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Chronique

Pourquoi attendre? Il faut reporter les Jeux de Tokyo

Un homme d'origine asiatique porte un masque sanitaire. Derrière lui, un bandeau fait la promotion des Jeux olympiques de Tokyo.

Le CIO estime qu'il n'est pas encore temps de prendre des «décisions radicales» sur la tenue des Jeux olympiques de Tokyo.

Photo : Reuters / Issei Kato

BILLET - Les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo doivent être reportés en 2021 ou même en 2022, pour des raisons évidentes de santé publique. Il est impossible de prévoir où on en sera par rapport au coronavirus au moment de la cérémonie d’ouverture. Cette décision s’impose aussi sur le plan sportif.

Depuis plusieurs semaines, les athlètes vivent dans l’incertitude. Bien sûr, leurs entraîneurs leur disent de rester concentrés sur leur entraînement et d’arrêter de lire les nouvelles. Ces athlètes sont parmi les meilleurs du monde pour éliminer les distractions; je vous dirais même que c’est l’une des compétences les plus importantes pour espérer monter sur un podium olympique. Mais nous venons d’entrer dans une zone qui va bien au-delà des distractions olympiques usuelles.

Les athlètes eux-mêmes me diront que je suis dans le champ de proposer le report des Jeux d’un an. Ça se comprend. Ça fait sept ans - depuis l’attribution des Jeux à Tokyo -  qu’ils connaissent exactement la date et l’heure de l’événement le plus important de leur vie. Comment oser vouloir reporter ce grand rendez-vous?

Il est vrai que plusieurs athlètes écoperaient du report des Jeux. Ceux qui sont au sommet de leur forme. Ou ceux qui sont en fin de carrière, pour qui une année de report peut mettre en péril leur chance de gagner une médaille. Effectivement, ce n’est pas idéal, c'est même injuste, mais les Olympiques sont injustes par définition et c’est pour cela que la victoire est si enivrante.

Déjà, plusieurs compétitions et événements de sélection olympique ont été annulés. Les athlètes comptaient sur les sélections nationales afin de se faire valoir. Nous allons donc les sélectionner de façon subjective? Ou considérer leurs résultats antérieurs? L’injustice ultime, selon moi.

Aux Jeux d’été, il y a beaucoup plus de sports de pure performance physiologique. Aux Jeux d’hiver, il y a plus de disciplines acrobatiques et artistiques, pour lesquelles la périodisation de l’entraînement est plus une question de logistique que de planification de la performance ultime. Je m’explique. Pour un coureur de 1500 m, par exemple, la planification annuelle de l’entraînement et du repos est une science très précise : il faut synchroniser parfaitement le pic de performance avec une date précise.

Donc, reporter les Jeux de deux ou de trois mois, sans même être certain à 100 % qu’ils pourront avoir lieu, viendrait complètement brouiller les cartes. C’est pour cela que je propose un report bien défini d’un an plutôt qu’un report de quelques mois qui créerait encore plus d’incertitude.

Voyons maintenant le côté logistique des Jeux olympiques. Vous pensez qu’une délégation embarque dans l’avion quelques jours avant le grand jour et que le tour est joué? Le travail de plusieurs fédérations nationales est déjà commencé. Elles envoient des ressources et des équipements par bateau.

Sur une plus grande échelle, le Comité olympique canadien remplit plusieurs conteneurs, notamment pour préparer le village des athlètes. Si on ne reporte pas les Jeux à une date fixe, ces milliers de conteneurs se dirigeront vers le port de Tokyo dans les prochaines semaines. Imaginez les conséquences logistiques et financières si on ne prend pas rapidement une décision claire et précise. Et ai-je besoin de vous rappeler que les Jeux d’été, ça veut dire plus de 200 pays?

Je comprends qu’il faut réfléchir avant de prendre ce genre de décision, mais à ce stade-ci, ne pas prendre de décision est le plus grand risque. Oui, les milliards de dollars investis dans les installations ne peuvent être jetés à l’eau et il y aura une facture impressionnante à régler si on repousse les Jeux d’un an. Mais c’est quand même mieux que de tout perdre. Cette perte totale est évidente, selon moi, si le Comité international olympique (CIO) décide de suivre sa propre règle qui stipule que les JO doivent avoir lieu avant la fin de l’année 2020.

Il y aura des conséquences sur le plan des assurances, selon l’instance qui prendra la décision finale (le comité organisateur ou le CIO). Ce sera une partie d’échecs de plusieurs milliards de dollars.

Chers membres du CIO, permettez-moi de vous dire que le peuple japonais, que j’adore, n’a aucune envie de voir arriver des dizaines de milliers de gaijins (étrangers), surtout s’il arrive à combattre ce virus par les démarches sanitaires extraordinaires qui font sa réputation. N’attendez pas que les dirigeants du comité organisateur prennent cette difficile décision. Ils sont trop fiers, ces Japonais. Leur laisser le poids de cette décision est indigne.

S’il vous plaît, réduisez les risques, éteignez cette flamme avant qu’elle arrive à Fukushima dans une dizaine de jours, et aussi cette fausse lueur d’espoir pour des athlètes qui y rêvent encore.

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