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Chronique

Marc Bergevin additionne les choix, faute de mieux

Il sourit à la table de son équipe pendant le repêchage.

Marc Bergevin

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

BILLET – Commençons tout de suite par la question qui tue. Combien faut-il amasser de choix au repêchage pour satisfaire un directeur général de la LNH?

Comme le CH se dirige tout droit vers une troisième exclusion d’affilée des séries éliminatoires (une quatrième en cinq ans), Marc Bergevin a profité de la date limite, lundi, pour échanger des joueurs écoulant leur dernière année de contrat contre des sélections en vue du prochain repêchage.

Les noms des attaquants Ilya Kovalchuk (contre un choix de troisième tour de Washington), Nick Cousins (choix de quatrième tour de Vegas) et Nate Thompson (choix de cinquième tour de Philadelphie) se sont ainsi ajoutés à celui du défenseur Marco Scandella, qui avait été troqué contre un choix de deuxième tour des Blues de Saint Louis la semaine dernière.

Les affaires sont les affaires. Les DG de la LNH sont payés pour gérer leur personnel comme les spécialistes en placement gèrent leur portefeuille. Ils déplacent donc leurs actifs froidement, en ayant pour seul objectif de maintenir ou de faire croître leur valeur. Alors, tant qu’à perdre un joueur écoulant les derniers jours de son contrat sans rien obtenir en échange, il vaut évidemment mieux penser à l’avenir et mettre en banque un choix au repêchage.

Cette logique a-t-elle une limite?

***

L’échange du Tricolore qui m’a le plus estomaqué lundi était mineur et peu de gens en ont parlé.

Au cours de la journée, Marc Bergevin a aussi cédé Matthew Peca aux Sénateurs d’Ottawa contre l’attaquant Aaron Luchuk et un choix de septième tour.

Il tente de maîtriser la rondelle entre deux adversaires.

Matthew Peca (au centre) deviendra joueur autonome cet été.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Peca est âgé de 26 ans. Depuis quatre ans, il fait la navette entre la LNH et la Ligue américaine. Il est un coéquipier apprécié et un rapide patineur qui pratique un bon échec-avant, la plupart du temps au sein d’un quatrième trio. Quand le CH l’a rappelé en milieu de saison, Peca a d’ailleurs très bien performé, mais il s’est malheureusement blessé.

Pendant que la formation se vide (voir la liste de noms mentionnés ci-dessus), qu’on doit faire appel à des joueurs comme Jake Evans (le meilleur marqueur du Rocket) pour pourvoir les postes vacants et que la moitié de la brigade défensive du club-école se trouve à Montréal en raison des blessures, le Rocket se débat toujours pour participer aux séries.

Or, au lieu de miser sur Peca, qui est sur le point de devenir joueur autonome, pour disputer la dernière ligne droite du calendrier, voilà qu’on l’échange contre un choix de septième tour et un joueur (Luchuk) ayant passé la majeure partie des deux dernières saisons dans la Ligue de la côte est.

Lundi soir, Peca portait l’uniforme des Sénateurs d’Ottawa contre les Blue Jackets de Columbus.

« Nous n’avions pas demandé d’échange. Mais il s’agit certainement d’une belle chance pour Matthew », a fait valoir par texto son agent, Jay Grossman.

Je reviens à la question de départ : survient-il un moment où les intérêts de l’organisation, comme une participation aux séries du club-école et l’importance de faire vivre aux espoirs une compétition de haut niveau, surpassent le besoin de faire l’acquisition d’un choix de... septième tour?

***

Pour le reste, on a senti la tension monter d’un cran durant la longue conférence de presse de Marc Bergevin, qui avait séjourné à Denver pendant trois jours la semaine dernière. Cette inhabituelle escapade laissait croire qu’un échange comprenant des membres du noyau de la formation montréalaise se préparait peut-être.

À la place, les amateurs ont vu la direction sacrifier des joueurs de soutien pour emmagasiner encore plus de choix de repêchage.

Comme je l’expliquais dans une récente chronique, le Canadien se trouve dans une impasse.

Il y a trois ans, constatant que la méthode du bouchage de trous avait atteint ses limites et qu’il n’y avait plus de relève en vue pour remplacer le noyau actuel, la direction du CH a décidé de tout miser sur le repêchage en espérant qu’une transition harmonieuse et rapide allait en résulter.

Or, la transition sera beaucoup plus longue que prévu. Tout le monde l’a maintenant compris. Mais jusqu’ici, Bergevin a au moins le courage de maintenir le cap et de continuer à boire cette tasse d’eau de vaisselle.

« Nous avons décidé de bâtir par le repêchage et il n’y a pas de recette magique [...] Ça prendra du temps », a d’ailleurs fait valoir le DG, tout en réitérant sa confiance envers le noyau de vétérans en place.

C’est extrêmement frustrant pour les partisans. Mais il s’agit probablement de la solution la plus sage et la moins risquée.

Si la direction se met à changer sa stratégie aux deux ans, au gré du vent, cette organisation se situera encore dans les bas-fonds de la ligue dans 10 ans. Et on gâchera probablement, au passage, la carrière de plusieurs espoirs qui auront été laissés à eux-mêmes dans un marché qui sera devenu de plus en plus intransigeant.

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Pour les équipes perdantes, le cycle des saisons de hockey est toujours le même.

Les partisans entendent parler de rumeurs d’échanges pendant des mois. Et quand la date limite passe sans feu d’artifice, ils étalent toute leur frustration.

Puis, le calendrier prend fin et on autopsie rapidement la formation défectueuse. Les séries (des autres équipes) se mettent ensuite en branle, et vers la mi-juin, durant les deux semaines précédant le repêchage, l’espoir renaît. C’est le moment de l’année où tous les DG sont prêts à brasser des affaires et où tout est possible. Après l’encan, tout le monde est convaincu d’avoir amélioré son sort!

Cette année, toutefois, cette séance aura lieu à Montréal et une extrême pression s’exercera sur la direction du CH.

Compte tenu des 14 sélections accumulées par Bergevin, nombreux sont ceux qui espéreront le gros échange ou le choix miracle qui réglera tous les problèmes. Mais la situation sera exactement la même qu’aujourd’hui.

***

Les Sénateurs d’Ottawa ont cédé lundi leur meilleur marqueur, le centre Jean-Gabriel Pageau, aux Islanders de New York contre un choix conditionnel de premier tour et un choix de second tour au repêchage de juin prochain, en plus d’un choix conditionnel de troisième tour en 2022.

Il pivote sur la patinoire.

Jean-Gabriel Pageau, des Sénateurs d'Ottawa

Photo : Getty Images / Jana Chytilova/Freestyle Photo

Les Islanders font partie des 10 équipes qui ont échangé leur choix de premier tour et des 15 équipes (la moitié de la ligue!) qui ont troqué leur sélection de second tour en vue du prochain repêchage.

Le Lightning de Tampa Bay, qui mise sur l’une des meilleures équipes de recruteurs amateurs de la LNH, a même trouvé le moyen d’échanger deux choix de premier tour au cours des derniers jours (le leur ainsi que celui qu’ils avaient acquis des Canucks de Vancouver) pour mettre la main sur les attaquants Blake Coleman et Barclay Goodrow...

Ces gestes concrets tendent à démontrer que plusieurs directeurs généraux ne considèrent pas que la prochaine cuvée sera aussi faste que certains de leurs confrères le prétendent.

***

Quelques heures après la conclusion de cet échange, les Islanders ont fièrement annoncé qu’ils avaient consenti à Pageau un contrat de 6 ans d’une valeur totale de 30 millions.

Lou Lamoriello se félicite d’avoir pu mettre la main sur un centre qui est un excellent patineur, qui est très difficile à battre dans le cercle des mises au jeu et qui, en plus, trouve toujours le moyen d’élever son niveau de jeu lors des matchs importants.

Parfois, un tiens vaut donc mieux que deux tu l’auras.

Jean-Gabriel Pageau est âgé de 27 ans. Il est né dans l’Outaouais et a disputé son hockey junior avec les Olympiques de Gatineau. Il portait fièrement les couleurs des Sénateurs depuis ses débuts professionnels.

Mais incroyablement, même avec lui, les Sénateurs ne sont pas parvenus à conclure une prolongation de contrat! Voilà donc un autre leader de la formation qui quitte la capitale canadienne quand il est sur le point d’obtenir le droit à l’autonomie et de disputer les meilleures années de sa carrière.

Il répond à une question en conférence de presse

Pierre Dorion est le directeur général des Sénateurs d'Ottawa depuis avril 2016.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Le nom de Pageau s’ajoute à ceux de Mark Stone, Matt Duchene, Ryan Dzingel et Erik Karlsson, notamment, que les Sénateurs ont dû sacrifier dans des circonstances similaires au cours de la dernière année. On parle donc d’une alarmante fuite de talents.

Cette séquence d’événements confirme par ailleurs un sondage tenu auprès d’un groupe d’agents, et publié récemment par le site Athlétique. À l’occasion de cette consultation, un nombre inquiétant d’agents nommaient Ottawa comme l’une des destinations que leurs clients souhaitent le plus éviter, notamment en raison du style de gestion du propriétaire Eugene Melnyk.

Certains observateurs soutiendront que les Sénateurs s’en vont vers des jours meilleurs et qu’ils auront 13 sélections au prochain repêchage. Ils parleront neuf fois au cours des trois premiers tours. Mais la réalité, c’est que même si elle avait 100 sélections en banque, cette organisation ne gagnera jamais si elle ne parvient pas un jour à stopper cet exode et à donner envie à ses joueurs de passer toute leur carrière à Ottawa.

Quand on regarde la situation dans laquelle se trouve Pierre Dorion, on en vient presque à envier celle de Marc Bergevin.

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