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L'essor du Canada en longue piste

Ils prennent la pose sur le podium.

Les Canadiens Graeme Fish (au centre) et Ted-Jan Bloemen (à gauche) ont réussi le doublé or-argent au 10 000 m aux Championnats du monde à Salt Lake City.

Photo : The Associated Press / Rick Bowmer

Michel Chabot

Le Canada a connu des mondiaux de patinage de vitesse fastes à Salt Lake City au cours de la dernière fin de semaine. Ses neuf médailles l’ont placé en 3e place derrière les Pays-Bas et la Russie. À deux ans des Jeux de Pékin, les spécialistes canadiens en longue piste semblent sur la bonne voie.

Robert Dubreuil, ancien patineur qui est aujourd’hui à la tête de la Fédération québécoise de patinage de vitesse (FPVQ), est revenu de l’Utah enchanté par les performances canadiennes.

Moi, je n’ai pas vu depuis 20 ans une équipe aussi bien équilibrée. On parle de neuf médailles à ces Championnats du monde, ça égale la récolte de Vancouver en 2009. Et ces médailles étaient particulièrement féminines avec Cindy Klassen, Kristina Groves et Clara Hughes. Alors que là, on a sept médailles chez les gars, c’est du jamais vu. À l’époque de Jeremy Wotherspoon et parfois Mike Ireland, on allait chercher deux ou trois médailles dans les sprints. Mais dans les longues distances, on avait plus de difficultés.

Robert Dubreuil, directeur de la FPVQ

Ted-Jan Bloemen et Graeme Fish ont été les grandes vedettes du Canada avec chacun deux médailles. Le premier a triomphé au 5000 m, tandis que son jeune compatriote a fini 3e.

Bloemen a ensuite pris la 2e position au 10 000 m, derrière l’étonnant Fish. Le jeune homme de 22 ans a fracassé le record du monde qui, incidemment, appartenait à Bloemen depuis 2015. Le Saskatchewanais est devenu le premier patineur ne provenant pas des Pays-Bas à remporter ce titre.

Selon Dubreuil, la délégation canadienne est en train de créer une révolution dans les épreuves de longues distances. Mais le phénomène émane quand même des Pays-Bas.

Les deux entraîneurs de longues distances, Bart Schouten chez les hommes et Remmelt Elderling chez les femmes, sont d’origine néerlandaise, rappelle Dubreuil. Bart est un entraîneur qui a contribué à la cueillette de médailles au cours des cinq derniers Jeux olympiques avec deux pays différents. Notre équipe d’entraîneurs de longues distances, et même au sprint, est l’une des meilleures au monde sinon la meilleure en ce moment.

Je suis très impressionné par la performance de Fish. Je suis content de voir un vrai Canadien avoir ce résultat-là. Ted-Jan, pour moi, ça reste un Hollandais qui porte une combinaison canadienne, donc il n’est pas issu du développement canadien. Fish vient de la Saskatchewan et il a vraiment bénéficié de s’entraîner avec Bloemen. Un bon entraîneur laisse sa touche sur un athlète, mais s’entraîner avec les meilleurs fait de toi un meilleur athlète généralement. Ça te pousse tous les jours à reproduire une formule accomplie plutôt que d’expérimenter.

Gabriel Girard, entraîneur de l’équipe des États-Unis

Des soupçons envers les Russes

Graeme Fish, qui a retranché près de 12 s à son record personnel, vendredi, est l’un des trois patineurs à avoir fait tomber une marque mondiale. Les deux autres sont Russes : Pavel Kulizhnikov au 1000 m (1 min 5 s 697/1000), qui a battu par près d’un tiers de seconde l’ancien record, et sa compatriote Natalia Voronina, qui elle a amélioré son meilleur chrono à vie de plus de 11 s au 5000 m en surclassant l’ancienne marque mondiale par 3 s.

Ces deux performances en ont fait sourciller plus d’un, dont Ivanie Blondin, médaillée d’or de la course au départ groupé.

Ils [l’Union internationale de patinage] étaient censés prendre une décision avant les mondiaux. Aussi, c'est vraiment juste frustrant. Ils ne vont sûrement pas être aux Jeux étant donné tout le passé.

Ivanie Blondin, patineuse canadienne, médaillée d'or de la course au départ groupé

C'est sûr qu'on se pose la question sur ce qui se passe et pourquoi tout d'un coup ils sont tous sur le podium [12 médailles, dont 3 d’or], ajoute Blondin. Oui, ils ont bien performé cette année. Mais avoir d'aussi gros gap que ça, puis de battre des records du monde et de les éclater, ce n'est pas surprenant... mais frustrant.

Il s'agit d'une première médaille pour Dubreuil dans cette épreuve aux mondiaux.

Laurent Dubreuil, à droite, médaillé de bronze du 1000 m, en compagnie du champion Pavel Kulizhnikov (au centre) et de Kjeld Nuis.

Photo : The Associated Press / Rick Bowmer

C’est dur de faire comme si de rien n’était depuis que Kulizhnikov a échoué à un test antidopage, constate Girard. C’est sûr qu’il y a un spectre associé à chacune de leurs performances. Évidemment, on peut laisser le bénéfice du doute, mais c’est sûr que la Russie ne s’aide pas beaucoup avec les controverses, une après l’autre, en ce qui a trait au dopage.

Un événement motivant

Il reste qu’en plus des records, près de 90 marques personnelles ont été réalisées au cours du week-end. Surprenant? Pas tant que ça. Le niveau de motivation des patineurs pour l’événement le plus important de la saison les amène aussi à se surpasser.

La combinaison du point culminant de l’année et que les athlètes soient en pleine forme a fait en sorte que des records sont tombés, estime Dubreuil. L’an dernier, la Coupe du monde finale de la saison a eu lieu aussi à Salt Lake City et des records du monde étaient aussi tombés et de très vieux records même, certains vieux de 10 ans. Et je crois que les conditions étaient encore plus rapides que cette année.

Salt Lake City, c’est la glace la plus rapide au monde, indique Girard. C’est là que les records tombent et que tous les patineurs atteignent leur sommet.

La ville de l’Utah est située à 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui fait en sorte que la friction de l’air est réduite et que, donc, les patineurs sont moins ralentis. Le phénomène est connu. Et les Canadiens qui s’entraînent à Calgary ont l’habitude des ovales en altitude.

Les Canadiens sont les plus grands spécialistes en glace d’altitude. Ce n’est pas surprenant qu’ils aient eu de bonnes performances, comparativement à des Européens qui, faute de budget ou en raison des Championnats d’Europe, ne pouvaient pas venir aussi rapidement s’acclimater à l’altitude ici.

Gabriel Girard

L’Allemand Patrick Beckert a boudé les Championnats d’Europe afin de mieux se préparer pour les mondiaux. Arrivé un mois en avance, il a remporté le bronze au 10 000 m pour la troisième fois de sa carrière.

Les Hollandais devaient participer aux Championnats d’Europe pour satisfaire aux exigences de leurs commanditaires, souligne Girard. Ils sont arrivés plus à court et on a vu beaucoup de déception et de surprises de leur côté.

Une pression atmosphérique basse peut également représenter un facteur accélérant. Mais le baromètre indiquait une pression normale au cours des derniers jours.

La température de la glace est une autre raison qui peut influer sur les temps, particulièrement dans les longues distances en favorisant une meilleure glisse.

Quant aux progrès avec les nouveaux uniformes, leur effet serait négligeable.

Si c’est un facteur, c’est très mineur, estime le directeur de la FPVQ. On parle de centièmes de secondes.

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