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chronique

Les couleurs dominantes des premiers essais en F1 : le gris et le rose

Il sort du garage au circuit de Barcelone.

Lance Stroll dans la RP20 de Racing Point

Photo : Twitter / Racing Point

BILLET – Le système DAS (dual axis steering) que l’équipe Mercedes-Benz a testé pour la première fois en piste à Barcelone, le 20 février, a laissé les concurrents pantois.

Chez Renault, on a admis avoir « écarquillé les yeux » quand les premières images de la caméra embarquée de Lewis Hamilton l’ont montré tirer sur son volant pour faire rentrer les roues avant.

On voit l'écart entre le volant et le tableau de bord augmenter.

La position du volant de la W11 de Lewis Hamilton avant et après le déclenchement du DAS

Photo : Twitter

Si la concurrence se demande si le système est légal, la FIA l’a déjà interdit en 2021, mais le Finlandais Valtteri Bottas n’a aucun doute sur sa légalité : « Pourquoi Mercedes-Benz prendrait temps et argent pour développer un système hors-la-loi », a-t-il dit aux journalistes dans le paddock à Barcelone.

Certains saluent l’audace de l’équipe allemande, en rappelant que c’est ce genre d’innovation qui fait la beauté de la F1.

Mercedes-Benz a admis qu’il était tentant de faire une version bis de la W10, déjà très performante, pour la saison à venir avant les gros changements réglementaires de 2021, et que cette voie a été sérieusement étudiée.

C’est finalement la crainte de voir les concurrents se rapprocher, voire de prendre le dessus, qui a convaincu l’équipe championne du monde d’aller de l’avant avec une conception « dynamique » pour la W11.

Il pilote la Mercedes-Benz W11.

Lewis Hamilton à Silverstone.

Photo : Twitter / Mercedes-Benz

Cela fait plusieurs mois que les ingénieurs travaillent à l'usine sur le système DAS, et le directeur général de l’équipe Toto Wolff n’était au début pas convaincu de l'utilité du concept. Il a changé d’avis, paraît-il, après l’avoir essayé dans le simulateur.

Je ne sais pas si Mercedes-Benz voulait expliquer en long et en large son innovation en rencontre de presse à Barcelone, mais Hamilton et le directeur de l’équipe, James Allison, y ont été obligés après le premier essai en piste du Britannique.

Si les images des caméras embarquées font partie du paysage audiovisuel de la F1, c’est sur les réseaux sociaux que les amateurs ont repéré l’innovation, en quelques minutes. Il faut dire que pour la première fois, ces essais d'avant saison sont retransmis en direct à la télévision, avec une équipe complète de commentateurs.

Le groupe Formula One a même organisé des rencontres de presse quotidiennes avec pilotes, ingénieurs et directeurs. Et ce jour-là, soit le 20 février, c’était au tour de Mercedes-Benz, avec au micro Hamilton et Allison.

Bonne décision d’avoir joué la transparence.

James Allison a expliqué techniquement ce qu'était le DAS, et le pilote a salué le travail des ingénieurs de la marque à l’étoile. Mais même au bout de 106 tours, il ne pouvait dire si le système lui donnera un net avantage.

« Espérons que ça fonctionnera », a-t-il dit, prudent.

Rappelons que durant les essais officiels, les équipes ont la permission de tester des innovations, même si elles ne sont pas conformes au règlement. Du moment que la monoplace a passé avec succès tous les tests de résistance aux chocs.

L'utilité du DAS

À ce stade des essais préparatoires, soit après trois jours, les ingénieurs des équipes concurrentes hésitent à affirmer que le système joue sur la vitesse pure. Il jouerait plus sur la dégradation des pneus en modifiant l’angle des roues (toe).

Le conseiller de Red Bull, l’ancien pilote Helmut Marko, a affirmé au magazine allemand Autobild que le DAS donne à Mercedes-Benz un avantage de deux dixièmes de seconde au tour, en éliminant le sous-virage (quand la voiture ne tourne pas en entrée de virage).

Il attend impatiemment de voir comment se comportera la W11 au dernier jour des essais, le 28 février, quand les équipes feront tourner leurs voitures en configuration de course pour le Grand Prix d’Australie à Melbourne.

D’ici là, toutes les hypothèses sont bonnes et l’inquiétude est de mise.

Gros plan des indicateurs sur le volant

Le volant de la Mercedes-Benz W11 (détail d'une photo de l'habitacle)

Photo : Mercedes-Benz

Ce qu’on peut dire d’ores et déjà, c’est que le système DAS ajoute une responsabilité de plus aux pilotes qui en ont déjà beaucoup.

Les pilotes de Mercedes-Benz font déjà de six à huit ajustements par tour avec de petites roulettes, pour l'équilibre de la voiture ou le mélange moteur, et ils ont des boutons à appuyer, comme le DRS (drag reduction system), la radio, le limiteur de vitesse ou la marche arrière.

Rappelez-vous la remarque de Fernando Alonso! « Quand j’ai appris à piloter, c'était des voitures, je travaille aujourd'hui dans une navette spatiale », avait-il lancé.

Il y avait 25 boutons et roulettes sur le volant de la W10. Bottas affirme qu'il connaît son volant par cœur, et qu'il fait tout par automatisme.

Cela dit, certains pilotes ont avoué avoir déjà oublié d'appuyer sur leur bouton DRS au bout d'une ligne droite pour fermer le volet supérieur de leur aileron arrière, et ils sont sortis de piste à haute vitesse.

Copier (ou non) le DAS

Les équipes rivales de Mercedes-Benz se posent déjà la question à Barcelone s’il est envisageable d’adapter leurs voitures au système DAS et de le faire rapidement. Car de toute façon, il sera interdit en 2021.

Les chronos des derniers jours des essais de Barcelone permettront sans aucun doute aux équipes de décider de la suite des choses.

Bottas a révélé que le DAS était en gestation depuis plus d’un an. Ce qui laisse croire que le système est complexe à mettre au point.

Or, les équipes ont cette année déjà deux programmes de travail en parallèle : développer la voiture de 2020 et travailler sur la voiture de 2021 compte tenu des gros changements réglementaires.

Il paraît a priori difficilement gérable pour les ingénieurs à l’usine de se pencher sur le principe du système DAS sans sacrifier du temps aux deux programmes déjà en cours.

Et pour les petites équipes, il paraît impossible de consacrer des budgets supplémentaires à tenter de comprendre et à adapter le système DAS à leur monoplace.

Égaler Schumacher

Ce système DAS peut-il aider Lewis Hamilton à rester devant tout le monde et à s’assurer d’un septième titre?

Mercedes-Benz veut absolument qu'il rejoigne cette saison Michael Schumacher au sommet des pilotes les plus titrés de l'histoire de la formule 1.

La marque allemande tient à réécrire cette page du grand livre de la F1 en 2020, ne sachant pas quels sont les plans du Britannique pour 2021. Il manie le flou avec brio, peut-être pour faire grimper les enchères.

Ils se donnent la main.

Toto Wolff félicite Lewis Hamilton à l'arrivée du Grand Prix du Canada en 2017.

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Toto Wolff sait très bien que Hamilton pourrait se laisser convaincre par Ferrari et passer du gris au rouge en 2021. Les premières discussions en vue d'une prolongation de contrat n'ont pas abouti.

Racing Point se défend d'avoir copié

Le système innovant DAS a éclipsé la controverse de la ressemblance entre la Racing Point RP20 et la Mercedes-Benz de 2019.

Les réactions négatives ont obligé le directeur technique de Racing Point Andrew Green à réagir.

« L'équipe s’est inspirée de la voiture la plus rapide de la saison 2019, a-t-il précisé en choisissant ses mots, étant donné que Racing Point utilise déjà le groupe propulseur et la boîte de vitesses, qui s’accompagnent d’une certaine philosophie aérodynamique ».

Le directeur général de l'équipe est allé plus loin, sans faire de détour.

« Nous avons déjà copié Red Bull, a admis Otmar Szafnauer. Mais nous respectons le règlement. Nous regardons ce qui se fait ailleurs. Nous prenons des photos, nous tentons de comprendre. Nous faisons nos évaluations en soufflerie avant de concevoir la voiture, et nous la développons nous-mêmes. »

Pour énerver un peu plus la concurrence, la RP20 s’est avérée rapide. Le Québécois Lance Stroll n’a pas tardé à trouver le bon rythme, et il a fait le cinquième temps, au terme des trois jours, à 1,6 seconde du chrono de référence.

Stroll a devancé de neuf millièmes de seconde son coéquipier Sergio Pérez, qui s'est classé sixième.

Le tir groupé des pilotes en rose confirme le bon comportement de la RP20. Il est à noter que le Québécois a fait son meilleur chrono en C4, soit des pneus un peu plus tendres que ceux du Mexicain.

Il sera intéressant de voir dans la deuxième partie de ces essais pré saison lequel des deux devancera l'autre.

Montage de photos des deux voitures en pisteAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lance Stroll dans la RP20 (en haut) et Lewis Hamilton dans la W10

Photo : Getty Images / Rudy Carezzevoli / Charles Coates

Selon Autobild, Renault menace déjà de porter plainte auprès de la FIA, rappelant qu’il est interdit pour une équipe de copier le moindre élément aérodynamique d’une voiture concurrente.

McLaren pense également porter plainte. Il faut dire que Renault et McLaren sont des concurrents directs de Racing Point en milieu de grille.

On sait que Racing Point a pu utiliser la soufflerie de Mercedes-Benz pour travailler l’aérodynamisme de la RP20. De là à franchir le pas et dire que l’équipe à la feuille d’érable a copié des éléments aérodynamiques de la W10, il faut avoir des preuves.

Racing Point a en tout cas l'appui du patron de l'équipe Red Bull, Christian Horner.

« Certaines équipes sont allées plus loin que d'autres dans leur travail de clonage. Mais si ça reste conforme à la réglementation, je ne vois pas le problème, a affirmé le dirigeant britannique.

« Au contraire, c'est mieux pour le groupe Formula One et Liberty Media si les voitures sont plus compétitives, c'est mieux pour le spectacle. Et pour les équipes [qui clonent], ça leur coûte moins cher, de recherche et de développement (R&D). »

Ils jasent dans le garage de l'équipe Red Bull.

Christian Horner et Helmut Marko

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Évidemment, Christian Horner dirige l'équipe Red Bull, dont le commanditaire en titre est la marque automobile Aston Martin, rachetée récemment par... Lawrence Stroll.

Il y a aussi un historique entre les deux équipes, puisque Racing Point avait en effet déposé une plainte contre Renault en octobre 2019 à propos du système de freinage de la RS19.

Si Renault décide de porter plainte contre Racing Point, c’est qu'elle a des preuves. Les jours qui nous séparent du premier grand prix de la saison seront passionnants à suivre.

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