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Les dommages collatéraux de la retraite d’Alex Harvey

Alex Harvey s'accroupit dans une descente lors de l'épreuve de poursuite de la Coupe du monde de ski de fond à Québec.

Alex Harvey a pris sa retraite en mars 2019

Photo : AFP / MARTIN OUELLET-DIOTTE

Christine Roger

Restrictions financières, manque de ressources, absence de résultats : la retraite d’Alex Harvey, il y a un an, a eu de lourdes conséquences sur le ski de fond canadien.

Après les Jeux olympiques de Pyeongchang, l’athlète de Saint-Ferréol-les-Neiges n’avait pas encore officiellement tiré sa révérence que déjà À nous le podium coupait de plusieurs centaines de milliers de dollars son aide à Nordiq Canada. Ce programme fédéral finance le sport d'élite en ciblant les athlètes les plus susceptibles de gagner des médailles aux Jeux olympiques et paralympiques.

Cette décision n’avait rien de surprenant. C’est du moins ce que pense Louis Bouchard, l’ancien entraîneur d’Alex Harvey. Même si le Canada a obtenu d’excellents résultats dans le passé sur la scène internationale, on ne peut s’attendre à une constance comme celle de la Norvège, où le ski de fond est roi et maître. 

La façon dont le sport est évalué au Canada, c’est en fonction des performances. Tu vis une période plus difficile, le financement suit ta courbe, explique celui qui a choisi de quitter la fédération nationale pour retourner au Centre Pierre Harvey.

C’est certain qu’il faut mieux planifier nos structures au Canada. Il faut s’assurer que nos structures soient en partie autonomes financièrement. Si on a une mauvaise courbe, que nous ne soyons pas obligés de tout fermer, ajoute-t-il.

La retraite d’Alex Harvey n’a pas seulement eu des répercussions financières. Cet athlète amenait aussi toute une équipe avec lui, des spécialistes dont ses coéquipiers pouvaient bénéficier.

C’est certain que ç’a des répercussions au niveau des spécialistes qu’ils peuvent amener en Coupe du monde. Par exemple, avant, on avait toujours un massothérapeute et un physiothérapeute avec nous et un médecin lors des gros événements. Maintenant, ce n’est plus nécessairement le cas, souligne la fondeuse québécoise Cendrine Browne.

« Je n'ai plus de sous »

Les pertes financières ont poussé Nordiq Canada à revoir ses priorités. Cendrine Browne est bien placée pour témoigner de ce vent de changement. À la suite de nombreuses blessures, dont une commotion cérébrale subie l’été dernier, la fondeuse de 26 ans a été reléguée par son équipe nationale et a perdu son brevet de Sport Canada. Elle est de retour sur la scène internationale, mais son quotidien en Coupe du monde est un vrai casse-tête. 

Je n’ai plus de sous. Je dois juste compter sur les commanditaires que mon agente et moi trouvons et sur les donateurs privés et ça, c’est vraiment difficile.Chaque fois que tu te classes pour une période de Coupe du monde, c’est 6000 dollars, alors ça monte vite, explique celle qui a participé aux Jeux olympiques de Pyeongchang.

Malgré le fait que je sois encore parmi les meilleures au pays, que j’ai fait la meilleure performance canadienne cette année en distance, je me retrouve sans soutien financier, ajoute-t-elle. 

La fédération a voulu faire comprendre à Cendrine Browne qu’elle était trop vieille. La fondeuse rappelle que dans son sport, le développement est tardif. À 26 ans, elle se sent encore loin de la retraite.

Dans le fond, ce qui se passe présentement, c’est qu’ils sacrifient ma génération au profit de trouver le prochain Alex Harvey.

Cendrine Browne

Cendrine se retrouve vraiment le bec à l’eau, reconnaît Louis Bouchard.

Une skieuse fait une montée.

La fondeuse québécoise Cendrine Browne aux Jeux olympiques de Pyeongchang.

Photo : Getty Images / Quinn Rooney

Toute l’attention et les investissements semblent effectivement tournés vers les jeunes de l’équipe canadienne. Certains diront que c’est justifié étant donné que des juniors ont récemment obtenu d’excellents résultats. Le relais masculin a notamment remporté la médaille d’argent aux mondiaux, au début du mois de mars.

Des athlètes comme Cendrine Browne s'en sont trouvés pénalisés. Selon Louis Bouchard, ces pertes financières et cette difficile période de transition auraient pu être évitées. L’entraîneur déplore l'absence de plan, même si on savait depuis longtemps que la retraite de son protégé arrivait à grands pas. 

Tu te mets la tête dans le sable si tu te dis qu’il va rester. Non, à 32 ans, après les Jeux de Pyeongchang, les chances sont élevées qu’il quitte. Il faut un plan. C’est ça qui manquait l’année passée, estime-t-il.

Ils ont pris des décisions qui étaient teintées juste par une chose : quelles sont nos chances de médailles?

Louis Bouchard a lui-même décidé de quitter Nordiq Canada après la retraite d’Alex Harvey afin de se concentrer sur le développement de la nouvelle génération. 

Il connaît donc très bien les nouveaux talents canadiens. Il est persuadé que le futur est très prometteur.

Encore faut-il ne pas répéter les erreurs du passé. 

Il donne une entrevue à la radio.

Louis Bouchard, entraîneur chef de l'équipe canadienne de ski de fond et du Centre national Pierre-Harvey.

Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

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