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Ces sportifs québécois qui gagnent leur vie à l’étranger

Une athlète de water-polo, un joueur de football et et une joueuse de volleyball

Krystina Alogbo, Gabriel Cousineau et Marie-Alex Bélanger

Photo : Montage

Gagner sa vie à l’étranger est parfois un choix, mais parfois aussi une nécessité pour certains athlètes québécois, faute de ligues professionnelles ici.

Jouer à l’étranger, à part au hockey, au tennis ou encore au soccer, ne rapporte assurément pas des millions, mais l’expérience en vaut bien souvent la chandelle

La poloïste Krystina Alogbo, le footballeur Gabriel Cousineau et la volleyeuse Marie-Alex Bélanger ont tous mis le cap sur l’Europe au cours des dernières semaines pour vivre leur passion. 

Incursion dans leur univers.


Krystina Alogbo, poloïste en Italie

Cette année, elle passe une grande partie de son hiver à Vérone en Italie. Elle n’y est pas pour fuir le froid. La preuve, elle a aussi joué quatre saisons pour une équipe à Khanty Mansiysk en Sibérie.

Elle s’exile en Europe parce que c’est la seule façon de jouer au water-polo professionnel. Il n’y a pas de ligue du genre en Amérique du Nord. L’occasion est belle pour parfaire son art en vivant de nouvelles expériences.

Tu vois de nouveaux styles de jeu et d’arbitrage, confie la Montréalaise. Tu as aussi la chance d’affronter des joueuses de plusieurs équipes nationales, donc des joueuses de très haut niveau.

Jouer à l’étranger amène aussi une certaine forme de pression, une obligation de performance.

Dans mon cas, on me paie pour marquer des buts, alors je dois me faire remarquer dans l’eau, explique Alogbo. On ne nous embauche pas pour être des figurantes. Je joue les 32 minutes chaque match, c’est beaucoup plus qu’en équipe nationale où on a beaucoup de joueuses de haut calibre.

Elles prennent la pose aux abords de la piscine.

La poloïste Krystina Alogbo, à l'extrême gauche de la photo, et son équipe de water-polo à Verone en Italie

Photo : Courtoisie : Krystina Alogbo

Le water-polo professionnel en Europe est-il payant? Pas tant que ça. Pour Krystina Alogbo, c’est avant tout un salaire qui s’ajoute à la rémunération annuelle qu’elle reçoit de Sports Canada et qui lui permet d’en mettre un peu de côté.

Son salaire n’a rien à voir avec ceux que peuvent gagner des sportifs masculins en Italie ou en Russie en jouant au hockey, au soccer ou encore au volleyball. 

Travailler à l’étranger, pour elle, est aussi une expérience culturelle. Elle avait été initiée à la langue italienne au primaire, si bien qu’elle se débrouille très bien aujourd’hui. Elle a même appris des notions de base de russe qui lui permettent de suivre des discussions et de comprendre des instructions livrées dans la langue de Vladimir Poutine.

Elle apprécie aussi le rythme de vie plus calme là-bas que celui à Montréal.

À Montréal, on dirait que je n’ai jamais le temps de savourer le moment, on est toujours en train de travailler ou de bouger. On prend même notre café au volant, tandis qu’en Italie, tu prends le temps. Quand c’est l’heure du lunch, tu prends le temps. En Russie aussi, même si la bouffe n’est pas aussi bonne...

Une citation de :Krystina Alogbo, poloïste de l'équipe de Vérone

L’Italie et la Russie ont été le théâtre de plusieurs incidents racistes envers des sportifs noirs au cours des dernières années. Elle n’en a jamais été victime.

La Québécoise tente de se démarquer lors de la Coupe Canada à Montréal.

Krystina Alogbo

Photo : Water-Polo Canada / Diane Bekhazi

Plusieurs personnes s’inquiétaient quand je suis partie en Russie. Mais honnêtement, je n’ai rien vécu du genre là-bas. J’ai vécu plus de racisme ici au Canada qu’en Russie. Je perçois plus de la nouveauté dans le regard des autres. Par exemple, on me demande souvent de voir mes cheveux de près, mais je n’ai jamais senti de crainte.

À 34 ans, Alogbo est heureuse du défi qu’on lui offre à Vérone, qui surprend en première division cette année. Elle sait que ses années de compétition sont comptées. 

Les quelques mois qu’elle passera en Italie la lanceront vers les Jeux de Tokyo, qu’elle attend depuis si longtemps. Après 15 ans au sein de l’équipe nationale, elle vivra la quinzaine olympique pour la toute première fois.


Gabriel Cousineau, quart-arrière pour les Molosses d’Asnières-sur-Seine 

Il a vécu une sorte de deuil quand sa carrière universitaire avec les Carabins s’est terminée en 2015. Son parcours sportif a pris fin par une défaite en finale de la Coupe Vanier, même si lui était en pleine forme et au sommet de son art.

Au football, tu ressens un peu d’injustice quand ta carrière s’arrête parce que tu es à ton mieux, confie-t-il. La rupture a été un peu plus facile pour moi parce que je suis devenu tout de suite entraîneur pour les Carabins, mais j’ai toujours eu envie de rejouer.

Un peu plus de quatre ans après son dernier match compétitif, Cousineau a repris du service comme quart arrière cet hiver en France avec les Molosses d’Asnières-sur-Seine, dans la région parisienne. 

Il songeait à s’exiler depuis un petit bout de temps. La première étape pour faciliter sa quête était d’obtenir le passeport italien auquel il avait droit puisque sa mère est Italienne. En France, les équipes n’ont droit qu’à deux joueurs non européens. Sa candidature devenait d’autant plus attrayante s’il pouvait être embauché comme Européen.

Un joueur de football vêtu de noir et rouge s'échauffe en lançant un ballon en bordure du terrain.

Le quart arrière Gabriel Cousineau

Photo : Sophia Mulhem / Molosses football

Le calibre n’est pas aussi relevé qu’au football universitaire canadien, mais le sport grandit ici, explique-t-il. Ce sont les règles du football américain à quatre essais, donc c’est un tout autre sport. Je dirais que ça ressemble un peu au football collégial de première division avec des jeunes qui ont une réelle volonté de percer.

Cousineau a un contrat de six mois avec les Molosses, jusqu’en juillet. Il ne fait pas fortune, mais il est logé, nourri et reçoit une bonne indemnité quotidienne. En plus de jouer dans l’équipe élite, il assiste les entraîneurs des équipes juniors. 

Officiellement, il n’est pas coordonnateur offensif de l’équipe, mais il participe activement à l’appel des jeux. Aucun joueur n’a son bagage d’expérience au sein de l’équipe, mis à part le joueur de ligne Gustave Sylvestre et le receveur Raphaël Major-Dagenais, deux autres anciens des Carabins. 

Les attentes sont pas mal plus élevées envers nous qu’envers les autres joueurs et c’est normal. Ils s’attendent à ce qu’on livre la marchandise sur le terrain, mais aussi qu’on partage notre bagage intellectuel et notre gestion de match. On est là pour faire grandir l’équipe.

Une citation de :Gabriel Cousineau, quart des Molosses d’Asnières-sur-Seine

Tout se passe en français, même si certains termes n’ont pas la même connotation en France qu’au Québec. En France, le mot verge sert d’abord à identifier l’organe reproducteur mâle. Pour l’unité de mesure, il faut plutôt utiliser « yard ».

J’ai vraiment du mal à m’ajuster et chaque fois que je dis le mot verge, ça rigole dans le groupe. J’utilise toujours verge quand je parle de profondeur de tracé et ça me rentre juste pas dans la tête. On s’amuse bien avec tout ça.

Il se déplace vers sa droite en tentant de repérer un coéquipier libre.

Le quart arrière Gabriel Cousineau avec les Molosses d'Asnières-sur-Seine.

Photo : Courtoisie : Molosses Football

Gabriel Cousineau recommande l’expérience d’un séjour en France à tous les joueurs universitaires qui n’auront pas la chance de jouer dans la Ligue canadienne. Pour l’expérience sportive, bien sûr, mais aussi pour l’expérience personnelle et culturelle. 

J’avais vraiment envie de rejouer, mais aussi de voyager, dit-il. Je le fais depuis que je suis jeune et Paris est une super ville sur le plan culturel. J’ai aussi la chance de jouer un peu partout en France, alors je vais voir du pays.

Les matchs des Molosses sont diffusés sur YouTube et attirent, en moyenne, quelques centaines de partisans.


Marie-Alex Bélanger, volleyeuse en Suisse

Chaque jour, la Québécoise se lève, mange, s’entraîne, joue au volleyball, puis se recouche le soir, heureuse. Elle mène une vie de rêve à Lugano, magnifique ville de Suisse située près de la frontière italienne. 

Quand j’y pense, je suis très chanceuse de vivre tout ça, explique-t-elle. Je vis en Suisse où les paysages sont extraordinaires et je découvre tellement de choses sur moi en vivant seule loin de la maison.

La joueuse de l’équipe nationale a signé un contrat de deux mois pour terminer la saison en Suisse. Elle est payée, logée et en partie nourrie par son équipe. Elle peut mettre de l’argent de côté puisqu’elle n’a pratiquement pas de dépenses. 

Elle lève les bras pour bloquer le ballon au-dessus du filet lors d'un match.

Marie-Alex Bélanger

Photo : Courtoisie : Marie-Alex Bélanger

Elle profite de ses rares jours de congé pour voir du pays. Elle donne parfois rendez-vous à des coéquipières de l’équipe canadienne qui jouent ailleurs en Suisse ou en Italie voisine. En Europe, tout est si proche. Milan, par exemple, n’est qu’à une trentaine de minutes de route. 

Le calibre de jeu en Suisse est très intéressant, selon elle. Ce n’est pas la ligue la plus forte du monde, mais le jeu est plus relevé qu’au volleyball universitaire canadien. Bélanger a connu beaucoup de succès avec les Carabins de l’Université de Montréal. 

Au sein de son équipe, il y a des Allemandes, des Tchèques, des Autrichiennes et aussi des Italiennes. L’entraîneur aussi est Italien, ce qui fait que les entraînements se déroulent dans cette langue, avec des balbutiements d’anglais.

C’est un mélange d’amour de l’étranger et du volleyball qui l’a mené en Suisse. 

Je voyage parce que je joue au volleyball et j’aime vraiment jouer au volleyball notamment parce que ça me fait voyager. Ça définit beaucoup ma vision de la vie en ce moment.

Une citation de :Marie-Alex Bélanger, volleyeuse à Lugano

Lugano est son deuxième arrêt professionnel. L’an passé, elle jouait pour le club de Chamalières en France. Là-bas, l’expérience n’a pas été particulièrement agréable.

Un mélange d’ennui de la maison, surtout à l’approche des Fêtes, et de contre-performances sportives.

Quand tu joues à l’étranger, le volleyball c’est toute ta vie, explique l’athlète de 26 ans. Quand ça va bien, tout va bien, mais quand ça va mal, tout va mal. Tu n’as souvent rien d’autre que le sport autour de toi et même tes amies sont tes coéquipières. À l’université, j’avais plus d’équilibre avec ma famille et ma vie sociale en parallèle. Mais chez les pros, à l’étranger, c’est plus dur.

Elle marche vers la ligne de fond du terrain.

Marie-Alex Bélanger se prépare à servir.

Photo : James Hajjar

Elle se sent mieux outillée dans ce deuxième séjour européen. 

Je suis dans un meilleur état d’esprit parce que je réussis maintenant à ne plus me définir uniquement comme une joueuse de volleyball, explique la diplômée en communications. Je crois que cette approche est essentielle à ceux et celles qui veulent tenter leur chance à l’étranger. Cela dit, je le recommande à tout le monde parce que tu découvres tellement de choses sur toi quand tu vis loin de tes proches et de tes repères.

Marie-Alex Bélanger entend jouer au volleyball à l’étranger tant que son corps lui permettra de le faire. Quand sa saison en Suisse sera terminée, elle retournera avec l’équipe canadienne pour la Ligue des nations, une compétition qui se déroulera pendant six semaines, notamment en Russie, au Brésil, en Chine et en Thaïlande.

À défaut de jouer aux Olympiques à Tokyo (le Canada ne s’est pas qualifié), Bélanger fera quand même le tour du globe!

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