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Les Jeux olympiques de Tokyo sont-ils menacés? L'avis d'un expert

Ils se tiennent debout lors d'une conférence de presse. Derrière eux, le logo des Jeux olympiques de Tokyo 2020.

La gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, le président du comité organisateur des Jeux de Tokyo Yoshiro Mori, le président du Comité international olympique, Thomas Bach, et le premier ministre japonais, Shinzo Abe

Photo : Getty Images / BEHROUZ MEHRI

Malgré l’avalanche des annulations ou des reports d’une majorité des grands événements sportifs sur la planète, le Comité international olympique (CIO) persiste et maintient sa position sur la tenue des Jeux olympiques à Tokyo en juillet prochain.

À un peu plus de 100 jours du début des Jeux, le 24 juillet prochain, le monde du sport s’interroge sur l’éventualité d’un report ou d’une annulation.

Nous avons voulu en savoir plus et nous vous proposons cet entretien avec l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de l’olympisme et ancien cadre du CIO Jean-Loup Chappelet, professeur à l’Institut des hautes études en administration publique de Lausanne.

Question : Les Jeux olympiques de Tokyo, prévus du 24 juillet au 9 août 2020, peuvent-ils être reportés?

R : Bien sûr, mais je ne pense pas que ce soit le scénario pour le moment. C’était le cas par le passé, il y a même eu des annulations pendant les deux guerres mondiales. Il y a eu aussi des villes qui ont abandonné l’organisation des Jeux, comme ceux de 1976 par Denver, remplacée par Innsbruck quatre ans avant les Jeux. Donc, les annulations ou les reports sont possibles.

À ma connaissance, il n’y a pas eu de report jusqu'ici, mais c’est envisageable aussi. Dans la charte olympique, il est écrit que s’il doit y avoir un report, il doit obligatoirement se faire dans l’année où les Jeux ont été attribués, en l’occurrence ici avant le 31 décembre 2020.


Q : Qui peut demander un report des Jeux olympiques?

R : À mon avis, il n’y a que le gouvernement japonais qui peut demander un tel report. Théoriquement, le CIO aurait le pouvoir de le faire, mais il ne le fera pas. Il attendra surtout l’avis des organisateurs et du gouvernement japonais.


Q : Alors que la plupart des grands événements sportifs sont annulés ou reportés, comment expliquez-vous la position du CIO qui continue à affirmer que les Jeux auront lieu?

R : Ce qui est reporté actuellement, ce sont des événements qui auront lieu en avril, mai… Pour l’instant, l’Euro, qui a lieu en juin, n’est pas reporté et les Jeux olympiques auront lieu en juillet. Il y a encore du temps pour penser à un éventuel report.

Aujourd'hui, le vrai problème vient des épreuves de qualifications olympiques qui ont été reportées ou annulées. Certaines fédérations internationales réfléchissent actuellement à les remplacer par des classements préexistants ou des épreuves qui ont eu lieu avant. C’est sûr que c’est une préoccupation importante aujourd'hui.


Q : Est-ce que l’influence des grands réseaux diffuseurs comme NBC ou des grands commanditaires peuvent peser lourd dans la décision?

R : Bien sûr. Au départ, c’est le gouvernement japonais qui va décider avec les différents comités nationaux, qui feront le choix d’envoyer ou non leurs athlètes. Mais les athlètes peuvent aussi décider individuellement de ne pas y aller. Ç'a été le cas de certains golfeurs aux derniers Jeux de Rio.

Quant aux grands décideurs comme les réseaux américains, il est clair qu’ils ont un grand pouvoir d’influence. Le président des États-Unis a émis l’hypothèse de reporter les Jeux, il pourrait très bien interdire le déplacement de la délégation américaine et influencer ainsi le diffuseur principal qui est NBC.

Mais les grands diffuseurs ont aussi des comptes à rendre à leurs actionnaires, à leurs commanditaires… Il y a des contrats qui ont été signés et NBC ne peut pas faire n’importe quoi. NBC est liée par contrat avec le CIO et avec le comité organisateur de Tokyo.


Q : Quels seraient les scénarios probables?

R : Le seul scénario probable, c’est que les Jeux auront lieu en juillet. La seule chose qui pourrait faire dérailler ce scénario, c’est un cas extrême de situation sanitaire au Japon déclaré par le gouvernement japonais. C’est le gouvernement japonais qui demanderait un report, car c’est lui qui a beaucoup investi non seulement économiquement, mais aussi en matière d’image.


Q : Quelles seraient les conséquences financières d’un report ou d’une annulation?

R : En cas d’annulation, elles seraient incalculables! En cas de report, tout ce qui devait être réalisé le sera plus tard pour les commanditaires et pour tous ceux qui ont investi dans ces Jeux. Mais il y aurait aussi des coûts considérables pour le maintien de tout un comité d’organisation durant une longue période.

Quant à l’idée de réaliser ces Jeux à huis clos, je n’y crois pas du tout. Tout d’abord parce que beaucoup de billets ont été vendus. Les Japonais ont été très friands dans ce domaine et d’autre part, les diffuseurs et les athlètes eux-mêmes ne sont pas d’accord. On l’a vu même chez nous en Suisse où des matchs de football ont été joués à huis clos.

Le Comité international olympique a répondu aux nombreuses demandes d’entrevues de Radio-Canada Sports par courriel :

Avec l'allumage de la flamme olympique [jeudi] à Olympie, le Comité international olympique réaffirme son total engagement à assurer le succès des Jeux olympiques de Tokyo 2020.

Nous demeurons absolument en accord avec nos hôtes japonais dans notre engagement commun à assurer la tenue de Jeux olympiques sûrs en juillet de cette année. Dans le même temps, le monde se trouve confronté à des enjeux qui ont également un impact sur le sport. Mais à 19 semaines de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Tokyo 2020, les nombreuses mesures prises désormais par les autorités à l'échelle planétaire nous donnent confiance et nous maintiennent pleinement engagés à offrir des Jeux olympiques capables de rassembler le monde dans la paix.

Le CIO est fier de la solidarité et de la flexibilité manifestées par les athlètes, les fédérations internationales et les comités nationaux olympiques qui doivent gérer les difficultés liées au processus de qualification dans un certain nombre de sports. Nous abordons ces difficultés ensemble. Le CIO travaille en étroite coopération avec toutes les parties concernées et fait preuve de toute la souplesse nécessaire pour adapter le processus de qualification.

Nous travaillons également avec tous les autres partenaires (notamment les diffuseurs détenteurs de droits et les commanditaires) pour faire face à la situation actuelle. Nous restons en contact étroit avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la ville hôtesse de Tokyo, le gouvernement du Japon et le comité d'organisation de Tokyo 2020 par l'intermédiaire de notre groupe de travail conjoint qui a été mis en place à la mi-février. Le CIO continuera à suivre les recommandations de l'OMS, en tant que principale agence des Nations Unies faisant autorité en la matière.

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