•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Parfois, il faut savoir encaisser pour l’équipe

Le gardien de but est devant son filet et regarde l'action au loin.

Francis Marotte en était à sa dernière année au hockey universitaire américain dans l'uniforme des Golden Knights de Clarkson.

Photo : Radio-Canada

BILLET - En fin de soirée le mercredi 11 mars, l’attaquant Laurent Dauphin a été avisé par téléphone que le Canadien le rappelait. Mais le lendemain matin, on lui a simplement demandé de rentrer chez lui. La saison de la LNH venait d’être interrompue, probablement jusqu’aux calendes grecques.

Imaginez un peu la déception.

Laurent Dauphin est âgé de 24 ans. Dans la jungle cruelle de la LNH, il commence à se faire tard pour un joueur qui tente de faire sa place au soleil.

Au cours des trois dernières saisons, Dauphin a fait partie de trois organisations et il n’a disputé que trois matchs dans la LNH. Mais depuis que les Predators de Nashville l’avaient cédé au Canadien en janvier dernier, les choses allaient bien pour lui.

Alors qu’il remontait la pente et qu’il avait enfin mérité la chance de se faire valoir avec le grand club, les portes de la LNH se sont refermées devant lui, avant même qu'il puisse poser un patin sur la glace.

Une telle occasion se représentera-t-elle un jour?


Aussi vive qu'ait été la déception de Laurent Dauphin, elle n’a probablement pas égalé celle de Fred Roger.

Qui est Fred Roger? C’est un vrai bon gars. Le genre de type qui s’engage au sein du comité de sa ligue de balle molle pour veiller à ce que ses amis passent le plus bel été possible et qui ne compte pas ses heures de bénévolat au sein de Hockey Lachenaie, à titre d’entraîneur d’une équipe pee-wee B et de directeur des équipes pee-wee simple lettre.

Moi, j’ai deux enfants durant l’été. Mais l’hiver, je considère que j’en ai 120! J’aime tellement ces enfants-là. Au fil des ans, je les ai tous vus grandir, me racontait-il dimanche en prenant un café.

La semaine dernière, quand j’ai envoyé aux parents le courriel qui confirmait la fin prématurée de la saison, j’avais les yeux pleins d’eau. Je ne suis pas déconnecté du monde, je sais que cette décision était nécessaire et que nous faisons face à une crise grave. Mais je sais aussi ce que ça représente, quand on a 11 ou 12 ans, de faire partie d’une équipe de hockey.

Dans les heures qui ont suivi l’envoi de son courriel annonçant la fin de la saison de hockey mineur, Fred Roger dit avoir reçu de nombreuses réponses.

Des parents m’écrivaient : "Mon garçon est en train de pleurer [...] Mon fils est inconsolable [...] Notre fils a réagi en donnant des coups de poing dans un mur", raconte-t-il.

Je n’oublierai jamais les yeux de mon fils quand je lui ai annoncé qu’il n’y aurait plus ni match ni d’entraînement. Désemparé, il m’a répondu : "Mais qu’est-ce qu’on va faire?"

Il pose devant un aréna fermé.

Fred Roger

Photo : Fred Roger


Parlez-en à Francis Marotte.

Au hockey mineur, ce tenace gardien originaire de la Rive-Sud a trimballé son baluchon et son sac d’équipement aux quatre coins du continent. Il a vécu un parcours tout simplement extraordinaire avant d’atteindre les rangs universitaires américains.

La semaine dernière, son équipe, l’Université Clarkson, était en pleines séries éliminatoires et se préparait à affronter Princeton. Répertorié huitième au classement national cette saison en vertu d’une fiche de 23-8-3, Clarkson était un sérieux aspirant à la conquête du titre national.

Francis Marotte constituait l’un des rouages les plus importants de cette machine de hockey. Cette saison, il a amorcé tous les matchs de son équipe et a maintenu une moyenne d’efficacité de ,938. Il n’a accordé que 1,78 but par match en moyenne. En plus d’être finaliste pour l’obtention du trophée Ken Dryden (remis au meilleur gardien de la Eastern College Athletic Conference), Marotte fait partie des trois nominés pour le titre de joueur par excellence de la ECAC.

Bref, les astres s’alignaient pour lui permettre de finir sa carrière universitaire dans l'apothéose.

En 48 heures, tout était fini. Notre saison a été annulée et tout est tombé à l’eau. J’ai encore de la difficulté à réaliser tout ce qui vient de se produire et à imaginer ce qui se passera au cours des prochains mois, non seulement dans ma vie, mais aussi au hockey, racontait Marotte lundi, depuis le domicile de ses parents.

C’est certain que nous avions une chance d’aller jusqu’au titre national. Plusieurs de nos bons joueurs avaient été blessés au cours des derniers mois, mais tout le monde commençait à revenir au jeu. En plus, certains joueurs de notre équipe avaient déjà vécu la déception d’une défaite au tournoi de la NCAA et étaient déterminés à y retourner.

Il stoppe un lancer

Francis Marotte

Photo : Université Clarkson

En temps normal, l’univers des joueurs universitaires se bouscule au printemps. Il y a bien sûr les préparations d’examens et les séries éliminatoires, mais aussi les nombreux contrats consentis aux joueurs de dernière année par les équipes de la LNH, qui pigent allègrement dans ce bassin.

Je suis maintenant représenté par Jeff Boston, mais le marché est pas mal paralysé par les temps qui courent. Mon agent me dit que la moitié des équipes de la LNH ne font rien en ce moment. Elles laissent évoluer la situation et elles ne font pas de recrutement. Plusieurs équipes avaient fait part de leur intérêt pour mes services au cours des dernières semaines, mais pour l’instant, personne ne sait ce qui va se passer, constate Francis Marotte.


Des déceptions comme celles-là, dans tous les sports imaginables, il y en a eu à la grandeur du pays depuis la semaine dernière. Lundi, une consoeur de Québec me racontait que ses enfants avaient aussi pleuré en apprenant que leur saison de basketball venait de prendre fin.

Incrédules, à 19 semaines des Jeux de Tokyo, les athlètes olympiques ont vu les centres d’entraînement nationaux fermer les uns après les autres. Les centres de ski, les piscines, les gymnases, tout est fermé.

Une passion, ça ne se range pas facilement dans un placard.

Un vieil ami, Bryan Mayer, m’a téléphoné samedi dernier pour voir s’il n’y avait pas moyen de sauver la fin de saison des joueurs de catégorie junior, qui sont les plus âgés au sein du système de hockey mineur québécois. Cette saison, Bryan dirige(ait) l’équipe junior AA de Joliette.

Ça n’a pas de bon sens que le parcours de hockey mineur de ces jeunes-là se termine de cette façon. Le gouvernement a ordonné qu’on limite les rassemblements à 50 personnes. Or, les parents ne vont plus voir jouer leurs enfants quand ils sont d’âge junior. Si on organisait quand même les championnats régionaux, on pourrait faire en sorte qu’il n’y ait pas plus que 40 personnes dans l’aréna. En plus, les juniors sont assez âgés pour comprendre les consignes de sécurité et pour les appliquer, plaidait Bryan Mayer.

Sur les réseaux sociaux, une pétition réclamant aussi qu’on sauve la saison des joueurs d’âge junior a récolté quelque 10 000 signatures.

Toutes ces personnes bien intentionnées resteront cependant déçues parce que, ce qui compte par-dessus tout en ce moment, c’est de réduire le risque de transmission du coronavirus et de sauver des milliers de vies.

Il faut parfois savoir encaisser pour l’équipe. Et par les temps qui courent, nous faisons tous partie de la même équipe.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Coronavirus

Sports