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chronique

Que faire d’une chaîne sportive quand il n’y a plus de sport?

Des partisans discutent autour d'une table dans un bar pendant que des événements sportifs sont diffusés sur un écran géant.

En 2020, les amateurs de hockey risquent de ne pas pouvoir se rassembler pour les séries éliminatoires de la LNH comme ils ont l'habitude de le faire.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

« Nous sommes comme une pizzéria forcée d’ouvrir ses portes malgré une pénurie de farine, de sauce tomate, de fromage et de condiments. Et aucun de ces produits ne sera disponible dans un avenir prévisible. »

Cette analogie utilisée vendredi sur Twitter par le confrère Ian Mendes, de la station radiophonique TSN 1200, illustre parfaitement la situation extrêmement pénible dans laquelle se trouvent les radios et les télés sportives depuis le tsunami qui a frappé le monde du sport cette semaine.

Depuis vendredi matin, quand on croyait qu’à peu près tous les championnats imaginables avaient plié l’échine devant le coronavirus, la liste des événements annulés et des calendriers suspendus n’a cessé de s’allonger.

La série NASCAR a fini par annoncer qu’elle suspendait ses activités jusqu’en avril et que les épreuves du week-end prévues à Atlanta étaient annulées. La Premier League anglaise a interrompu son calendrier. Par ailleurs, des événements anciens et prestigieux comme le marathon de Boston et le Tournoi des maîtres ont été remis à plus tard.

Dans la hiérarchie des événements sportifs, le Tournoi des maîtres est l’un des plus suivis, attendus et respectés sur la planète. Pour bien des amateurs de sport, remettre ce tournoi de golf, c’est un peu comme remettre le printemps à plus tard.

En 2004-2005, les dirigeants des chaînes sportives canadiennes et québécoises croyaient s’être retrouvés devant le néant quand une saison complète de la LNH avait été annulée en raison d’un lock-out. C’était pourtant le paradis en comparaison avec ce qui va se passer au cours des prochaines semaines et des prochains mois.


Le directeur général de la station radiophonique montréalaise 91,9 Sports, Stephan René, a participé à des remue-méninges avec chacune de ses équipes d’animation durant la journée de jeudi. Il a ensuite renchéri par courriel en demandant à ses employés de ne pas hésiter à réinventer leur mandat.

Je sens notre équipe solide, très motivée et très créative aussi. Je sens que nous allons accoucher d’un produit adapté qui nous permettra de continuer notre mission, qui consiste à informer et divertir nos auditeurs tout en demeurant pertinents dans le contexte actuel, soutient-il.

Selon Stephan René, la programmation du 91,9 Sports sera progressivement rajustée à compter de lundi prochain. Certaines collaborations quotidiennes axées sur l’analyse des résultats sportifs seront suspendues alors que la station entrera dans une zone plus intemporelle, où l’on misera davantage sur la présentation de dossiers, d’entrevues de fond et de production de nouveaux contenus.

Nous faisons face à un défi, et à une occasion en même temps, de produire de l’information sportive de grande qualité. Les réseaux de télé vont probablement rediffuser certaines grandes compétitions du passé, mais elles feront face à la même réalité que nous. Elles devront aussi créer de nouvelles émissions, sinon les gens vont décrocher.

Le réseau RDS n’a pas souhaité donner suite à notre demande d’entrevue.

Nous avons confiance que nous allons continuer doffrir une programmation attrayante, tant pour les téléspectateurs que pour les annonceurs, a affirmé un porte-parole du réseau dans une communication écrite.

Vendredi après-midi, RDS a publié un communiqué annonçant une programmation remaniée qui, en soirée, misera sur la présentation d’événements sportifs significatifs des dernières années qui seront commentés et décortiqués par un panel d’experts.

L’émission quotidienne « Le 5 à 7 » se poursuit, tout comme « L’antichambre », qui sera toutefois présentée à 21 h 30.

TVA Sports opte pour une stratégie semblable. Le diffuseur a annoncé que, jusqu’au retour des activités normales, ses émissions originales seront maintenues et que la chaîne diffusera également plusieurs événements sportifs parmi les plus marquants des dernières années.

Les chaînes de télévision spécialisées tirent une grande partie de leurs revenus des redevances d’abonnement. Depuis 2015, le phénomène du débranchement du câble (cord cutting) ou de l’amincissement des forfaits (cord shaving) a fait perdre plusieurs centaines de milliers d’abonnés à TVA Sports et à RDS.

En plus de faire face à d’éventuelles pertes de revenus publicitaires, les deux télédiffuseurs sportifs francophones devront convaincre leurs abonnés de rester à bord pour que la crise ne laisse pas de marques indélébiles dans leurs bilans financiers.

Pour le 91,9 Sports, le défi commercial sera différent, mais tout aussi important. Après avoir échappé de peu à une vente hostile en 2019 (les éventuels acheteurs voulaient changer sa vocation sportive), la petite station montréalaise a successivement battu ses records de cotes d’écoute au printemps et à l’automne 2019. Et elle est enfin en voie d’atteindre la rentabilité.

Sur cet élan, les suspensions ou annulations des calendriers sportifs ont l’effet d’un coup de bâton dans les genoux.

Il y a des enjeux commerciaux qui découlent de ça. Je soupçonne que les dirigeants d’entreprise vont évaluer les impacts de la crise du coronavirus sur leurs affaires et que certains vont peut-être vouloir faire une pause sur leurs investissements publicitaires, estime Stéphan René. C’est une réalité à laquelle nous ferons face au cours des prochaines semaines. Par ailleurs, si la LNH et la NBA mettent fin à leur saison, ça pourrait affecter nos revenus pendant trois ou quatre mois.

Il sera donc très intéressant de voir comment les diffuseurs, privés de leur matière première, parviendront à se démarquer.

Comme le mentionnait Ian Mendes dans son gazouillis, il n’y a peut-être plus rien qui leur permette de continuer à servir des pizzas, mais les clients ont encore faim.

NDLR : Par souci de transparence, veuillez noter que Martin Leclerc est également chroniqueur au 91,9 Sports.

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