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chronique

Les Raptors, Masai Ujiri et les vertus de la stabilité

Masai Ujiri

Le président des Raptors Masai Ujiri avec le trophée Larry-O'Brien remis aux champions de la NBA

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Olivier Paradis-Lemieux

BILLET - La date limite des échanges dans la NBA est passée jeudi sans que les Raptors bougent d’un iota. Dans une ligue en mouvance continuelle, voilà un an que Masai Ujiri et ses hommes n’ont pas complété un échange. Ce n'est pas pour autant qu'ils ont abandonné de défendre le premier titre de leur histoire.

L’euphorie d’un premier championnat ne s’était pas encore entièrement dissipée à Toronto quand Kawhi Leonard a annoncé sa décision de quitter les Raptors en juillet dernier. La suite était déjà réglée. Sans son meilleur joueur, une liquidation des vétérans en fin de contrat finirait bien par avoir lieu. Restait seulement à savoir quand.

Marc Gasol (35 ans), Kyle Lowry (33 ans) et Serge Ibaka (30 ans) sont tous dans la dernière année de leur entente avec les Raptors et l’on se demandait lequel des trois aurait le meilleur potentiel d’attirer un choix de premier ou de deuxième tour ou un espoir de premier plan.

Sans Leonard, une défense sérieuse du titre semblait hors de question.

Une partie des spéculations a été mise à mal avant même le premier match de la saison quand Kyle Lowry a signé une prolongation de contrat d’un an de 30,5 millions de dollars, repoussant d’autant un éventuel départ du meilleur joueur de l’histoire de l'équipe. L’incertitude autour de l’autonomie de Pascal Siakam a été réglée dans la foulée avec une prolongation de quatre ans et 130 millions de dollars.

Trois joueurs de basketball

Les centres Serge Ibaka et Marc Gasol, les deux piliers du jeu défensif des Raptors, gardent le centre étoile des 76ers de Philadelphie, Joël Embiid

Photo : Reuters

Restaient tout de même Gasol et Ibaka à céder dans l’espoir de ne pas les perdre pour rien dans quelques mois (comme Leonard et Danny Green, l'été dernier). À plus de 20 millions de dollars chacun, les garder à Toronto la saison prochaine est impossible, et plus qu'improbable même avec des réductions salariales importantes.

En septembre dernier, à l’ouverture du camp, le message qui émanait de l’organisation en réponse à toutes les spéculations autour d’une reconstruction partielle et rapide était calme et mesuré, à l’image d’Ujiri, le grand manitou des Raptors.

Toronto aborderait la saison avec l’intention de défendre son titre, sans se sentir obligé de procéder à une vente de feu parce que Leonard, aussi bon soit-il, avait décidé d’être le premier joueur par excellence de la finale de la NBA à entreprendre la saison suivante dans un autre uniforme.

Ce groupe avait mérité de montrer ce dont il était capable de faire et Ujiri avait confiance en la croissance interne de son équipe. Bague de championnat au doigt, il prêchait les vertus de la stabilité.

Après 51 matchs, malgré les nombreuses blessures qui ont miné leur saison - avec 168 matchs manqués collectivement jusqu’à maintenant, les Raptors sont la cinquième équipe pour les blessures cette saison - rien ne semble vouloir freiner leurs aspirations de réaliser au moins un splendide baroud d’honneur ce printemps.

Les voilà solidement 2es dans l’Est, 3es de la ligue, après 12 victoires consécutives (un record d’équipe), avec une fiche même supérieure, quoique très légèrement, au même moment l’an dernier : 37 victoires et 14 défaites (36-15 il y a un an), sans Leonard et Green.

Les Raptors sont tout simplement trop bons pour être vendeurs. Plus la date limite des échanges approchait cet hiver, plus il semblait probable qu’aucun des vétérans ne soit cédé. Et jeudi, ce doute est devenu une certitude.

Le président des Raptors Masai Ujiri et celui qui lui a succédé au rôle plus formel de directeur général, Bobby Webster, sont restés bien sagement assis sur leurs mains dans les derniers jours alors que s’approchait 15 heures, heure de l’Est, jeudi 6 février, fatidique fermeture des transactions dans la NBA.

Ils ont certes accepté tous les appels de leurs homologues, mais aucune des propositions sur la table ne permettait de donner de meilleures munitions à l’entraîneur Nick Nurse.

Impossible d’acquérir un joueur d’impact sans lâcher du lest financier, l’équipe ayant déjà dépassé le plafond salarial.

Obtenir Danilo Gallinari, par exemple, un convoité ailier fort du Thunder qui est finalement resté à Oklahoma City, ou encore Marcus Morris des Knicks de New York, qui a terminé la journée avec les Clippers de Los Angeles, aurait impliqué de laisser partir Gasol, Ibaka ou Lowry. Les Raptors auraient-ils été meilleurs par la suite? Rien n’est moins sûr.

D’ailleurs, un seul des concurrents directs de Toronto dans l’Est a bougé de manière substantielle (le Heat de Miami en faisant l’acquisition d’Andre Iguodala dans un échange à six joueurs). Les 76ers de Philadelphie ont réalisé un échange mineur alors que les puissants Bucks de Milwaukee et les Celtics de Boston sont restés stoïques, comme les Raptors.

S’ils maintiennent leur rythme actuel, les Bucks pourraient devenir la troisième équipe de l’histoire de la NBA à gagner 70 matchs ou plus (après les 73 des Warriors de 2015-2016 et les 72 des Bulls de 1995-1996). Ils seront largement les favoris pour atteindre la finale de la NBA, comme ils l’étaient déjà l’an dernier.

Deux joueurs de basketball

Pascal Siakam tente de se défaire de Giannis Antetokounmpo durant un match entre les Raptors et les Bucks.

Photo : Reuters / USA Today Sports

En s’appuyant lourdement sur Leonard lorsque les séries étaient devenues plus rugueuses et ardues, lorsque les points se faisaient difficiles à aller chercher possession après possession, et avec une défense sensationnelle (comme cette année), les Raptors avaient réussi à faire tomber les Bucks de leur piédestal.

Sauf que malgré l’expérience de la formation torontoise, et la progression de l’effectif, il sera nettement plus difficile cette fois de réussir l’exploit. Atteindre la finale d’association sera une victoire en soi.

Parce que cette version des Raptors connaît déjà des ratés contre les meilleures équipes de la NBA, celles qu’ils verront en séries.

En fait, l’excellente fiche torontoise peut être tranchée en deux, de telle façon à réduire un peu les attentes envers cette collection de très bons joueurs, à qui il manque une supervedette (Siakam n’ayant pas encore atteint, avec constance, ce statut).

Contre les équipes ayant une fiche perdante cette saison (en dessous de ,500), les Raptors ont une fiche de 29 victoires contre 2 défaites.

Contre les équipes gagnantes (au-dessus de 500), le portrait est bien moins reluisant : 8 victoires contre 12 défaites.

Au premier tour des éliminatoires, s’ils terminent au 2e rang derrière les Bucks, les Raptors devraient faire face à une équipe ayant une fiche perdante (7es, les Nets ont présentement une fiche de 23-27), mais par la suite, la défense du titre va réellement se corser.

Sauf qu’une des vertus de la stabilité, dans la NBA, c’est que tout peut arriver.

L’été de Giannis et de Masai

L’autre facteur qui a mené les Raptors à ne pas se commettre sur le marché des échanges depuis l'acquisition de Gasol il y a un an, presque jour pour jour, c’est que la haute direction de l’équipe fait tout en son pouvoir pour conserver sa flexibilité financière pour juillet 2021.

La vedette des Bucks, Giannis Antetokounmpo, joueur le plus utile de la NBA la saison dernière et qui devrait gagner à nouveau ce titre cette saison, deviendra alors le joueur autonome le plus convoité de la NBA en 10 ans et la première autonomie de LeBron James.

Demeurer proche des sommets de la ligue est l’une des clés de cette grande séduction, comme un éventuel jumelage avec le Camerounais Siakam, dans un un-deux continental inédit.

Cela voudra dire de laisser filer Gasol et Ibaka l’été prochain, à moins qu’un d’entre eux n’accepte un contrat d’un an (comme Lowry), et se croiser les doigts pour que la demande pour Fred VanVleet ne soit pas trop forte quand il touchera à l’autonomie pour la première fois le 1er juillet, sans quoi une séparation hâtive sera de mise.

Construire toute sa stratégie autour de l’acquisition d’un joueur qui sera désiré aux quatre coins de la ligue peut sembler utopique, mais le lien entre les Raptors et Antetokounmpo ne pourrait pas être plus explicite.

Masai Ujiri

Le président des Raptors, Masai Ujiri

Photo : La Presse canadienne

Ujiri est le premier haut dirigeant africain de la NBA, mais il est plus précisément Nigérian. Les deux parents Antetokounmpo sont aussi Nigérians, immigrés illégalement en Grèce où Giannis est né. Les deux ont parlé à de nombreuses reprises dans le passé de l’estime qu’ils ont l’un pour l’autre et de ce lien qui les unit, en dansant aux limites du maraudage, notamment lors de leurs activités communes pour Basketball sans frontière, qui oeuvre en Afrique au développement du sport.

Pour attirer le meilleur joueur au monde à Toronto et l’extraire d’une équipe actuellement dominante comme les Bucks, il faudra aussi qu’Ujiri soit à Toronto cet été-là, son contrat venant à échéance à la fin de la saison 2020-21, en même temps que celui de Giannis Antetokounmpo!

Le congédiement du président des Knicks de New York, Steve Mills, cette semaine, a lancé à nouveau une vague de rumeurs, spéculations et informations privilégiées sur l’intérêt du propriétaire James Dolan pour donner à Ujiri les rênes de son équipe.

Mais après un 36 heures pendant lesquels les médias torontois et nord-américains se sont affolés autour de cette idée, la panique est retombée, un peu, après que des sources près de Dolan eut fait savoir, notamment à ESPN, qu’il n’attendrait pas Ujiri aussi longtemps.

Reste que dans l’intervalle, de nombreuses langues se sont déliées et ont dressé le portrait d’un homme qui n’est pas entièrement satisfait de son traitement par la toute puissante MLSE qui chapeaute la destinée des Maple Leafs, des Raptors et du Toronto FC.

Peut-être le prend-on trop pour acquis, dit-on.

MLSE doit tout faire pour conserver les services de celui qui a su, depuis son arrivée en 2013, redorer le blason d’une franchise vivotante depuis trop longtemps. Ujiri n’est pas parfait et on omet facilement ses mauvais coups (de Bruno Caboclo à Lucas Nogueira en passant par Rudy Gay et sa tentative de se défaire de Lowry), mais il est l’homme qui a permis au We the North d’être plus qu’un slogan publicitaire.

Prétendre que les Raptors ne subiraient pas trop les contrecoups d’un départ précipité du dirigeant le plus en vue de la NBA, c’est mal saisir comment il a fait de cette équipe mal-aimée l’organisation la plus respectée de tout le circuit Silver.

Dans la NBA, tout peut arriver, mais il y a des vertus à la stabilité.

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