH. Son équipe de KHL, le Red Star, a dans ses rangs l'ancien du Canadien de Montréal Devante Smith-Pelly et le fils de Chris Chelios.

L’arrivée en Russie

Au moment où l'équipe de Fraser a foulé la Russie, des dépêches faisaient état d’histoires navrantes pleines de propos racistes. Des Russes fustigeaient les Chinois en sol russe et leur demandaient de retourner dans leur pays.

J’ai entendu les mêmes histoires, mais je n’ai pas vu ce genre de scènes. Quand nous sommes arrivés en Russie, toute l’équipe et nos familles ont été testées pour s’assurer que nous n’étions pas porteurs du virus. Par la suite, personne ne nous a achalés avec ça, indique Fraser.

Le Red Star de Kunlun avait encore cinq matchs à sa saison. Contre Novossibirsk, en Sibérie, Tcherepovets, à 3300 km de la Sibérie, Tcheliabinsk et Magnitogorsk, près du Kazakhstan, et finalement Pékin, pour un match qui a finalement été déplacé à Novossibirsk.

Les distances sont grandes dans la KHL.

On vole cinq heures de Pékin jusqu’à Novossibirsk pour faire le plein. Puis, on redécolle cinq heures en direction de Moscou, raconte Fraser. Ce sont de longs voyages, on peut traverser entre sept et neuf fuseaux horaires pour un match. On se bat constamment contre le changement d’heure. Mais les joueurs trouvent une façon de contrer tout ça.

Et ces rumeurs comme quoi les spectateurs devaient porter des masques aux matchs?

Je n’ai pas vu ça dans les gradins, dit-il. On a joué les matchs et dès le lendemain de la fin de notre saison, la plupart des joueurs ont regagné leur domicile.

Dix joueurs du Red Star affichent des origines chinoises, mais la plupart résident au Canada ou aux États-Unis. C’est une façon pour la Chine de recruter sa future équipe pour les Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022.

Si le Red Star a été exclu des séries avec 26 victoires en 62 matchs, sous la gouverne de Fraser, l'équipe s’est approchée à deux gains de sa meilleure saison, en 2016-2017. Entre-temps, le coronavirus a fait son chemin jusqu’en Russie et les séries de la KHL sont maintenant suspendues jusqu’au 10 avril.

« Je suis supposé retourner à Pékin pour la nouvelle saison. Mais personne ne sait ce qui va se passer pour l’instant. C’est un virus mortel. Pas question de jouer avec le feu. Reprendre la saison est très, très bas dans la liste des priorités. Je crois que ce sera long avant qu’on puisse retourner en Chine. Il faudra alors penser à trouver un autre endroit comme camp de base jusqu’à ce que Pékin et la Chine retombent sur leurs pattes. »

— Une citation de  Curt Fraser, entraîneur-chef du Red Star de Kunlun

J’espère qu’ils trouveront une solution pour le coronavirus, car en ce moment, beaucoup de gens vivent dans des conditions difficiles en Chine, conclut Fraser.

C’était avant que la planète entière ne soit contaminée, incluant les États-Unis. L’entraîneur est réaliste, mais demeure positif .

Maintenant, c’est très difficile de retourner en Chine. Et on essaie de s‘organiser. Mais je sais qu’avec le temps, la situation va s’arranger.

De bons mots pour Kovalchuk

Nous avons profité de notre entretien avec Curt Fraser pour lui parler d’Ilya Kovalchuk, qui venait de passer du Canadien de Montréal aux Capitals de Washington.

Il est incroyable. Je l’ai eu sous mon aile alors qu’il avait 18 ans. Évidemment qu’à 6 pieds 2 pouces et 230 livres, il avait le physique. Mais en plus, il était rapide sur la glace, confie Fraser, qui a été son premier entraîneur dans la LNH à Atlanta.

Il crie des directives.

Curt Fraser derrière le banc des Thrashers en 2002

Photo : Getty Images / Scott Cunningham

L’Américain garde un souvenir impérissable du passage de Kovalchuk avec les Thrashers.

Je me souviens d’un match à Atlanta contre les Oilers. C’était le 5 février 2002. Le score était de 1-1 en troisième période au moment où Ilya écope d’une pénalité pour bâton illégal. Je le regardais sur le banc de punition et il savait qu’il venait de gaffer. On l’achalait tout le temps avec ses palettes de bâton très courbées. Il fallait lui trouver un bâton rapidement. Je lui ai remis celui de Shean Donovan dont les bâtons étaient reconnus pour avoir la palette quasiment droite.

Je ne sais pas quoi faire avec ça!, a crié Kovalchuk à son entraîneur.

Tu es si talentueux, débrouille-toi avec ça. Va marquer un but et tout ira bien, a répondu Fraser.

Une fois sa pénalité écoulée, Kovalchuk a sauté sur la glace et s’est retrouvé derrière le filet des Oilers. Sept secondes après avoir quitté le banc, d’un geste rapide, il frappait la rondelle dans les airs pour redonner l’avance d’un but à son équipe.

Après son but, Kovalchuk s’est arrêté devant le banc des Oilers pour narguer les joueurs, raconte Fraser. Tout le monde voulait le tuer. C’est ca, Kovalchuk. Un talent brut incroyable. Un esprit de compétition. Un grand joueur.

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