•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pas si simple la conception d'un patin artistique

Ils sont sur la glace.

Les patins de Guillaume Cizeron et de Gabriella Papadakis

Photo : The Associated Press / Pavel Golovkin

Radio-Canada

Aux premiers abords, un patin artistique peut sembler assez simple. Une bottine en cuir rigide munie d’une lame de métal avec quelques dents à l’avant.

La conception d’un patin artistique est plus complexe qu’on le croit, et elle bénéficie aussi des avancées technologiques.

Les entreprises mettent beaucoup d’énergie à rendre la bottine, mais aussi la lame, moins lourde dans le but d’améliorer les performances. Un patin plus léger signifie moins de fatigue pour les jambes et des sauts plus hauts et une plus grande rapidité.

Des bottines véganes?

Selon Pierre Fournier, fondateur de la compagnie GAM, les bottines de patins artistiques ont connu une évolution fulgurante au cours des cinq dernières années.

Il y a 10 ans seulement, les patins étaient encore entièrement faits de cuir. Sous l’enveloppe extérieure, les renforts étaient composés de plusieurs couches de cuir qui étaient assemblées à la main. Plus il y en avait, plus le patin était rigide.

Les couches se superposent.

Intérieur d'un patin artistique avec des renforts en cuir

Photo :  Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Graduellement, les renforts en cuir ont été remplacés par de la fibre de verre pour rendre les patins plus légers.

L’avantage du cuir : c’est comme un gant. Tu le chaussais, ça prenait un petit bout de temps, mais ça se formait à ton pied. La fibre, c’est une autre affaire, souligne M. Fournier.

Toujours pour rendre la bottine de patin plus légère, les fabricants ont remplacé l’enveloppe de cuir extérieure par de la microfibre, un revêtement beaucoup plus mince. Même la semelle et le talon ont été remplacés, passant du cuir, qui absorbait l’eau, à du plastique, du vinyle ou des matériaux composites.

Donc, les patins d’aujourd’hui ne contiennent plus du tout de cuir, sauf en de rares exceptions. Pour Pierre Fournier, en peu de temps, on est passés de la flexibilité extrême du cuir à la rigidité extrême. On a perdu de la malléabilité au profit de la légèreté.

Il est posé sur le sol.

Un patin artistique sans cuir et plus léger

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Au-delà du poids, pour rendre la bottine de patin plus performante, il a aussi fallu réfléchir à son aspect. Pour permettre une meilleure flexion de la cheville vers l’avant, les côtés supérieurs de la bottine, où se trouvent les œillets, ont été reculés vers l’arrière pour laisser plus de place à languette et donc pour plier davantage la jambe. Plus de flexion signifie des carres plus profondes et des poussées plus fortes, entre autres.

On voit quelques oeillets.

Un patin artistique de la compagnie GAM

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Et le confort dans tout ça? Inspiré des patins de hockey, de la mousse a été ajoutée à l’intérieur du patin en prenant en compte l’asymétrie de la cheville. D’ailleurs, les renforts en fibre de verre permettent de les mouler et de laisser de la place pour la cheville.

Lame : outil de précision

S’il y a bien une pièce d’équipement où chaque millimètre peut faire une différence, c’est une lame de patin.

Cet outil de précision s’est aussi amélioré au cours des 10 dernières années. Le but était encore une fois de rendre la lame la plus légère possible, mais aussi, la plus glissante possible.

Elle n'est pas fixée sur une bottine.

Une lame de patinage artistique

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Auparavant, les lames étaient essentiellement composées d’acier au carbone, recouvertes d’un placage en nickel-chrome. En 2007, l’entreprise de Québec les Patins Step s’inspire de ses lames de hockey pour développer une lame de patinage artistique entièrement en acier inoxydable.

Le président de l’entreprise, Gilles Cloutier, explique que les avantages allaient au-delà de la résistance à la rouille.

L’acier inoxydable a tendance à maintenir sa coupe plus longtemps. Et en faisant un fini miroir (contrairement au fini sablé du nickel-chrome) la glisse est supérieure. Comme c’est moins rugueux, qu’il y a moins de frottements, ça améliore la glisse.

D’autres compagnies ont opté pour l’aluminium, à tout le moins pour la partie qui se fixe à la bottine. Un matériau particulièrement reconnu pour sa légèreté. Autre avantage esthétique : il peut se colorer.

On voit le talon.

Une lame de patin en aluminium

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Pour améliorer la durabilité, les fabricants se mettent aussi à utiliser des revêtements en carbone, en titane, composés de matériaux hybrides ou en composites.

Étrangement, un des défis que les fabricants ont dû relever est la constance de la courbe de la lame. Cette dernière n’est pas complètement plate. Elle est pourvue d’une légère courbe à l’avant, appelée le berceau, pour permettre aux patineurs de faire des figures, particulièrement des pirouettes.

Si ce berceau est modifié de quelques millimètres seulement, le patineur va le remarquer. Il était important d’offrir un berceau similaire sur chaque lame d’un même modèle.

Elles sont de matériaux différents.

Trois lames de patinage artistique

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Les évolutions technologiques proposées se heurtent toutefois à un milieu plutôt conservateur. Gilles Cloutier et Pierre Fournier citent en exemple des difficultés qu’ils ont connues il y a quelques années lorsqu’ils tentaient d’offrir de nouveaux modèles de lames.

On avait décidé d’offrir des configurations de lames différentes qui n’existaient pas avant, souligne M. Fournier. Selon l’avancée des patineurs, les berceaux étaient plus ou moins ronds. Ça permettait d’avoir plus d’acier sur la glace et une meilleure poussée. Les entraîneurs n’ont pas embarqué parce qu’ils étaient habitués à un berceau régulier depuis des années.

Ça marchait beaucoup par réputation, ajoute Gilles Cloutier. Le coach disait à son élève : "J’ai gagné mon championnat là-dessus, ça te prend ces lames-là."

Il semble toutefois que les nouvelles générations d’entraîneurs sont plus ouvertes à la nouveauté.

Ça explique, en partie, pourquoi certaines innovations ont été testées auprès des joueurs de hockey d’abord.

Deux lames de patins déposées sur une table.

Une lame de patin avec un revêtement en carbone

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Une bonne idée… en théorie

La compagnie Jackson Skate a compris en 2005 que l’on ne pouvait pas bousculer le monde du patinage artistique.

L’entreprise avait développé, avec l’aide de biomécaniciens de l’Université du Delaware, une bottine avec une cheville articulée.

Le but premier était de réduire les blessures, puisque lors d’un saut, la jambe d’atterrissage reçoit un choc égal à quatre ou cinq fois le poids du corps. Aussi, en ayant une plus grande amplitude de mouvement, les patineurs pouvaient, en théorie, faire des sauts plus hauts et donc ajouter de la rotation.

Un patin artistique avec une cheville articulée.

Le patin ProFlex de la compagnie Jackson a été mis sur le marché en 2005.

Photo : Jackson Ultima

L’expérience n’a toutefois pas été concluante. Les patineurs devaient utiliser des muscles totalement différents pour faire les mêmes sauts et, donc, réapprendre à patiner.

On peut ajouter qu’ils étaient aussi rebutés par l’aspect visuel de la bottine articulée. Jackson a lancé une deuxième génération de sa bottine ProFlex en 2009, mais a complètement retiré le produit du marché en 2010.

L’évolution du patin, clé des quintuples sauts?

L’évolution du patin artistique est peut-être la clé qui va mener les patineurs à effectuer des quintuples sauts un jour. Depuis le premier quadruple saut effectué en compétition par Kurt Browning à Budapest en 1988, aucun patineur artistique ne peut aujourd’hui espérer gagner une compétition sans réaliser quelques quadruples, chez les hommes du moins.

L’ingénieur et maître de conférence à l'Université de Poitiers en France, Tony Monnet, a étudié l’exécution d’un quadruple saut dans le cadre d’un documentaire diffusé en 2010. Pour lui, il sera difficile, voire quasi impossible, de réaliser cinq rotations avec les patins actuels.

Lors d’une entrevue effectuée à l’émission Les années lumière, le chercheur a rappelé que pour faire davantage de rotation, un patineur doit sauter plus haut ou tourner plus vite. Comme les capacités physiques des patineurs artistiques sont déjà poussées à leurs limites, il reste à modifier les patins.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Patinage artistique

Sports