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chronique

Couper la glace en deux? L’intéressante expérience du hockey novice

Hockey Québec

Hockey Québec

Photo : Facebook / Hockey Québec

BILLET – Le monde du hockey est particulièrement conservateur et il n’est pas toujours facile d’y modifier de vieilles pratiques. Même au hockey mineur. Et même lorsque les bienfaits des changements proposés sont scientifiquement démontrés.

Cette saison, Hockey Québec a adopté un nouveau programme voulant que les hockeyeurs de catégorie novice (7 et 8 ans) disputent leurs matchs sur une surface de jeu restreinte (demi-glace), à 4 contre 4, afin de maximiser leur plaisir et leur développement.

Les filets utilisés durant ces matchs étaient aussi de dimensions réduites (4 pieds de largeur par 3 pieds de hauteur), ce qui avait pour effet d’accroître le niveau de difficulté des tireurs et de rehausser le taux de succès des gardiens.

Au lieu de répartir les joueurs sur trois niveaux (les traditionnels classes A, B et C), les novices ont été déployés sur quatre niveaux (1, 2, 3 et 4) en fonction de leur expérience et de leurs habiletés. Ce changement avait pour but de créer des groupes plus homogènes puisque les équipes du novice sont dorénavant composées de huit patineurs et d’un gardien.

Par ailleurs, aucun pointage et aucun classement n’a été compilé au cours de la saison pour les jeunes de cette catégorie. Cette pratique existe notamment en Suède, et ce, jusqu’à l’âge de 12-13 ans. Les dirigeants du hockey suédois souhaitent ainsi que leurs hockeyeurs se concentrent pleinement sur l’aspect ludique du hockey plutôt que sur leurs résultats.

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Ce changement de cap, adopté dans l’ensemble du Canada, m’a particulièrement intéressé. Il y a quatre ans, avec l’aide du recruteur Jean-Philippe Glaude, des Predators de Nashville, j’avais justement publié une chronique sur la nécessité de réduire la surface de jeu de nos petits hockeyeurs.

Quand on y pense, il serait ridicule de laisser des enfants de 7 ou 8 ans disputer des matchs de basketball, de soccer ou de baseball sur des surfaces de jeu aux mêmes dimensions que celles utilisées par les athlètes professionnels. Pourtant, c’était exactement ce que nous faisions au hockey!

Au début, malgré toute la logique entourant l’adoption de cette nouvelle réglementation, il y avait énormément de sceptiques parmi les parents, et même parmi certains entraîneurs chargés de l’appliquer.

Ces derniers temps, afin de faire le suivi sur ce changement de culture, je me suis entretenu avec Simon Hardy, qui coordonne chez Hockey-Québec tout ce qui touche à l’initiation au hockey. 

Par ailleurs, Jean-François Rivard, qui est entraîneur-maître au sein de Hockey Lachenaie, a eu la gentillesse de m’inviter à assister à une réunion impliquant tous les entraîneurs de catégorie novice de cette association. Quelques parents avaient aussi été invités. Le but de cette rencontre, justement, visait à dresser un bilan de cette première saison disputée sur des demi-patinoires. 

Cette réunion a eu lieu le mercredi 11 mars, juste avant que la distanciation sociale s’installe dans nos vies.

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Durant ce brassage d’idées, j’ai été impressionné par le niveau de cohésion qui règne parmi le groupe d’entraîneurs guidé par Jean-François Rivard. Et aussi par la qualité des observations formulées par l’ensemble du groupe.

Unanimement, les entraîneurs de Hockey Lachenaie soutiennent que l’expérience du hockey pratiqué sur une demi-glace s’est avérée positive et qu’ils ne retourneraient pas en arrière si on leur en donnait le choix.

Certains d’entre eux ont noté que plusieurs collisions survenaient lors des premiers matchs du calendrier parce que les joueurs avaient constamment les yeux rivés sur la rondelle. Toutefois, la spectaculaire capacité d’adaptation des enfants s’est révélée en quelques semaines. Les joueurs se sont mis à lever la tête et à prendre conscience de la position de leurs adversaires et de leurs coéquipiers. 

Le hockey auquel nous avons assisté cette saison était incomparable avec celui qui était pratiqué par les jeunes de cet âge la saison dernière. Même les joueurs les moins expérimentés [novice 4] ont constamment touché à la rondelle. La qualité de leurs décisions a monté en flèche. Des joueurs qui n’avaient aucune occasion de marquer l’an passé ont inscrit plusieurs buts cette saison, a souligné l’un des participants.

Les joueurs les plus dominants ont aussi été obligés de progresser. Auparavant, les meilleurs patineurs partaient seuls en échappée, en ligne droite, pour aller marquer des buts. Cette saison, ils ont tenté de jouer individuellement au début, mais ils avaient constamment des adversaires dans le visage. Ça les a finalement forcés à dribbler, à constamment changer de direction et à servir des passes à leurs coéquipiers, d’ajouter un autre entraîneur.

Jean-François Rivard, qui œuvre au sein de Hockey Lachenaie depuis le début des années 2000, dit avoir été impressionné de constater que des enfants avaient déjà développé le réflexe de se positionner automatiquement entre l’adversaire et la rondelle afin de pouvoir mieux protéger le disque.

Tous ces facteurs réunis ont fait en sorte que la qualité du jeu collectif était rehaussée. Les joueurs travaillaient davantage ensemble et s’échangeaient mieux la rondelle, a-t-il souligné.

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Lorsqu’on leur a demandé quels aspects du nouveau programme devaient encore être améliorés, les entraîneurs se sont surtout attardés sur les infrastructures.

Par exemple, une bande amovible doit être installée sur la ligne rouge pour séparer la patinoire en deux et permettre la tenue de deux matchs simultanément. 

Or, certaines associations ont fait l’achat d’une bande parfaitement adaptée qui donnait aux joueurs l’impression de disputer un vrai match de hockey, alors que d’autres ont opté pour des installations de fortune, parfois trop basses ou trop instables, ce qui nuisait soit à la sécurité ou au bon déroulement du jeu.

L’utilisation des bandes adaptées (qui coûtent entre 8000 et 10 000 dollars) devrait être standardisée et obligatoire dans tous les arénas, a fait valoir un entraîneur.

La dimension des filets a par ailleurs donné lieu à un échange intéressant. 

Certains estiment que les filets intermédiaires facilitent trop la tâche des gardiens, qui couvrent aisément toute la partie inférieure dès qu’ils se placent en position papillon.

Nous allons développer de très bons attaquants, mais je ne suis pas certain qu’on fasse travailler nos petits gardiens assez fort, a lancé un entraîneur, mi-sérieux, mi-blagueur. 

Le coordonnateur de Hockey-Québec, Simon Hardy, assure que, toutes proportions gardées, un gardien novice protège environ le même pourcentage d’espace d’un filet aux dimensions réduites qu’un gardien d’âge midget qui défend un filet conventionnel.

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Hardy semble avoir apprécié les commentaires formulés par les entraîneurs de Hockey Lachenaie. Ils reflètent bien, dit-il, les rétroactions qu’il a reçues cette saison de toutes les régions du Québec.

Le premier objectif de cette nouvelle réglementation consiste à fournir aux enfants un espace de jeu à leur échelle, qui sollicite leurs habiletés d’une manière plus représentative de ce qu’ils vivront en gravissant les échelons du hockey. Ils font et reçoivent plus de passes et ils effectuent plus de tirs. Ils sont plus proches de la rondelle et leurs habiletés de patinage sont davantage sollicitées. Ils doivent constamment effectuer des arrêts et des départs, explique Hardy.

En ce qui concerne l’idée de ne pas comptabiliser les points ou de tenir de classement, le coordonnateur de la fédération note que ce changement a été plus difficile à accepter pour les parents que pour les enfants.

Malheureusement, les parents sont beaucoup plus attachés aux résultats parce que c’est naturel pour eux de compter les points et de se comparer. Les adultes restent davantage attachés aux pointages, et ça génère des comportements qu’on ne veut pas voir, parfois même chez des entraîneurs, qui sont portés à surutiliser leurs meilleurs joueurs.

Mais pour les enfants, c’est différent. Ils comptent eux-mêmes les points durant la partie, et quand c’est fini, ils passent à autre chose. En éliminant les pointages et les classements, on renforce le message voulant que l’accent doit être mis sur le plaisir, l’apprentissage et le développement des habiletés, fait valoir Simon Hardy.

Hockey Québec est la quatrième fédération de hockey au monde. C’est un gros paquebot qui n’est pas facile à faire tourner et dont l’équipage est souvent critiqué. 

N’empêche, les changements qui se sont produits cette saison au sein de la catégorie novice sont importants, positifs et méritent d’être soulignés. 

La science a eu raison. Les enfants se sont amusés davantage, et ils sont en plus devenus meilleurs. Les entraîneurs ont vécu une expérience dont ils tireront probablement des bénéfices et des leçons jusqu’à la fin de leur parcours. 

« On notait beaucoup de résistance sur les réseaux sociaux au début de la saison. Maintenant, on lit des témoignages de parents qui ont vécu l’expérience et qui disent aux autres “ Tu verras, ton enfant vivra une belle saison ”. »

Il sera intéressant de voir si ces nouvelles pratiques inciteront un nombre encore plus élevé de joueurs d’âge novice à continuer à jouer au hockey, de conclure Simon Hardy.

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