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Où sont les femmes à la direction des équipes professionnelles?

Peu de postes influents leur sont confiés, une situation que dénonce l'entrepreneure Danièle Henkel.

Deux femmes en réflexion

Alexandra Mandrycky et Cammi Granato ont des postes importants dans la nouvelle équipe de la LNH à Seattle.

Photo : NHL Seattle

Jean-François Poirier

Les bureaux des équipes sportives professionnelles en Amérique du Nord ne débordent pas de personnel féminin. Et les organisations qui se démarquent par l'embauche de femmes dans de rares postes d'envergure représentent une minorité. En 2020, le milieu sportif demeure de toute évidence un cercle fermé dirigé par des hommes.

Ce n'est pas normal. C'est une anomalie de ne pas considérer les femmes pour des postes importants. Moi, j'aimerais entendre ces associations sportives venir de l'avant et nous expliquer le pourquoi. Il y a peut-être une bonne raison qu'on ne connaît pas, mais dites-nous-la et on va finir par comprendre. Mais je ne pense pas qu'il y en ait une, affirme la réputée femme d'affaires québécoise Danièle Henkel, qui a dû trimer dur pour percer l'univers masculin de l'entrepreneuriat avant d'en devenir une chef de file.

Au hockey, les Maple Leafs font cavaliers seuls en matière d'embauche de candidates dans des rôles de premier plan. Le département hockey de l'organisation torontoise est inspiré par la présence de six femmes dont les compétences sont mises à profit pour aider l'équipe à gagner une première Coupe Stanley en 53 ans, dans une ligue où toutes les équipes se plaisent à ignorer (ou presque) le talent au féminin au sein de leur personnel administratif.

Dans la LNH, seulement 14 femmes occupent un poste aux opérations hockey parmi les 1458 employés des 31 équipes du circuit. C'est-à-dire des femmes qui, selon nos critères d'évaluation, ont une certaine forme d'influence sur les décisions hockey de leur organisation.

Le Canadien de Montréal n'en compte aucune. Seulement 2 femmes font partie des 49 personnes à l'emploi du département des opérations hockey du Tricolore.

Mention honorable à la future 32e équipe de la LNH à Seattle, qui a déjà confirmé l'ex-hockeyeuse Cammi Granato dans ses fonctions de recruteuse professionnelle, une première dans la LNH, et Alexandra Mandrycky dans le rôle de directrice stratégie hockey et recherche.

À Toronto, parmi les femmes dont la tâche est de contribuer à l'épanouissement des hockeyeurs de la Ville Reine, il y a notamment la psychiatre Marie-Claire Bourque et l'ex-hockeyeuse Hayley Wickenheiser, devenue directrice adjointe au développement des joueurs en 2018.

Radio-Canada Sports a tenté de les contacter, afin de souligner leur parcours dans un monde d'hommes. Les Maple Leafs ont refusé notre demande, prétextant que tous les membres de leur personnel de gestion n'accordaient pas d'entrevues. Il faut préciser que les Maple Leafs ne sont pas les seuls à exiger cette discrétion de la part de membres de leur personnel, homme ou femme, dans le milieu sportif professionnel.

Il serait dans leur intérêt de laisser ces femmes s'exprimer, affirme Mme Henkel. Je me base sur mes déductions parce que nous avons vécu la même chose dans le milieu des affaires. Voici un autre monde sous l'emprise d'une certaine façon de faire.

Lauréate en 2018 de la médaille d'honneur de l'Assemblée nationale du Québec et de multiples récompenses et marques de reconnaissance durant sa carrière, l'entrepreneure d'origine marocaine, qui est aussi écrivaine et conférencière, est un modèle de réussite au féminin. Son parcours peut en inspirer plus d'une.

Bien sûr qu'on va leur poser la question à ces femmes-là. Est-ce difficile dans un monde d'hommes? On me l'a posée des milliers de fois et on me la pose encore aujourd'hui. Est-ce plus facile qu'il y a 20 ans, 10 ans ou 5 ans? Définitivement oui. Mais il y a un travail de fond constant à faire. Mais il faut bien entendu laisser la place au positif parce qu'il n'y a pas que de mauvaises choses à dire. Il y a des barrières à faire tomber et des choses à expliquer.

Danièle Henkel, entrepreneure
Elle tient ses mains sur son menton.

Danièle Henkel, fondatrice et présidente de Danièle Henkel incorporé

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers


Le baseball majeur

En décembre, les Yankees de New York ont annoncé l'embauche de la première instructrice des frappeurs du baseball majeur (MLB).

Un rôle que Rachel Balkovec assumera surtout auprès des joueurs des ligues mineures de l'organisation new-yorkaise.

Or, en janvier, les Yankees nous ont gentiment conseillé de les recontacter dans cinq mois et nous ont dit qu'ils réévalueraient alors leurs options au sujet d'une entrevue avec elle sous le thème de la place des femmes dans le sport.

Puis, à San Francisco, Alyssa Nakken a été nommée adjointe du gérant Gabe Kapler avec les Giants. Aucune femme n'avait auparavant obtenu une telle marque de confiance de la part d'une formation des majeures.

Elle sourit.

Alyssa Nakken, première adjointe au gérant au baseball majeur

Photo : Giants de San Francisco

Informés de notre intention de la rencontrer, les Giants nous ont poliment précisé que Mme Nakken n'accorderait aucune entrevue avant qu'elle se familiarise avec son nouveau rôle. Autrement dit, sans fermer la porte, ils nous ont incités à attendre le moment opportun, mais dans un délai dont ils ne connaissaient pas la durée.

Ça vient du fait que c'est une nouveauté, c'est tellement nouveau, insiste Danièle Henkel. Il y a un début de quelque chose qui est en train de se faire. Il faut que l'establishment comprenne. Pourquoi ne pas la recruter? Les médias doivent en parler. Comment se fait-il que nous ne fassions pas plus de bruit?

Selon le département de la diversité des ligues majeures, 20 % des 12 000 employés des équipes de la MLB, ligues nationale et américaine, ainsi que du bureau central, sont des femmes.

Si on scrute attentivement les listes du personnel de chacune de ces équipes, on constate que bien peu de ces femmes travaillent directement aux opérations baseball. On leur confie des postes à l'administration, aux ressources humaines ou aux communications.

Nous avons fouillé les listes du personnel que les formations associent au département des opérations baseball, sans tenir compte des executive assistant ou tout autre titre d'emploi qui ressemble à de l'administration (directeur) ou du secrétariat.

Sur les 57 femmes répertoriées dans ces organigrammes des opérations baseball, les postes de celles-ci se retrouvent surtout dans les domaines de la nutrition, de la psychologie du sport, de même que dans l'analyse de données.

Les Yankees de New York et les Astros de Houston arrivent bons premiers avec quatre femmes retenues pour participer aux opérations baseball.


La MLS

Au soccer, Ena Patel est devenue en 2018 la directrice du personnel des joueurs des Rapids du Colorado. Aucune femme n'avait auparavant détenu un poste si élevé dans la hiérarchie d'une équipe de la MLS au sein d'un personnel technique. Courtney Intara est la directrice des opérations soccer de la même formation. Jordan Angeli est aussi l'analyste des matchs des Rapids à la télé et à la radio.

Selon l'Institute for Diversity and Ethics in Sport (TIDES), la MLS demeure cependant un circuit où les organisations sont presque toutes dirigées exclusivement par des hommes, bien que 38 % des membres du personnel de la ligue soit des femmes.

À Atlanta, une équipe championne a tout de même été formée à sa deuxième année d'existence grâce au travail de Lucy Rushton, seule femme de l'équipe technique de 20 personnes, et dont le rôle consistait à épauler le responsable du recrutement Carlos Bocanegra. Ils étaient tous les deux chargés de repérer les joueurs les plus talentueux sur le marché.

À Kansas City, Meaghan Cameron occupe un rôle d'adjointe au directeur du personnel des joueurs avec le Sporting, en plus de veiller à des tâches de recrutement.

L'Impact de Montréal ne compte aucune femme parmi son personnel technique dont l'opinion servirait à former l'effectif sur le terrain.

Danièle Henkel croit que les organisations professionnelles sportives se privent d'une force.

Je ne vais pas utiliser l'expression boy's club, mais je vais dire que nous avons encore des cercles fermés où la femme n'a pas encore la place qui lui revient. Parce qu'elle fitte dans cette place en raison de sa compétence. Elle va apporter un regard différent, une façon de faire différente. Nous avons besoin de cette différence, plaide-t-elle.

À noter que la nouvelle équipe de St. Louis, qui fera ses débuts dans la MLS en 2022, est la propriété d'un groupe majoritairement féminin guidé par Carolyn Kindle Betz.


La NBA

La NBA se présente comme la championne de la présence féminine avec 30,4 % des emplois de gestion détenus par des femmes au sein de ses 30 équipes. Quatre des propriétaires sont des femmes, sept des PDG des organisations en sont aussi. Un quart de tous les postes de vice-présidents sont occupés par des femmes, mais essentiellement du côté administratif, et 19 % des arbitres de la ligue sont des femmes.

Selon notre recensement, 145 femmes occupent un poste lié aux opérations basketball dans la NBA, soit près de 5 en moyenne par équipe. Les Raptors de Toronto et les Knicks de New York font figure de chefs de file avec neuf chacun. Mais le Jazz de l'Utah n'en a aucune. Plus l'on monte dans les hautes sphères sportives des équipes, plus cette proportion diminue.

À 26 ans, Brittni Donaldson est devenue en 2019 la plus jeune entraîneuse adjointe de la NBA à Toronto.

Elle embrasse le trophée Larry-O'Brien.

Brittni Donaldson

Photo : Facebook/Brittni Donaldson

Radio-Canada Sport a contacté les Raptors afin de mettre en lumière l'ascension de Mme Donaldson dans l'univers du basketball professionnel. L'organisation torontoise a décliné notre demande parce que Brittni n'est habituellement pas disponible pour des entrevues, sauf pour des raisons exceptionnelles. Désolé de ne pas pouvoir vous aider pour cette occasion, nous a-t-on expliqué.

Parmi les 22 femmes qui occupent des postes-clés liés aux opérations basketball dans toute la NBA, 11 sont des entraîneuses adjointes. La majorité d'entre elles occupent un poste secondaire lié au développement des joueurs. Becky Hammon, pionnière à ce poste dans la NBA, est considérée comme l'entraîneuse adjointe ayant le plus de responsabilités. Mais lorsque Greg Popovich s'est absenté cette saison, au début du mois de mars, c'est Tim Duncan qui a assuré l'intérim le temps d'un match. Le plafond de verre est passé près d'être brisé, mais il a résisté une fois de plus.

Enfin, aucune femme n'est directrice générale dans la NBA et une seule a officiellement le titre d'assistante au DG. Il s'agit de Kelly Krauskopf des Pacers de l'Indiana. Deux femmes sont vice-présidentes au développement des joueurs, soit Teresa Resch avec les Raptors et Swin Cash avec les Pelicans de La Nouvelle-Orléans.

Les femmes dans la NBA sont encore loin d'une présence soutenue et nombreuse dans les décisions quotidiennes des opérations basketball.

Danièle Henkel réclame un équilibre.

Si on pouvait faire confiance à ces femmes. On ne les a pas recrutées parce qu'elles sont des olympiennes ou un visage connu du public, parce que la plupart du temps, elles n'en sont pas. Si elles sont là, c'est parce qu'elles sont compétentes. Le poste octroyé est mérité.

Danièle Henkel

La NFL

Dans la NFL, les titres d'entraîneur-chef, de directeur général ou du personnel des joueurs demeurent réservés exclusivement aux hommes.

L'année 2015 a cependant marqué un tournant dans le circuit de football américain. Une première femme a été engagée dans l'un des 32 groupes d'instructeurs.

Jennifer Welter a ouvert le bal avec les Cardinals de l'Arizona, à titre de stagiaire comme assistante à l'entraîneur. Kathryn Smith (Bills de Buffalo) et Katie Sowers (49ers de San Francisco) ont aussi obtenu un poste similaire lors des deux années suivantes.

Ils discutent sur le terrain.

Katie Sowers avec le receveur Louis Murphy

Photo : Stephanie Campbell/Epic Photography

Selon le rapport annuel commandé par la NFL et réalisé par le TIDES, les femmes représentent 0,3 % des 592 instructeurs du circuit.

On retrouve davantage de femmes dans l'un des postes à la vice-présidence d'une équipe (20,7 %), mais celles à qui on a confié un rôle lié aux opérations football se dénombrent au compte-gouttes.

Le recensement effectué par le Dr Richard Lapchick et plusieurs collègues ne prend pas en compte les stages ou bien les postes liés au conditionnement physique.

Tout en haut de l'organigramme, comme propriétaires majoritaires ou minoritaires, se trouvent Kim Pegula (Bills de Buffalo), Virginia Halas McCaskey (Bears de Chicago), Martha Ford (Lions de Détroit), Janice McNair (Texans de Houston), Norma Hunt (Chiefs de Kansas City), Carol Davis (Raiders de Las Vegas), Gayle Benson (Saints de La Nouvelle-Orléans), Denise York (49ers de San Francisco), Jody Allen (Seahawks de Seattle) et Amy Adams Strunk (Titans du Tennessee).

La Québécoise Catherine Raîche est parmi celles qui ont été capables de faire tomber les barrières dans les bureaux administratifs.

Détentrice d'une maîtrise en droit fiscal à l'Université de Sherbrooke, elle a décroché en 2017 le poste de directrice générale adjointe des Alouettes de Montréal, puis a poursuivi son beau parcours avec les Argonauts de Toronto, toujours dans la Ligue canadienne de football.

Embauchée en 2019 par les Eagles de Philadelphie de la NFL après un bref séjour dans la XFL, on la retrouve aujourd'hui directrice du personnel et des opérations football de l'équipe championne du Super Bowl en 2018.

Catherine Raîche et des recruteurs de la Ligue canadienne de football chronomètrent des espoirs en vue du repêchage.

Catherine Raîche

Photo : LCF / Johany Jutras

Tout un accomplissement pour une passionnée de football, formée au Québec, loin des cercles réservés aux dépisteurs américains.

Humble, Mme Raîche a préféré se donner le temps de gravir d'autres échelons avant de se prêter au jeu d'un grand reportage à son sujet.

La Montréalaise de 31 ans estime être toujours une recrue dans l'organisation des Eagles, où elle poursuit ses classes.

Catherine Raîche s'est dite flattée de notre intérêt envers elle et que notre entretien à la caméra n'était que partie remise.

Après sa nomination en juillet, les Eagles ne l'ont cependant pas rendue disponible pour une entrevue en dépit de demandes répétées.

(Avec la collaboration d'Alexandre Gascon, de Jean St-Onge, d'Olivier-Paradis-Lemieux, de Félix St-Aubin-Bourdon, d'Olivier Tremblay et de Christian Doucet)

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