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Chronique

Le fabuleux parcours de Paulin Bordeleau

Un entraîneur derrière un banc de joueurs pendant un match

Paulin Bordeleau derrière le banc du Phénix du Collège Esther-Blondin

Photo : Phénix du Collège Esther-Blondin

BILLET - Véritable nomade du hockey, Paulin Bordeleau tire un trait sur la période la plus longue et la plus stable de son impressionnante carrière d’entraîneur-chef. Malgré ses 67 ans, ce véritable passionné prévient toutefois qu’il n’en a pas encore terminé avec son sport.

En 2011, Paulin Bordeleau avait étonné le monde du hockey en prenant les commandes du Phénix du Collège Esther-Blondin, de la Ligue midget AAA. Et pour cause : il est extrêmement rare de voir un entraîneur aussi expérimenté reprendre du service pour diriger et développer des joueurs de 15 et 16 ans.

Avant de se joindre au Phénix (sur l’invitation de son ancien joueur Donald Audette), Bordeleau avait été entraîneur adjoint dans la LNH (à Tampa Bay), entraîneur en chef de la Ligue américaine (à Fredericton) et dans la Ligue internationale (à Détroit), en plus d’avoir eu du succès dans la LHJMQ (à Laval) et dans plusieurs pays d’Europe (en France, en Allemagne, en Italie et en Suisse).

Bref, c’était un peu comme si Kent Nagano décidait un jour d’aller diriger les élèves de la classe musique-études d’une école secondaire!

Après neuf ans, Bordeleau a toutefois décidé que le temps était venu de passer à autre chose. Les prochaines séries éliminatoires, qui se mettront en branle dans la Ligue midget AAA, lundi, seront ses dernières à la barre du Phénix.

***

Je me rends compte que mon niveau de patience est peut-être moins élevé que par le passé. Je suis toujours aussi passionné et je travaille aussi fort que je l’ai toujours fait, mais je trouve difficile de constater que mes attentes surpassent parfois celles de mes joueurs. Mais je n’y peux rien, je suis fait comme ça, raconte-t-il.

Cette déclaration, faut-il souligner à grands traits, est faite sans la moindre amertume. Il s’agit simplement du regard d’un homme ayant passé les 60 dernières années dans le monde du hockey et qui constate que chaque génération est différente de celle qui l’a précédée.

Quand j’avais 15 ou 16 ans, mon seul but dans la vie consistait à jouer dans la LNH. Je ne rêvais qu’à cela. Et je suis le premier à dire à mes joueurs que si j’avais vécu cette époque de ma vie en 2020, mes champs d’intérêt auraient sans doute été plus diversifiés, confie Paulin Bordeleau.

En neuf ans avec le Phénix, je n’ai jamais dirigé une mauvaise personne. Les jeunes d’aujourd’hui aiment toujours pratiquer le hockey. Ils aiment se retrouver en équipe ainsi que la vie qu’ils mènent au collège. Il y en a toujours qui rêvent de se rendre jusqu’à la LNH, mais je dirais que leur ambition est plus tempérée. De façon générale, c’est moins une finalité pour eux de devenir des hockeyeurs professionnels.

Paulin Bordeleau

Le message doit donc leur être transmis différemment. On vise toujours l’excellence sur la patinoire, mais on insiste aussi sur le fait que peu importe ce qu’on fait dans la vie, il faut travailler fort, adopter une bonne discipline de vie et faire preuve de responsabilité et d’intégrité.

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Dès son arrivée à la barre du Phénix, Bordeleau se souvient avoir fait connaissance avec la politique du hockey mineur.

Cette équipe midget AAA, qui dispute ses matchs locaux à Terrebonne, est alimentée en joueurs par deux organisations : les Conquérants des Basses-Laurentides et les Pionniers de Lanaudière.

À mes premières années, je me suis rendu compte que ça créait des malaises si on choisissait un plus grand nombre de joueurs provenant d’une organisation par rapport à l’autre. C’était difficile à gérer, malheureusement. Personnellement, j’ai toujours cru que si un joueur était suffisamment bon pour se tailler une place, il fallait la lui donner, peu importe sa provenance.

Fidèle à cette philosophie, Bordeleau a d’ailleurs marqué l’histoire de la Ligue midget AAA en sélectionnant la gardienne Ève Gascon au sein de sa formation en 2018. Cette dernière est d’ailleurs sur le point de conclure sa deuxième saison dans l’uniforme du Phénix.

Ève méritait ce poste, elle devait donc être choisie. Et je n’ai jamais regretté cette décision, dit-il.

Au fil des ans, le hockey scolaire s’est aussi fortement développé sur le territoire couvert par le Phénix. Une autre forme de politique est alors apparue. Les responsables de Hockey Laurentides-Lanaudière se sont alors mis à imposer des quotas au Phénix afin d’exclure du midget AAA les hockeyeurs provenant du scolaire, et de favoriser les joueurs provenant des organisations civiles des Conquérants et des Pionniers.

« Il y a eu des rencontres où ça a brassé très fort au cours de la dernière année. Au moins, ce problème a été réglé. Et à compter du prochain camp, mon successeur aura le loisir de sélectionner ses joueurs selon leurs mérites, sans tenir compte d’autres critères », commente-t-il.

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Paulin Bordeleau a tout vécu dans le monde du hockey.

Il a remporté deux Coupes Memorial à titre de joueur chez les juniors. Il a passé trois saisons dans la LNH dans l’uniforme des Canucks de Vancouver. Et lors du tout premier match de sa carrière, aux vieux Garden de Boston, il s’est retrouvé au sein de la formation partante contre des légendes comme Bobby Orr, Wayne Cashman, Ken Hodge et Gerry Cheevers.

Orr est le meilleur joueur que j’ai vu de ma vie. Il a changé à jamais le monde du hockey, dit-il.

Bordeleau s’est ensuite joint aux Nordiques de Québec, avec qui il a remporté la Coupe Avco alors qu’ils faisaient partie de l’Association mondiale de hockey.

Un entraîneur derrière le banc

Paulin Bordeleau, alors entraîneur des Panthers d'Augsburg, en Allemagne, en 2006

Photo : Getty Images / Thomas Langer

Au début des années 1980, les Boucs de Megève (dans les Alpes françaises) l’ont embauché à titre de joueur-entraîneur. Et à sa troisième saison, il a mené son club jusqu’à la conquête du championnat français.

« J’ai été traité comme un héros national cette année-là. Michel Drucker m’a interviewé en direct à son talk-show. Le célèbre chef Paul Bocuse (qui était alors une star mondiale de la gastronomie) a ouvert son restaurant spécialement pour accueillir notre équipe. »

Nous avons connu une vie de famille incroyable à Megève. Nous y avons passé sept ans. Je pouvais conduire mes enfants à l’école tous les matins. Le ski était fabuleux. Je pouvais enlever mes skis au bas de la pente et nous n’avions que quelques pas à faire pour rentrer à la maison.

En 1988, Bordeleau a porté l’uniforme français aux Jeux olympiques de Calgary. Puis l’année suivante, à son retour au pays, il a remporté la Coupe du Président alors qu’il dirigeait le Titan de Laval.

***

Cette aventure a été suivie de sept saisons passées aux commandes du club-école du Canadien, à Fredericton. À sa dernière saison là-bas, en 1996-1997, il a posé un geste extrêmement spectaculaire en endossant l’uniforme, à l’âge de 43 ans (!), pour aider son équipe qui était à court de joueurs. Les plus vieux amateurs parlent encore de cet épisode.

Nous affrontions les Pirates de Portland (alors dirigés par Barry Trotz). Il ne nous restait que 9 joueurs et 4 défenseurs. Nous n’avions plus de ressources. Puis juste avant le match, l’un de nos attaquants, Todd Sparks, a fait une crise de diabète. Il ne nous restait que 8 attaquants. Je me suis dit que j’étais en forme et que je pouvais aider. Alors j’ai pris part au match, raconte-t-il.

Les Canadiens de Fredericton ont baissé pavillon 3-2 ce soir-là. Mais Paulin Bordeleau a récolté deux passes et il a obtenu la première étoile du match!

Par la suite, j’ai su à travers les branches que cet épisode n’avait pas plu à Ronald Corey [le président du CH à l’époque, NDLR]. Mais j’ai fait ce qui devait être fait. Nous manquions tellement de joueurs cette saison-là que même mon adjoint, Luc Gauthier, avait dû disputer quelques matchs à la défense.

***

Puis en 1998, alors qu’il ne s’y attendait plus, l’entraîneur est réapparu dans la LNH.

Je me dirigeais vers Sherbrooke afin de passer une entrevue pour un emploi quand le téléphone a sonné. C’était Jacques Demers et Phil Esposito qui m’offraient un poste d’entraîneur adjoint avec le Lightning. Je connaissais Jacques Demers. J’avais joué pour lui à Québec.

Paulin Bordeleau

À la fin de la conversation, ils m’ont dit qu’ils allaient me laisser réfléchir et qu’ils allaient attendre ma réponse. Je leur ai dit que j’acceptais sur-le-champ. J’ai viré de bord et je ne me suis jamais rendu à Sherbrooke pour mon entrevue!

Malheureusement, le Lightning a été vendu au cours des mois suivants. Après seulement une saison, Bordeleau s’est retrouvé à Detroit pour diriger le club-école de l’organisation. Il est ensuite reparti pour un tour en Europe qui l’a mené en Allemagne, en Italie et en Suisse, à Lausanne.

Et tout cela, sans oublier le fait qu’il a eu l’occasion de diriger son fils Sébastien dans la Ligue américaine avant de devenir, 20 ans plus tard, l’entraîneur de son petit-fils Thomas dans la Ligue midget AAA.

Que lui reste-t-il à faire dans le monde du hockey?

« Je suis encore passionné. Je ferai probablement parvenir mon CV à des équipes junior majeur pour voir s’il n’y aurait pas une ouverture quelque part pour un poste d’adjoint, de conseiller ou d’entraîneur associé. La plupart des emplois que j’ai obtenus dans le hockey sont survenus de manière inattendue. Alors on verra bien. »

Mais chose certaine, je ne suis pas prêt à cesser de m’impliquer au hockey, affirme-t-il.

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