•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Écarté des mondiaux, Hugo Barrette voit son rêve olympique se compliquer

Hugo Barrette en pleine action, sur une piste cycliste.

Hugo Barrette en pleine action, sur une piste cycliste.

Photo : Cyclisme Canada / Rob Jones

Olivier Paradis-Lemieux

Blessé à l'omoplate en septembre, Hugo Barrette a dû précipiter son retour au vélo afin de conserver ses chances de participer aux prochains Jeux olympiques. Mais bien qu’il ait été en mesure de grappiller des points lors des Coupes du monde hivernales, le temps a manqué au sprinteur madelinot pour obtenir sa place aux Championnats du monde de cyclisme sur piste. Sa présence à Tokyo est désormais incertaine.

La Coupe du monde de Milton, où il s’entraînait avec l’équipe canadienne fin janvier, était la dernière compétition où il pouvait amasser les points qui lui auraient permis de se rendre à Berlin dans deux semaines. Mais une nouvelle déconvenue (17e au keirin, 18e au sprint) lui a fermé la porte des mondiaux pour la première fois en sept ans.

« Dans le fond, j'ai manqué la qualification par quelques points, entre autres parce que j'ai eu un gros accident. Je me suis cassé l'omoplate gauche en septembre aux Championnats panaméricains, où il y a la majorité des points pour la saison. Je perdais déjà ces points-là en partant », a-t-il raconté en entrevue téléphonique à Radio-Canada Sports, jeudi.

La suite a été une course contre la montre dans cette année préolympique, où il a dû jongler entre la nécessité de retrouver la forme avec des blocs d’entraînement soutenu et se préparer pour les différentes compétitions.

J'ai contrôlé ce que je pouvais contrôler, mais je pense que les trois premières Coupes du monde, c'était là que ça se passait. Je vais avoir manqué les mondiaux par tellement peu. Les trois Coupes du monde que j'avais faites, j'ai manqué les finales par un pneu les trois fois. C'est vraiment ça qui a fait la différence entre aller aux mondiaux ou non.

Hugo Barrette

Puis, le mois dernier, il l’avoue, il s’est trop entraîné avant la dernière manche de la saison et il est arrivé dans un grand état de fatigue à Milton.

À force de courir après les mois perdus depuis un an en raison d’une fracture aux côtes subie lors d’une collision à l’entraînement aux mondiaux 2019, une fracture à un pouce cet été et celle à l’omoplate en septembre dernier, Hugo Barrette a raté le dernier rendez-vous avant les JO.

« C'était un risque qu'il fallait que je prenne parce que disons que j'avais performé à Milton, je me serais présenté aux mondiaux et je me serais fait ramasser. Il fallait que je m'entraîne à un moment ou à un autre. J'ai trop manqué d'entraînement. »

« On sous-estime qu’après mon accident j'ai été un mois sans rien faire, a-t-il poursuivi. Il fallait que je guérisse. Ensuite, j'ai recommencé à m'entraîner, mais seulement pendant un mois d'entraînement, dont trois semaines sur la piste. Après ça, j'ai fait des performances qui étaient quand même très bonnes. Mais c'est comme si les gens avaient oublié que j'étais blessé. J'étais loin d'être dans une forme de course. »

Quand il fait le bilan de sa saison, Hugo Barrette affiche toutefois une grande fierté d’avoir réussi à cogner à la porte de trois finales au keirin, mais plus particulièrement de la première compétition à laquelle il a pris part après sa fracture de l’omoplate.

« Je me présente à Hong Kong, où tous les meilleurs coureurs de keirin sont là. Et je finis 8e. En trois semaines et demie d'entraînement, ce n'était pas mauvais, a-t-il fait remarquer. J'en ai fait des performances, j'en ai fait des médailles pendant ma carrière, mais celle-là, à Hong Kong, j'étais vraiment fier. »

Je ne connais pas grand monde au monde qui aurait réussi à faire une performance comme ça. Je ne veux pas être arrogant ou rien, mais après m’être cassé une omoplate, un accident qui peut finir une carrière, je suis de retour un mois et demi après... C'mon...

Hugo Barrette

Aucun sprinteur canadien ne sera à Berlin chez les hommes (contre trois chez les femmes), Joël Archambault n’ayant pas réussi à confirmer sa bonne tenue de l’an dernier, qui lui avait permis de participer aux mondiaux pour la première fois, alors que le jeune espoir Nick Wammes, surprenant 9e à Milton en sprint, n’a pris part qu’à deux Coupes du monde cette saison.

La qualification olympique en cyclisme sur piste étant d’abord octroyée à chaque nation selon leur classement mondial, il n’y aura personne aux mondiaux pour améliorer le sort canadien.

Hugo Barrette doit donc attendre, espérer qu’aucune nation ne déloge le Canada et qu’il soit ensuite confirmé par sa fédération comme le cycliste qui ira à Tokyo.

Au bas mot, sa qualification olympique n’est plus entre ses mains, mais même s’il ne peut plus l’influencer, Hugo Barrette est loin d’avoir réduit son régime d’entraînement. Il lui reste cinq mois d’ici les Jeux olympiques, assez de temps, selon lui, pour brouiller les cartes et viser un podium s’il obtient son billet.

« Ça fait seulement trois semaines que je m'entraîne et déjà là, on commence à voir des gros chiffres, des grosses performances. Déjà, je commence à sortir du trou. »

Mentalement, il doit aussi se reconstruire. Il avoue avoir largement puisé dans ses ressources dans la dernière année.

« Ce n'est pas seulement que je tombe, que c’est un désastre à cause de ça, mais en plus, je suis seul pour aller prendre des points. Il n'y a personne d'autre qui peut faire des points [en Coupe du monde] à part moi. J'ai cette pression-là. Il faut que je me présente à des courses pas en forme. C'est une grosse charge de pression pour une saison et quand tu arrives à la fin de la saison, quand tu fais trois semaines d’affilée, tu es drainé », a-t-il lâché.

Dans la qualification olympique, ceux qui se sont qualifiés seuls, c'est extrêmement rare. C'est vraiment difficile de se qualifier pour les Olympiques seuls. J'ai réussi à aller chercher des points, mais il faut que tu prennes ça en compte aussi [...] Ça draine à la longue. Je suis capable de le faire. C'est sûr que c'est plus facile quand les gens autour de moi comprennent et respectent la charge que ça implique.

Hugo Barrette

Sans coéquipier capable de le pousser jour après jour à l’entraînement, contrairement aux sprinteuses canadiennes Kelsey Mitchell et Lauriane Genest qui peuvent se défier au quotidien, le Québécois est parti pendant un temps dans le groupe dirigé par son ancien entraîneur Erin Hartwell en quête de compétition.

« C'est pour ça que je suis parti au Trinidad, pour aller rejoindre des coureurs qui sont plus forts, qui sont capables, ensemble, de se défier. Mais moi, je n'avais pas cette personne. Tu vois ce que ça fait quand tu as les personnes pour te défier comme ça, ça porte fruit. »

Le jeune Nick Wammes, 20 ans, pourrait éventuellement devenir cet allié à l'entraînement, mais pour Tokyo, il sera peut-être déjà trop tard.

À 28 ans, avec toutes les violentes chutes qu'il a subies depuis qu'il se frotte à l'élite mondiale, de celle de Cali à celle de Cochabamba, rien ne dit que Hugo Barrette continuera de pédaler jusqu'à Paris.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Cyclisme

Sports