•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Vancouver, quand les Jeux olympiques transcendent le sport

Des gens regardent les feux d'artifice et la vasque olympique.

Des feux d'artifice ont explosé après que Wayne Gretzky a allumé la vasque olympique lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de 2010 à Vancouver, le vendredi 12 février.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

BILLET – Quand on me demande de parler des Jeux olympiques de Vancouver, mes souvenirs restent flous. Ç'a été une surdose d’émotions et une privation de sommeil volontaire de deux semaines. J’avais terminé mon travail officiel après la victoire d’Alexandre Bilodeau en bosses, au jour 2.

Nous célébrons en ce moment le 10e anniversaire de ces Jeux. J’essaie d’analyser si tout ça en valait la peine. Quel a été l’héritage? Que ferait-on si c’était à recommencer? Pour répondre à ces questions, il faut parler de l’impact invisible des Jeux de Vancouver, autant et sinon plus que ce qui reste de briques et de mortier. Nous y reviendrons.

Commençons par ces marques physiques de l’héritage olympique. Si vous tentez de trouver une seule cicatrice dans cette ville, vous serez déçu. Tous les signes qui nous rappellent le passage de l’Olympe ici sont d’une beauté divine.

En fait, tous sauf un, mais il ne s’agit pas d’un éléphant blanc au cœur de la ville : la vasque olympique, qui nous rappelle ce bris mécanique honteux lors des cérémonies d’ouverture. Heureusement, elle est bien camouflée par la beauté qui l’entoure, à moins de la chercher pour prendre un égoportrait.

Des travailleurs sur une nacelle autour d'une grande structure métallique.

La vasque olympique de Vancouver

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Pensons plutôt au Sky Train, qui a changé l’allure et la connexion des points névralgiques de la ville, en commençant par son aéroport, si bien fait et abordable qu’il faut être vraiment têtu pour s’y rendre en taxi ou en voiture.

L’autre grand legs de ces Jeux, c’est bien sûr l’amélioration de la route entre West Vancouver et Whistler, qui a coupé de près de moitié le temps de déplacement entre ces deux villes. Sans les Jeux, on n’aurait probablement pas approuvé les budgets pour son parachèvement.

Comme dans bien des villes olympiques, on pourrait s’attendre à voir des installations désuètes recouvertes de verdure ou de moisissure, mais pas à Vancouver. Il y a deux sites souvent qualifiés de « dépenses inutiles » du côté de Whistler : la piste de bobsleigh et le site de saut à ski.

La piste de bobsleigh se fond avec la nature entre les montagnes de Whistler et de Blackcomb. Visuellement, c’est la perfection. Quant à son utilisation, on ne peut pas dire qu’on fait la file pour faire de la compétition de luge, de skeleton ou de bobsleigh. Par contre, plus d’un million de dollars sont générés en revenus avec les nombreux touristes à la recherche de sensations fortes lors de leur passage à Whistler. Cette somme représente la moitié des coûts de maintenance de la piste, mais c’est quand même mieux que rien.

Deux lugeurs pendant une descente.

La compétition de luge des Jeux olympiques de Vancouver en 2010 a eu lieu à Whistler.

Photo : AFP/Getty Images / LEON NEAL

Le site de saut à ski se fond lui aussi dans le décor de la vallée de Callaghan. Les ingénieurs avaient bien utilisé la topographie de la montagne afin de minimiser la hauteur de la tour. Cependant, pour y être presque chaque semaine, il faut dire que malgré une maintenance rigoureuse, ce site est complètement désuet. Et c’est peine perdue. Est-ce un échec? Non, c’est plutôt un mal nécessaire dont l’impact négatif a été minimisé au maximum.

Un skieur qui saute à Whistler.

Le site de saut à ski à Whistler.

Photo : Reuters / AI Project

À ceux qui disent que des Jeux, c’est fait pour construire des stades inutiles qui ne serviront qu’à quelques centaines d’athlètes pour les décennies à venir, les Jeux de Vancouver vous prouvent le contraire. En fait, ces Jeux n’ont pratiquement rien laissé aux athlètes d’élite. La piste de bobsleigh est peut-être la seule exception. Pensons par exemple à l’anneau de glace, transformé en centre communautaire multiservice et utilisé au maximum de sa capacité par les gens de Richmond et des environs.

Nos athlètes, et même les médaillés des Jeux de Vancouver, doivent payer le même prix que vous et moi pour skier à Cypress Mountain ou à Whistler/Blackcomb. Je dois avouer que ça fait très bizarre de voir un athlète acheter un billet de 200 $ à la guérite, où on voit une photo de lui sur le podium olympique. Pas fort. Ça doit être la seule ville hôtesse qui ne reconnaît d’aucune façon la contribution de ses athlètes locaux, médaillés ou pas.

Ce qu’on ne voit pas

Parlons maintenant des impacts invisibles des Jeux de Vancouver, ceux qui n’ont pas seulement changé la ville, mais notre pays dans son ensemble. La fierté dans la rue Robson et celle ressentie d’un océan à l’autre lors des performances exceptionnelles de nos athlètes canadiens. Fermez vos yeux, choisissez votre moment favori des Jeux, rappelez-vous où vous étiez et à qui vous avez donné l’un des plus gros « high five » de votre vie. C’est pourtant juste du sport. Oui, juste du sport.

J’étais dans un pub de Vancouver pendant la performance de Patrick Chan et tout un chacun criait à s’époumoner lors de l’atterrissage de chacun de ses sauts. Désolé, mais les Olympiques, ce n’est pas juste du sport. Les politiciens nous disent la même chose durant les Jeux. Mais ensuite, ils vont se cacher pendant quatre ans et dire que c’est juste du sport et que nous avons d’autres priorités.

Oui, vous qui avez pleuré en regardant Joannie Rochette, vous qui avez sauté aussi haut qu’Alexandre Bilodeau, et vous qui savez EXACTEMENT où vous étiez lors du but de Sidney Crosby. S’il vous plaît, donnez au sport la valeur qu’il mérite. Ce que nous avons vécu en tant que nation durant les Jeux de Vancouver n’a pas de prix. Bien sûr, il faut faire attention et être prudent dans l’organisation de Jeux olympiques, mais regardez l’impact invisible de ces milliards sur notre société et notre patriotisme.

Le joueur de hockey Sidney Crosby en extase dans le coin de la patinoire.

Sidney Crosby célèbre son but en prolongation aux Olympiques en 2010.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Pour avoir participé ou assisté à huit Jeux olympiques, je peux affirmer sans aucun doute que les Jeux de Vancouver ont été les plus beaux depuis ceux de Lillehammer. Je les classe même devant ceux de Londres en 2012, excellents à bien des égards.

Ce qui a fait la grande différence à Vancouver, ce n’est pas les résultats produits par un comité organisateur exceptionnel, c’est nous, la population canadienne. Nous qui avons, vêtus de rouge, pris d’assaut les sites de compétition et les rues de la ville. Cette démonstration populaire était unique. Peut-être qu’on ne reverra jamais ça. Probablement la dernière dose d’amour ressentie jusqu’à Lausanne dans les bureaux du CIO.

Il est donc clair que si c’était à refaire, on recommencerait.

Il serait mal vu de penser réorganiser des Jeux à Vancouver dans 10 ou même 20 ans. Pourtant, le Sky Train et la route entre Whistler et Vancouver sont déjà là, prêts à accueillir le monde. Idem pour le site de saut à ski et la piste de bobsleigh, qui s’ennuient profondément. Il faudrait peut-être sortir deux ou trois armoires de l’anneau de glace pour le rendre fonctionnel, mais ce ne serait pas très coûteux.

C’est bien connu, le problème principal de Vancouver et de Whistler est qu’ils ont désespérément besoin de logements abordables. Quoi de mieux qu’un village olympique ou deux pour répondre à cette demande?

Lorsqu’on parlait d’une candidature de Calgary pour 2026 ou 2030, je me demandais pourquoi on ne pensait pas simplement à Vancouver pour 2030 ou 2034, pour profiter de tout ce qui existe déjà et qui attend une autre vague rouge.

Pour ça, il faudrait au moins que nos leaders politiques avouent que les Olympiques, ce n’est pas juste du sport.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Sports