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chronique

Date limite des échanges : le CH est dans une impasse

Il est vêtu d'une chemise noire.

Marc Bergevin en conférence de presse

Photo : Radio-Canada

Quand on dirige une organisation sportive, un mauvais diagnostic ou une séance d’improvisation peuvent avoir des conséquences lourdes et négatives. Pour cette raison, il sera particulièrement intéressant de surveiller les décisions que prendra Marc Bergevin au cours des prochains jours.

La saison dernière, après avoir vu son équipe récolter 96 points et rater les séries éliminatoires de peu, le directeur général du CH et son entourage avaient posé un diagnostic débordant de jovialité : selon eux, ce résultat constituait un point de départ et la situation du patient ne pouvait que s’améliorer.

Bergevin avait ainsi fermé les yeux sur le fait que le rendement de son équipe était attribuable à deux séquences d’événements improbables :

  • la moitié de ses joueurs venaient de connaître la meilleure saison de leur carrière;
  • son club avait été presque totalement épargné par les blessures.

Misant sur la croissance interne et sur la jeunesse de sa formation, le DG a fait preuve de grande discipline durant l’été. Il est resté fidèle à son plan de « réinitialisation » en ne sacrifiant aucun espoir et en obtenant, sobrement, Ben Chiarot sur le marché de l’autonomie.


Or, nous voilà moins d’un an plus tard, en février 2020. Et il apparaît clairement que le diagnostic initial était trop optimiste. Le patient est en fort mauvais état. Et, outre Nick Suzuki, aucun espoir de l’organisation n’a été en mesure de contribuer nettement au succès de la formation.

À moins de porter d’épaisses lunettes roses, il est difficile d’imaginer qu’un changement de garde puisse survenir avant encore deux, trois ou quatre ans. Si changement de garde il y a.

Ils sont côte à côte lors du repêchage.

Geoff Molson et Marc Bergevin

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Cet effondrement, qui n’était visiblement pas anticipé, accentue considérablement la pression sur la direction. Qui, dans la LNH, survit à quatre exclusions des séries en cinq ans? Comment corriger la trajectoire? Y a-t-il encore moyen de démontrer que la lecture initiale n’était pas si mauvaise et que cet effectif est bel et bien valable?

Pour se convaincre du niveau de pression ambiante, il suffit de jeter un coup d’œil aux décisions irrationnelles qui se prennent depuis quelques mois. On trait la vache jusqu’au sang comme s’il n’y avait pas de limite.

Carey Price est le gardien le plus utilisé de la LNH. Même si les chances de participer aux séries sont essentiellement nulles depuis le début de janvier, on lui fait encore disputer des séquences de trois matchs en quatre jours et de quatre matchs en six jours.

Shea Weber joue malgré une entorse à une cheville, tout comme Jonathan Drouin, comme si la survie de l’équipe en dépendait. On se rappelle aussi qu’au début de janvier, Brendan Gallagher avait été renvoyé dans la mêlée neuf jours après avoir subi une grave commotion cérébrale, et que son retour au jeu hâtif lui avait valu trois semaines supplémentaires sur la liste des blessés.


Mardi dernier, Marc Bergevin a fini par entreprendre une énième opération de délestage en concluant un échange. Il a cédé le défenseur Marco Scandella aux Blues de Saint Louis pour un choix de deuxième tour.

Scandella écoule sa dernière année de contrat. Pour un dirigeant d’équipe, il va de soi d’acquérir un actif au lieu de risquer de perdre un joueur durant l’été sans rien obtenir en échange.

Le Tricolore, dont la priorité organisationnelle consiste désormais à bâtir par la voie du repêchage, se retrouve donc avec 12 sélections en vue de l’encan de juin prochain. Il n’y a rien à redire de ce côté.

Ilya Kovalchuk, qui est arrivé à Montréal en même temps de Scandella au cours des dernières semaines, risque de subir un sort identique même si les partisans s’en sont amourachés.


À travers tout cela, cependant, on a appris en début de semaine que Bergevin et son adjoint Scott Mellanby s’étaient rendus à Denver pour assister à un match opposant l’Avalanche au Lightning de Tampa Bay.

Les DG de la LNH ne se déplacent pas pour rien. Ce récent voyage (et les rumeurs de plus en plus tenaces) indique que l'équipe est désormais prête à envisager des échanges de joueurs qui font partie de son noyau et dont les contrats ne viennent pas à échéance cette année, comme Tomas Tatar ou Jeff Petry.

Bien des partisans se disent d’accord avec une telle démarche. « Rasons l’édifice jusqu’au sol et rebâtissons à neuf », plaident-ils.

Fort bien. Par contre, il faut en même temps réaliser que commencer à liquider les rares piliers qui subsistent au sein de cette organisation équivaudrait à passer de la Ligue nationale de hockey à la Ligue nationale d’improvisation.

Une fois qu’on glisse un doigt dans ce genre d’engrenage, la musique de la défunte comédie de situation britannique The Benny Hill Show commence. Et bien malin celui qui peut prévoir à quel moment elle cessera. Pour s’en convaincre, il suffit de poser la question aux Sénateurs d’Ottawa, aux Oilers d’Edmonton ou aux Sabres de Buffalo.


Le Canadien manque de profondeur et ses jeunes espoirs ne sont pas arrivés à maturité. C’est pourquoi l’équipe s’est effondrée cette saison dès que Jonathan Drouin et Paul Byron ont été inscrits sur la liste des blessés.

Il lance une rondelle aux partisans.

Shea Weber est le capitaine du Canadien depuis octobre 2018.

Photo : Associated Press / USA Today Sports

Par ailleurs, le Canadien joue pour moins de ,500 quand Shea Weber (maintenant âgé de 34 ans) s’absente en raison de blessures qui sont de plus en plus fréquentes. Et l’équipe est à ce point mince à la ligne bleue qu’elle ne s’est pas encore totalement remise de la destruction subite du flanc gauche de sa brigade défensive au cours de l’été 2017.

En quoi les sacrifices du premier ailier gauche (composant avec Phillip Danault et Brendan Gallagher le seul véritable trio efficace) ou du deuxième défenseur amélioreraient-ils les chances de succès du CH ou la stabilité de l’environnement offert aux jeunes qui feront éventuellement partie de la formation?

Et en quoi la présence de vétérans comme Weber et Price serait-elle encore justifiable si on entreprenait une telle opération de rajeunissement?

Pour toutes ces raisons, Marc Bergevin apparaît désormais comme un directeur général qui s’est mis dans une impasse.

Il est obligé de choisir entre la poursuite d’un plan qui découlait d’un diagnostic erroné (ou trop optimiste) ou l’adoption d’une nouvelle stratégie consistant à démolir l’édifice qu’il a lui-même construit.

Dans un cas comme dans l’autre, il n’en verra probablement jamais la fin.

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