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Chronique

La vraie course de Laurence Vincent Lapointe

Elle sourit en conférence de presse.

Laurence Vincent Lapointe sourit après l'annonce de la fin de sa suspension pour dopage.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

BILLET - Le 27 janvier, je me réveille – trois heures plus tard dans l’Ouest – et mon téléphone a l’air d’un arbre de Noël avec toutes ces alertes. C’est avec joie que je constate que Laurence Vincent Lapointe a été blanchie de dopage et pourra poursuivre son rêve olympique.

Quelques instants plus tard, je me suis mis à penser à l’impact physique et psychologique de ce cauchemar long de six mois. Est-ce qu’une athlète, aussi dominante soit-elle, peut se relever d’une aventure comme celle-là avant les Jeux?

Ceux qui me lisent régulièrement savent à quel point j’aime ramener le sport à nos vies de tous les jours.

Imaginez que vous étudiez en comptabilité et que vous êtes à un an de votre examen final commun (EFC) pour devenir un CPA. Soudainement, on vous accuse d’avoir triché, vous n’avez plus le droit d’assister à vos cours, même pas le droit de contacter vos professeurs, qui n’ont plus le droit de vous parler. Comme si ce n’était pas assez, plusieurs personnes vous disent que vous n’avez à peu près aucune chance de pouvoir vous présenter à l’examen et que vous devriez penser à faire autre chose de votre vie. Imaginez le choc lorsque vous savez que vous n’avez pas triché.

Cela ne représente qu’une infime fraction de ce que Laurence Vincent Lapointe a vécu depuis six mois, car un étudiant qui triche ne fait pas la première page de tous les journaux du pays. Elle s’est retrouvée partout dans les médias avec une étiquette de tricheuse, jusqu’à preuve du contraire. Une année olympique est déjà assez intense, surtout pour une athlète qui est favorite dans son sport…

L’impact psychologique a dû être énorme pour elle, à se promener sans cesse entre l’espoir et le désespoir, et à tenter par tous les moyens de prouver son innocence. Des nuits blanches, vous pensez? Je connais très peu d’athlètes qui dorment très bien à l’approche des Olympiques, alors imaginez Laurence depuis six mois.

Gros plan du visage d'une femme à l'air éprouvé.

Laurence Vincent-Lapointe l'air abattu en conférence de presse, en août, après l'annonce du test antidopage qu'elle a raté.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Dans sa tête, elle devait se dire que même si elle arrivait à prouver son innocence, les gens auront toujours des doutes, que cette étiquette allait lui coller à la peau pour toujours. Donc, même dans l’espoir, elle se demandait sûrement si cela en valait la peine.

Physiquement, ça a été aussi très difficile. Une athlète de ce niveau est constamment entourée d’experts qui évaluent et planifient chaque petit détail de la journée, de la semaine, du mois et de l’année. Rien n’est laissé au hasard, tout est calculé, même le repos. Soudainement, tel un tapis qu’on lui tire sous les pieds, Laurence perd son équipe d’experts et se retrouve sans aucun repère, au moment où elle est dans la meilleure forme de sa vie, à un an de l’objectif ultime des Olympiques de Tokyo. J’en ai pratiquement les larmes aux yeux seulement à y penser.

Je tiens à préciser que je ne blâme pas du tout ces gens et son équipe qui ont dû la laisser tomber. Nous vivons dans un monde de règlements. Ces personnes devaient suivre les règles et se distancer de Laurence. Dans notre système sportif, on ne laisse pas vraiment de place aux zones grises, au jugement. C’est malheureux, mais c'est comme ça.

Le Canada est un chef de file mondial en lutte antidopage et nous devons en être fiers. Laurence n’a jamais accusé son équipe de l’avoir laissée tomber, elle était consciente des règles et devait continuer à s’entraîner seule, vraiment seule, loin des regards et des jugements.

Détruite psychologiquement, elle a dû garder la forme pendant qu’elle menait la plus grande bataille de sa vie pour prouver son innocence.

Dans cette course à l’innocence, il faut applaudir sa fédération sportive et l’équipe d’experts légaux extraordinaires qui a été mise en place. Ils n’ont jamais baissé les bras. Tous ceux qui pouvaient aider à trouver des pistes de solutions ont collaboré avec rigueur et détermination. Elle ne pouvait pas être mieux entourée. 

Et parlant d’encadrement, les champions olympiques dans toute cette histoire, ce sont assurément les parents. Ils ont été la bouée de sauvetage et étaient prêts à tout pour soutenir leur fille dans cette quête de la vérité et de l’intégrité.  

Madame Vincent et Monsieur Lapointe, je n’ai jamais eu la chance de vous rencontrer, mais je tiens à vous dire que votre soutien inconditionnel envers votre fille est ce qui lui a permis de toujours garder une lueur espoir, même dans les moments les plus sombres. J’espère de tout cœur vous croiser à Tokyo et vous donner la médaille d’or de la résilience parentale.

Ils se serrent l'un l'autre.

Guy Lapointe et Nathalie Vincent, les parents de Laurence Vincent Lapointe

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Maintenant que Laurence a une tonne de moins sur les épaules, est-ce réaliste de penser qu’elle peut se relever de cette histoire pour « passer son examen final »? Elle n’est pas encore assurée de se rendre à l’examen. Elle doit maintenant prouver qu’elle est encore la meilleure de sa classe. Une classe pas comme les autres. C’est la meilleure cohorte du monde, avec les meilleurs professeurs, dans une période critique de préparation.

Vous avez vu ses yeux le lundi 27 janvier à 9 h 35? La réponse s’y trouve. ;-)

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