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Une pionnière parmi les têtes dirigeantes dans la LNH à Seattle

Alexandra Mandrycky, directrice stratégie hockey et recherche de la future 32e équipe du circuit Bettman, est l’une des rares femmes à occuper un poste de pouvoir dans la Ligue nationale.

Le directeur général de l'équipe de Seattle en discussion avec sa directrice de la stratégie hockey

Ron Francis et Alexandra Mandrycky

Photo : NHL Seattle

Alexandre Gascon

Juillet 2019. Embauchée depuis quelques jours, Alexandra Mandrycky serre la main de Ron Francis pour la première fois. Quelques minutes plus tard, assise dans une salle, elle interviewe la légende.

Cet été-là, la 32e franchise de la Ligue nationale, établie à Seattle, se cherche un directeur général, le premier de son histoire. Il aura deux ans pour échafauder son plan d’action avant le repêchage d’expansion prévu en juin 2021.

Le propriétaire, Tod Leiweke, avait déjà procédé à quelques embauches avant celle, charnière, du DG et en profitait pour les consulter avant de faire son choix.

Parmi elles, Alexandra Mandrycky, 29 ans, une spécialiste des statistiques avancées que Leiweke a arrachée au Wild du Minnesota.

Pendant qu’il examinait certains candidats, je leur ai fourni de l’information pour compléter le processus d’entrevue. Des trucs du genre quelles sont leurs tendances comme directeurs généraux pour le repêchage, pour la négociation de contrat, pour les joueurs autonomes. Où ont-ils de la difficulté et où performent-ils, raconte-t-elle.

Puis, de fil en aiguille, son rôle a pris de l’ampleur. De simple consultante, elle s’est retrouvée en appui à Leiweke en salle d’entrevue avec certains candidats, dont Francis.

C’était vraiment bizarre de débarquer ici avant que mon patron soit engagé et de participer à son embauche, avoue-t-elle. 

Récapitulons. Une femme, une spécialiste des statistiques avancées, est consultée pour la décision hockey la plus importante de la franchise naissante.

Dans l’univers conservateur du hockey, voilà une quantité d’éléments inusités. À l’image de son parcours.

Ascension rapide

Alexandra Mandrycky a grandi à Atlanta, où la lutte et la NASCAR passent loin devant le hockey.

La LNH et ses Thrashers n’y ont survécu qu’une douzaine d’années (1999-2011), un second échec pour le hockey professionnel en Georgie après celui des Flames dans les années 1970.

Le hockey n’avait pas plus de place dans l’État que dans la vie de la jeune femme qui se souvient avoir connu une seule personne qui jouait au hockey à Atlanta. Je n’allais jamais voir du hockey, jamais voir les Thrashers.

Sauf qu’à l’Université Georgia Tech où elle étudie en génie industriel, Mandrycky rencontre un jeune homme originaire de Buffalo. Une idylle comme on en connaît tant s’écrit. Coup de foudre, vie et passion partagées, Mandrycky en vient à faire sien le sport de son amoureux.

Ils discutent.

Alexandra Mandrycky et Ron Francis

Photo : NHL Seattle / Courtoisie : NHL Seattle

Au point où, une fois les Thrashers partis, on allait chercher notre dose avec les Gladiators, une équipe de l’ECHL. Le genre d’engagement que bien des partisans renieraient.

Habile en informatique, à l’aise avec les chiffres, Alexandra Mandrycky se met à combiner ses compétences avec son nouveau passe-temps.

À Georgia Tech, en génie industriel, j’avais beaucoup de cours de statistiques, d’informatique, de science et même d’affaires. J’avais déjà beaucoup les habiletés nécessaires pour travailler dans l’univers des statistiques avancées au hockey, raconte-t-elle.

Après l’université, je travaillais en informatique sur des logiciels et je voyageais quand même pas mal. Le soir, au lieu d’aller prendre un verre dans un bar, je restais dans ma chambre d’hôtel. Je lisais sur le hockey, sur la communauté des statistiques avancées en ligne, des blogues, différents sites. J’ai commencé à suivre des gens qui rendaient public leur travail là-dessus.

Pour le plaisir, je me suis mise à télécharger des données et à m’amuser avec ça. Jamais je n’aurais imaginé que ça aurait mené à un travail. À l’époque, de toute façon, ce travail n’existait pas vraiment. C’était juste une autre façon d’apprécier le sport, je pense.

Alexandra Mandrycky

Avec un collègue, Andrew C. Thomas, elle fonde le site war-on-ice.com. La suite déboule à vive allure. Le Wild du Minnesota s’intéresse à leurs travaux et les engage en 2015.

Mandrycky passe les quatre années suivantes à l’emploi de l’équipe du Midwest et partage son temps entre St. Paul et Seattle, où le couple s’est installé.

Puis, Tod Leiweke l’a appelée et Mandrycky est passée à l’Ouest.

La place des femmes dans la LNH

Pour faire sa place, le défi a toujours été double dans son cas : une femme dans un monde d’hommes, une théoricienne parmi des pragmatiques.

On ne peut pas dire que la Ligue nationale de hockey mène la charge dans le monde du sport professionnel pour ce qui est de l’inclusion des femmes ou des minorités.

La NFL, par exemple, mise déjà sur quelques femmes entraîneuses. L’une d’entre elles a même atteint le Super Bowl cette année.

Or, malgré ce contexte défavorable, Seattle fait figure d'exception et a confié plusieurs postes charnières de son organigramme à des femmes. Outre Mandrycky, Seattle a aussi mis la main sur Cammi Granato qui est devenue la première dépisteuse au niveau professionnel dans le circuit Bettman [Noelle Needham à Toronto et Gabriella Switaj à Anaheim font du recrutement amateur, NDLR].

Elles observent une scène côte à côte.

Alexandra Mandrycky et Cammi Granato

Photo : NHL Seattle

Visiblement, la nouvelle organisation fait des efforts, surtout en comparaison avec ce qu’on retrouve dans de nombreux autres marchés.

Radio-Canada Sports a procédé à un décompte maison des femmes membres des départements hockey des 31 formations de la LNH.

Nous avons soumis nos chiffres à toutes les équipes. La moitié d’entre elles ont répondu, généralement pour confirmer nos statistiques, dans certains cas pour apporter quelques précisions.

Le but de l’exercice : savoir combien de femmes occupent un poste avec un certain pouvoir lié aux décisions hockey, que ce soit comme entraîneuse, comme conseillère au développement des joueurs, dépisteuse, spécialiste des statistiques avancées, etc.

Les nutritionnistes et thérapeutes sportifs, souvent consultées sur l'état de santé des joueurs et ayant normalement leur mot à dire pour leur retour au jeu, ont aussi été prises en compte, à la demande de certaines équipes.

Au total, on dénombre 14 femmes sur 1488 employés aux opérations hockey ou 0,94 % si vous préférez. Les Maple Leafs de Toronto sont la figure de proue avec 6 de ces 14 femmes à leur service, soit 17,3 % de leur département.

Une fois contextualisé, le rôle de Mandrycky prend encore plus d’importance.

J’ai vu une amélioration au cours des quatre années que j’ai passées dans la ligue. Ça se résume essentiellement à avoir un plus grand bassin de candidates. D’autres sports sont passés par là aussi. La majorité des embauches sont plus traditionnelles : d’anciens joueurs de la LNH ou d’anciens joueurs universitaires. Les femmes, souvent, ne rentrent pas dans ces catégories ou ne font pas partie du petit réseau de contacts, soutient-elle.

Mais quand tu te mets à interviewer différentes personnes, tu commences à te dire : "Peut-être qu’on devrait interviewer Cammi Granato." À Toronto, ils ont Noelle Needham, une dépisteuse amateur et Hayley Wickenheiser au développement des joueurs. Pour ce qui est des statistiques avancées, il n’y a aucune raison. Le gars qui fait ça n’a pas plus joué au hockey. Alors quand tu compares les candidats masculins aux féminins, ça uniformise les chances d’une certaine façon. C’est pour ça qu’on voit plus de femmes dans ces postes, fait valoir la jeune gestionnaire.

Du même souffle, Alexandra Mandrycky assure qu’on n’a jamais tenté de la faire sentir inférieure, peu importe où elle est passée. Le Wild à l’époque et Ron Francis depuis quelques mois ont tout mis en œuvre pour qu’elle prenne ses aises.

Certaines situations l’agacent encore un peu, lorsqu’elle se rend dans un événement mondain par exemple.

Souvent, tu vas être prise pour la femme d’un joueur. Ce n’est pas la faute de personne en particulier. Leur expérience dicte souvent leur perception.

Alexandra Mandrycky

Plus il y a de femmes qui arrivent dans la ligue, plus ça va devenir facile. Les hommes doivent apprendre à naviguer à travers ça autant que les femmes.

Une équipe à bâtir

La directrice de la stratégie hockey n’a que peu de temps à accorder aux luttes de genre ces temps-ci. À moins d’un an de la constitution de la future équipe, le temps est compté.

Alexandra Mandrycky l’admet d’emblée, on ressent beaucoup de pression à cause de la façon dont Vegas est arrivé dans la ligue et est devenu compétitif d’emblée.

La comparaison risque d’être insoutenable en effet. Quelle équipe d’expansion passe-t-elle proche de remporter un championnat à sa première année d’existence, toutes ligues confondues? Aucune. Jamais. Sauf les Golden Knights qui ont plié l’échine en finale de la Coupe Stanley en 2018.

L’objectif sera plus modeste évidemment, bien que la parité et les règles du repêchage d'expansion avec lesquelles Vegas s'est tant amusé donnent espoir à Seattle de pouvoir bâtir de solides fondations dès l’an 1.

Vegas avait identifié des joueurs qui étaient sous-utilisés ou mal évalués dans certaines équipes et ils ont été en mesure de les faire performer dès le départ [...] On pense que, même si les directeurs généraux sont déjà passés par là, on va sûrement être capable de conclure quelques ententes pour obtenir des joueurs. Au bout du compte, si certains de ces directeurs généraux essaient de gagner dès maintenant, c’est un scénario bien différent du nôtre, a-t-elle confié.

Les statistiques avancées seront au cœur de la stratégie dans l’État de Washington. Ron Francis a été à l'avant-garde de la discipline et l’un des premiers à engager un surdoué de la calculatrice en Eric Tulsky lorsqu’il était le DG des Hurricanes de la Caroline.

Tulsky, toujours à l’emploi des Canes, est perçu comme une vedette montante dans le milieu.

À ce chapitre, Alexandra Mandrycky n'a rien à lui envier.

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