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Jeux de Tokyo : « La raison devrait l’emporter sur l’argent »

Une femme masquée surplombe Tokyo du haut d'une tour.

Une Japonaise porte un masque au sommet de la tour d'observation Shibuya, à Tokyo.

Photo : Getty Images / Carl Court

« La raison devrait l’emporter sur l’argent. » Ce cri du cœur vient de Tokyo. Le Français Xavier Dorfman, médaillé d’or en quatre de pointe sans barreur aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, est au Japon depuis quatre ans. Il a été engagé pour mettre sur pied une équipe d’aviron nippone compétitive.

Radio-Canada Sports l’a joint pour prendre le pouls dans la capitale japonaise à un peu plus de 100 jours du début des Jeux olympiques, remis en question à cause de la pandémie de coronavirus.


Q - Quelle est l’ambiance en ce moment à Tokyo?

R. Pour le moment, c’est relativement calme. Il n’y a pas de panique. D’ailleurs, les Japonais ne sont pas du genre à paniquer rapidement. Le calme est présent, mais on sent vraiment qu’ils sont dans l'attente. Tout le monde est accroché au petit écran, aux réseaux sociaux et à Internet pour avoir les dernières informations chaque jour. Ça évolue très vite et, oui, il y a un petit peu d’inquiétude et surtout beaucoup de questions.

Il n’y a pas ici de quarantaine ni de confinement, donc on voit des gens circuler librement, dont beaucoup de jeunes, car les écoles sont fermées. On peut faire ses courses librement, aller au restaurant librement. Par contre, il y a une conscience collective. Les Japonais sont des gens très propres, très attachés à l’hygiène, à la santé.

Il y a une très grande prise de conscience collective, donc on voit très peu de gens dans les rues et on a l’impression de vivre au ralenti.

Des rameurs en action.

Le quatre de pointe français (en avant) aux Jeux de Sydney en 2000

Photo : Getty Images / AFP/Emmanuel Dunand


Q - Est-ce que la question du report ou de l’annulation des Jeux olympiques fait débat chez vous?

R. Bien sûr. Tout le monde se pose la question. Est-ce qu’on va tenir des Jeux ou non? Tout le monde attend la réponse des autorités. Comme les choses évoluent très, très vite, on ne sait pas encore ce qu’elles vont décider.

On constate que les choses dégénèrent en Europe, que ça va de plus en plus mal chaque jour. Il va donc falloir s’adapter. Vous savez, les Japonais, quand ils entreprennent quelque chose, ils ne le font pas à moitié. Ils font les choses très, très sérieusement. Donc, il y a de l’attente et beaucoup d’inquiétude.

Il y a beaucoup de questions qui commencent à se poser à droite et à gauche. Est-ce que ça va avoir lieu? Ou est-ce que ça va être carrément annulé? Est-ce qu’il est envisageable de décaler? Beaucoup de questions, mais pas de réponses concrètes.


Q - Vous êtes l’entraîneur de l’équipe nationale d’aviron. Quel est l’impact de l’épidémie sur votre préparation?

R. Bien sûr que cela a des répercussions. Quand je suis arrivé au Japon il y a quatre ans, l’équipe d’aviron était à un niveau assez faible et on était assez loin du niveau mondial. Je suis venu au Japon avec la volonté d'aider l'équipe, même si je savais qu’en quatre ans, c’était difficile de redresser la barre.

Je voulais que les membres de l'équipe reprennent confiance en eux, qu’ils désirent renouer le contact avec le haut niveau, pas seulement en fonction des Jeux de Tokyo, mais pour les décennies à venir. On n’est pas encore près de la médaille olympique, mais on s’en rapproche petit à petit. Si les Jeux sont décalés, ce n’est pas si dramatique que cela.

Pour l’instant, on ne parle pas trop avec les athlètes d’un possible report ou d'une annulation. On a pour le moment des activités intermédiaires, comme les sélections individuelles, qui auront lieu en fin de semaine. Donc, les athlètes se concentrent là-dessus. Ce n’est pas encore la panique. Il va falloir voir en fonction des décisions qui seront prises.

Il est quand même évident que cela a des conséquences sur le moral des troupes. Je pense surtout aux grosses équipes. Les équipes qui sont prêtes, celles qui ont des chances de monter sur le podium. Pour elles, c’est beaucoup plus difficile, beaucoup plus dur à gérer que pour nous. Il faut maintenant être ouvert à n’importe quelle perspective. Il faut être souple, il faut accepter la situation telle qu’elle est.

Dans l'expression « Jeux olympiques », il y a le mot « jeu ». On est tous de grands joueurs, mais on doit aussi être capables de relativiser. Il y a des choses beaucoup plus graves pour des personnes au quotidien… Alors les Jeux? On devrait justement profiter de ce moment pour revoir nos valeurs. Vous savez, la vie d’un sportif de haut niveau, c’est rempli de moments difficiles et il sait composer avec ça. Et là, c’est une grosse épreuve qui nous attend.

Gros plan d'une rame.

Rame d'une embarcation japonaise

Photo : Getty Images / Naomi Baker


Q - Comment expliquez-vous que le monde du sport ait pris la décision de reporter ou d’annuler ses événements et que le seul qui résiste soit le CIO?

R. Malheureusement, les Jeux olympiques sont maintenant une grande entreprise financière à laquelle je n’adhère pas. C’est une triste réalité. Si on supprime les Jeux de Tokyo, les conséquences seront lourdes sur les investissements, pas seulement pour les sportifs, mais aussi pour les commanditaires, le tourisme. Enfin, il y a beaucoup de choses à prendre en considération. Il faut être conscient de la gravité de la situation et agir pour le mieux.


Q - Pensez-vous que l’argent l’emportera sur la raison?

R. Je ne l’espère pas, sincèrement. La raison devrait l’emporter sur l’argent.

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