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Ils ont brillé il y a 10 ans à Vancouver : Jasey-Jay Anderson le persévérant

Il embrasse sa médaille d'or.

Jasey-Jay Anderson

Photo : Getty Images / AFP/Getty/Adrian Dennis

Michel Chabot

Pour les 10 ans des Jeux olympiques de Vancouver, Radio-Canada Sports vous fait revivre les performances d’athlètes canadiens qui les ont animés. Le planchiste Jasey-Jay Anderson est passé par toute la gamme des émotions et a dompté une piste peu clémente pour s'offrir l'or en slalom géant en parallèle, une médaille qui porte la marque de la persévérance.

En 2010, à ses quatrièmes Jeux, Jasey-Jay Anderson est encore en quête de cette première médaille qui lui échappe depuis Nagano en 1998. À 34 ans, le quadruple champion du monde est déterminé à atteindre son plein potentiel et à reléguer ses contre-performances aux oubliettes.

« J’allais là pour accomplir un travail, dit-il. Ce n’est pas comme si je pouvais profiter de l’environnement et des autres disciplines. J’étais entièrement dévoué à ma tâche. »

N’empêche, il doit faire un effort supplémentaire pour garder sa concentration. L’atmosphère qui règne à Vancouver aurait pu avoir un effet néfaste sur sa préparation.

Je n’avais jamais vu des Olympiques où les Canadiens étaient si enthousiastes. Je l’ai apprécié énormément. Ma compétition était à la fin des Jeux. Et de voir toutes les médailles, les performances et même les défaites à la télévision, il a fallu que j’arrête à un moment donné parce que ça venait me chercher.

Jasey-Jay Anderson, médaillé d'or en slalom parallèle aux Jeux de Vancouver

« En tant qu’athlète, j’ai toujours voulu gérer mes émotions pour que les victoires ne soient pas trop célébrées et que les défaites ne soient pas trop tristes, ajoute-t-il. Il fallait que je reste dans la zone neutre un peu plus. Mais j’ai trouvé ça beau, combien les Canadiens soutenaient leurs athlètes. »

En ce 27 février pluvieux, la journée ne s’annonce pas glorieuse.

« C’était un peu pénible de courir dans des conditions comme ça, se souvient-il. Aussi, il y avait eu un manque de neige. Les entraînements étaient quelque part en Colombie-Britannique, ce n’était même pas à Cypress Mountain [le site de la compétition olympique, NDLR]. Quand je suis revenu à Vancouver, je ne me suis pas entraîné pendant quatre jours, si bien que ma première descente, c’était une course.

« Ça, je l’ai trouvée difficile. Habituellement, j’aime avoir plusieurs descentes avant les courses, juste pour trouver mon centre de gravité, sentir la planche et l’équipement en général. Ce n’était pas évident, mais c’était un bon défi. Et les plus beaux défis à surmonter, souvent, ce sont les plus valorisants. »

Il contourne une porte.

Jasey-Jay Anderson aux Olympiques de Vancouver en 2010

Photo : The Canadian Press / DARRYL DYCK

Des montagnes russes d'émotions

Les jours précédant la compétition apportent aussi leur lot d’émotions négatives.

« Il faut sacrifier beaucoup plus pour la victoire, lance-t-il. Je te dirais que j’ai même perdu un ami en chemin, qui était mon coach... juste parce que je l’ai poussé plus loin que ce que lui voulait. J’étais vu comme dérangeant plutôt que comme quelqu’un qui est persévérant. »

On le force alors à voir un psychologue sportif afin de le calmer. Et quand celui-ci lui demande pourquoi il était si obsessif et dérangeant, Anderson lui répond par une autre question.

« Je lui ai demandé s’il savait quel était le dicton olympique. Il m’a dit : "Non, je ne sais pas." Je lui ai dit : "C’est Citius, Altius, Fortius. En français, ça veut dire plus vite, plus haut, plus fort." Je lui ai expliqué que, pour moi, il faut toujours repousser les limites pour être sûr d’arriver prêt aux Olympiques. »

Fort de quatre podiums en quatre épreuves de la Coupe du monde, dont deux victoires, l’athlète de Mont-Tremblant arrive gonflé à bloc, déterminé à enfin monter sur un podium olympique.

C’était la meilleure année de ma carrière en snowboard alpin. Le psychologue me dit :’’Tu arrives comme l’un des favoris’’. Je lui réponds : "C’est beau, mais je veux arriver comme LE favori". Il a alors compris que je n’étais pas obsessif, mais plutôt persévérant.

Jasey-Jay Anderson

« Il m’a demandé ce qu’il pouvait faire pour m’aider. Je lui ai dit que j’aimerais qu’il fasse voir ma perspective aux entraîneurs ou qu’au moins ils se tassent de mon chemin pour que je puisse continuer à foncer. L’entraîneur principal s’est tassé et l’adjoint m’a plus aidé. »

Perfectionniste comme pas un, Jasey-Jay Anderson est obsédé par la qualité de sa planche et de l’équipement en général. Il va d’ailleurs lancer sa propre compagnie de planches dans les mois qui allaient suivre.

« J’ai toujours eu un style plus agressif, raconte-t-il. Quand j’avais les conditions propices, ça pouvait garantir des victoires. Mais, justement, l’équipement me limitait toujours. Alors Vancouver, c’est où j’ai pu régler bien des sujets à travers l’équipement. Ce n’était pas ma propre planche, mais la plaque était ma conception. J’arrivais avec une belle confiance, tandis qu’aux autres Olympiques, j’avais toujours un gros doute ou même une certitude que ça n’allait pas fonctionner.  »

Infatigable et acharné, il ne comptait pas ses heures à l’entraînement afin d’atteindre le but ultime qu’il s’était fixé.

« J’ai travaillé beaucoup plus fort que le monde qui m’entourait et que mes coéquipiers même, parce qu’ils étaient plus jeunes, confie le détenteur de six globes de cristal, récompensant le champion d’une saison en Coupe du monde. Ils ont toute leur carrière devant eux, tandis que pour moi, c’était une de mes dernières chances, les Olympiques à 34 ans… Aujourd’hui, je pourrais encore gagner aux Olympiques, mais je ne le savais pas à ce moment-là. Dans ma tête, c’était vraiment mes derniers Jeux. »

Les psychologues tentent de le convaincre d’éliminer toutes distractions à Vancouver et de dire à ses parents, présents à ses trois premiers Jeux, de ne pas venir. Mais sa mère ne veut rien entendre.

« Oublie ça mon gars, lui dit-elle. On t’a appuyé durant toute ta carrière, quand ça allait mal ou bien et ça va être la même chose pour Vancouver. »

« Je me suis senti tellement cheap de lui avoir demandé de rester à la maison, mentionne Anderson. Elle m’avait appris qu’on avait le choix de la façon dont on voit les choses. Un défi peut être perçu comme un sort ou une occasion. »

Il revient de loin

À ma dernière manche, le son ne fonctionnait pas à la porte de départ et c’est surtout sur ça que je me fiais pour faire un départ précis. Mais je me suis dit que c’était un autre défi à surmonter et je l’accueillais à bras ouverts. Et j’ai eu un des meilleurs départs de ma vie et une des meilleures descentes de ma vie.

Jasey-Jay Anderson

Il bat finalement l’Autrichien Benjamin Karl par 35 centièmes de seconde à l’issue de la deuxième manche de la finale, après avoir accusé un retard de 0,76 s après la première.

Il lève les bras au ciel.

Jasey-Jay Anderson

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Le Canada a décroché à Vancouver 14 médailles d’or, un sommet à ces Jeux et le plus haut total de son histoire. Il a fini 3e pour le nombre total de médailles avec 26.

Une décennie après l’exploit, celui qu’on surnomme le Phénix se souvient du soulagement éprouvé quand sa victoire a été acquise. Quant aux réjouissances qui ont suivi, elles sont plus vagues dans sa mémoire.

Il a eu droit à son titre olympique, mais pas à une véritable cérémonie de remise de médailles.

« Dans mon cas, ç’a été vite, ils n’ont pas vraiment eu le temps de faire un vrai podium formel à Vancouver, à cause du mauvais temps, dit-il. On l’a fait directement en bas de la piste, dans la brume. Je vois des photos et je dis : "Wow", mais je ne m’en souviens pas. Ce dont je me souviens par contre, c’est d’avoir mes petites filles dans mes bras, la sécurité les avait laissées passer. C’était un des plus beaux moments. »

Jasey-Jay Anderson a maintenant 44 ans et n’a toujours pas raccroché sa planche. Après Vancouver, il a également pris part aux Jeux de Sotchi et de Pyeongchang pour devenir le premier athlète canadien à participer six fois aux Olympiques d'hiver. Et une septième présence, à Pékin en 2022, n'est pas exclue.

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