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chronique

Nacho Piatti, l’œuvre inachevée de l’Impact de Montréal

Il évite le tacle d'un adversaire.

Ignacio Piatti (au centre) et l'Impact se sont inclinés devant América en finale de la Ligue des champions de la CONCACAF en 2015.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Olivier Tremblay

BILLET - Nacho Piatti a quitté la MLS un peu comme il y est arrivé : au bout d’un long processus où les versions s’entrecoupaient et où, au bout du compte, une légère impression d’inachevé se dégage de l’équipe qui le voit partir.

C’était en 2014, il y a deux ou trois éternités de cela. Philippe Couillard était fraîchement élu premier ministre du Québec, Xavier Dolan présentait Mommy au Festival de Cannes et Krzysztof Krol était l’arrière gauche de l’Impact de Montréal.

Nacho Piatti a participé à son premier match avec le Bleu-blanc-noir le 16 août 2014, cinq mois après les premières rumeurs qui l’annonçaient sur son départ du club de San Lorenzo, en Argentine.

Viendra? Viendra pas? La question s’est posée maintes fois de mars à juillet, quand l’Impact a confirmé son embauche. Le hic, à l’époque, était que San Lorenzo était en pleine conquête de la Copa Libertadores, le trophée le plus prestigieux du foot sud-américain. Piatti, nous avait grosso modo annoncé l’Impact, arriverait après l’élimination du club argentin de ce tournoi.

Sauf que San Lorenzo n’a jamais été éliminé.

Il lève les bras pour célébrer un but.

Nacho Piatti a marqué trois buts pour San Lorenzo dans la Copa Libertadores de 2014.

Photo : Associated Press / Eduardo Di Baia

L’équipe préférée du pape François a suivi un parcours miraculeux jusqu’à la finale, qu’elle a gagnée 2-1 au bout des deux matchs contre le club paraguayen Nacional. Piatti a joué le premier, présenté le 6 août, quelques heures avant la fin de la période d’inscription des joueurs en MLS. Il a dû rater la deuxième rencontre de cette finale. Il n’a pas soulevé l’énorme trophée – on lui a par la suite remis une réplique, format de poche.

On voyait mal San Lorenzo et l’Impact en venir à une entente semblable qui aurait permis à Piatti d’au moins jouer une dernière Ligue des champions de la CONCACAF. Les règles empêchent les clubs argentins d'inscrire des joueurs à leur effectif après le 19 février – Piatti aurait donc dû rester à Montréal jusqu’à cet été s’il avait voulu amorcer la saison avec l’Impact.

C’est ce qui ajoute à cette sensation d’inachevé : cette Ligue des champions a bien failli devenir le deuxième triomphe continental de Piatti. On ne peut s’empêcher de songer à ce qui aurait pu se produire s’il était parvenu, à la 24e minute du match retour, à accroître l’avance de l’Impact à deux buts. Mais Piatti a raté un face à face avec le gardien, ce qui explique probablement pourquoi il avait quitté le stade olympique en trombe ce soir-là après la défaite contre América.

Inachevé n'égale pas raté

Piatti n’a soulevé qu’un trophée en cinq saisons et demie à Montréal. C’était la coupe des Voyageurs, l’automne dernier. Son billet pour retrouver la Ligue des champions. Sa chance (peu probable, mais tout de même) de gagner un trophée continental et, surtout, d’être là pour le cueillir. Mais il l’a probablement gagnée trop tard, au moment où il aurait été prêt à plier bagage (d’où tout l’agacement senti chaque fois qu’il aura été question de son futur en vue de 2020).

Dans le pire des cas, c’eût été une occasion d’au moins dire au revoir aux supporteurs de l’Impact, qui ont donné à Piatti l’affection que la MLS aurait dû lui accorder. « Inachevé », après tout, ne veut pas dire « raté ». Le Bleu-blanc-noir, avec Piatti dans son effectif, a connu ses meilleurs moments en MLS : à ses deux premières saisons complètes, en 2015 et 2016, l’équipe a atteint la demi-finale et la finale d’association.

L’Argentin a marqué but important après but important. Il a régalé le public du stade Saputo avec ses dribbles et ses feintes. Il a parfois gagné des matchs à lui seul. S’il avait joué à New York ou à Miami – comme il l’avait maladroitement suggéré avant son arrivée pour évoquer la suite de sa carrière –, les médias américains auraient fait de lui l’un des plus grands noms de toute la MLS.

Il donne la main aux partisans lors d'un événement.

Nacho Piatti est devenu un des visages de l'Impact de Montréal.

Photo : 2019 MARC ANDRE DONATO

Piatti n’était pas une idole quand il a signé à l’Impact. Mais au fil de ses prouesses sur le terrain, il en est devenu une. Il a eu l’intelligence de charmer les Montréalais et les Québécois en peaufinant le français qu’il avait commencé à apprendre en France, quand il n’avait que 21 ans.

Son parcours aurait pu être la munition dont a besoin l’Impact pour convaincre qui veut bien l’entendre que le club n’a pas à faire l’acquisition d’un autre Didier Drogba – grande vedette, gros prix. Que l’équipe peut créer ses propres vedettes. Mais un doute subsiste.

La finale d’association contre Toronto aurait dû être un tremplin qui propulserait l’Impact parmi l’élite de la MLS. Les Montréalais ont plutôt raté les éliminatoires trois saisons de suite. L’assistance au stade Saputo a diminué chaque année.

Ce n’est pas la faute de Piatti, qui a réussi sa meilleure saison statistique en MLS en 2018, avant que les blessures ne gâchent sa saison 2019. Mais les circonstances – et la gestion des « années Piatti » par l’Impact – font que son legs n’est pas ce qu’il aurait pu être.

Le spectre, si on peut l’appeler ainsi, de l’Argentine a toujours plané sur Piatti au stade Saputo, que ce soit de manière légitime (l’homme tient à retourner auprès de son grand-père mourant) ou suspecte (l’entourage veut entretenir les doutes sur son avenir).

Cette fois-ci, c’est vrai. Piatti aura laissé son empreinte sur l’Impact de Montréal. Il est probablement le plus grand joueur de l’histoire du club. Mais on ne peut s’empêcher de se demander… et si?… Et si?

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