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L'étrange cas de Brendan Gallagher

L’attaquant a subi une commotion cérébrale le 31 décembre et se dit encore sensible à la lumière. C'est un mauvais signe selon un spécialiste.

Brendan Gallagher

Brendan Gallagher

Photo : Getty Images / Kevin Hoffman

Alexandre Gascon

Sa visière teintée lui protégeant les yeux, Brendan Gallagher s’est entraîné à plein régime avec ses coéquipiers mardi. Il est tout près d’un retour au jeu, croit-il. Il y a lieu de se demander si cette fois sera la bonne.

Permettez-nous de hausser un sourcil lorsqu’il est question de commotions cérébrales dans la LNH. On parle d’un circuit qui nie encore le lien de causalité entre bagarres, coups de poing sur le museau et commotions et dégénérescence précoce.

Le Canadien lui-même, comme bien d’autres équipes d’ailleurs, n’a pas un dossier sans tache.

En septembre, Ryan Poehling était demeuré dans la mêlée lors d’un match préparatoire à Bathurst après que sa tête eut solidement percuté la baie vitrée. La recrue s’était pris le crâne à deux mains en grimaçant en rentrant au banc, signe de commotion, tel qu’établi par les observateurs de la ligue.

À l’époque de Michel Therrien, Nathan Beaulieu avait encaissé un violent coup de poing pendant une bagarre et avait perdu ses repères autant qu’il avait fléchi les genoux. Le CH l’avait gardé sur le banc et avait refusé de confirmer qu’il s’agissait d’une commotion par la suite.

Comme on le disait, le dossier n’est pas immaculé, mais force est d’admettre que le Tricolore a fait des efforts de transparence ces dernières années.

Rappelons les faits. Gallagher a subi une commotion le 31 décembre lorsqu’il est entré en contact avec Ben Chiarot. Il a suivi avec succès le protocole de la ligue et est revenu au jeu neuf jours plus tard contre les Oilers d’Edmonton.

Avant mon match tout allait bien, pas de symptômes. Tu joues un match, tu te réveilles au milieu de la nuit, tu as ces maux de tête et tu dois les traiter comme si c’était une commotion. Ils ont persisté quelques jours. Pendant la semaine de congé, je suis rentré à la maison et je me suis occupé de ça.

Brendan Gallagher, attaquant du Canadien de Montréal

« Il y avait quelques jours où les maux de tête étaient présents. Ils partaient, revenaient, et sont partis pour de bon au début de la semaine de congé », a-t-il ajouté.

Brendan Gallagher bataille pour la rondelle avec Jordan Staal.

Brendan Gallagher bataille pour la rondelle avec Jordan Staal.

Photo : Associated Press / Karl B DeBlaker

Retour prématuré?

Gallagher a écarté d’emblée l’idée qu’il s’agissait d’un retour trop hâtif et a vanté la qualité du travail du personnel médical.

Comment demander à des scientifiques, des soigneurs, des esprits cartésiens de prévoir l’avenir d’un mal si ésotérique, si différent d’une personne à l’autre, d’une fois à l’autre.

« Je me sentais bien pendant le match, c’est ça l’affaire. Je n’ai rien remarqué que j’aurais dû dire au personnel médical. Le lendemain matin, je savais que quelque chose n’allait pas. Je l’ai communiqué aux thérapeutes. Ils ont été très prudents avec moi et se sont assurés que ma santé passait en premier », a insisté le numéro 11.

Sauf que Gallagher portait une visière teintée pour contrer sa sensibilité à la lumière lors de ce match. Il la porte encore aujourd’hui et la gardera probablement pour « un bon moment ».

Le jeune homme de 27 ans assure qu’il ne souffre plus d’aucun symptôme, mais qu’est-ce qu’une sensibilité à la luminosité sinon un symptôme, on vous le demande.

On l’a aussi demandé à Dave Ellemberg, neuropsychologue à l’Université de Montréal (UdeM) et spécialiste des commotions cérébrales.

Il n’a évidemment pas pu examiner lui-même l’athlète, mais s’inquiète néanmoins du cas Gallagher lorsqu’on lui rapporte la chronologie des événements.

Ça indique qu’il y a une fragilité. Et si ça devient la nouvelle norme de la personne, qu’elle vit avec ces symptômes qui perdurent, ne partent plus, le cerveau a vécu quelque chose qui l’a rendu plus fragile. Retourner dans une activité où le risque est élevé d’avoir d’autres coups, ça pourrait être grave pour un athlète.

Dave Ellemberg, neuropsychologue à l'UdeM

Selon Gallagher, il s’agit de sa troisième commotion : la première subie avec les Giants de Vancouver dans le junior (WHL) et la seconde à son année recrue avec le CH. Il avait manqué trois matchs avant de revenir au jeu.

Le petit attaquant avait expérimenté les mêmes désagréments et sa sensibilité accrue à la lumière n’était disparue qu’une fois l’été venu, quelque cinq ou six mois plus tard.

Il dit vivre avec ça aujourd’hui et même en tenir compte lorsqu’il passe son test cognitif de référence au début de chaque saison visant à établir le baromètre de ses capacités intellectuelles. Ce même test qui permet aux thérapeutes d’évaluer si un athlète a perdu ses repères après un coup à la tête.

Brendan Gallagher (à droite)

Brendan Gallagher (à droite)

Photo : USA Today

« Ça devient la nouvelle norme. Il faut que tu comprennes ça au début de l’année quand tu remplis ton formulaire à propos des symptômes. Certains d’entre eux, tu les as déjà. Par défaut maintenant, je suis un peu sensible à la lumière », a-t-il admis.

« Bien que l’on aime dire que c’est le nouveau moi, la façon dont je vis aujourd’hui, ça n’explique pas la situation, a répliqué le Dr Ellemberg. Ça indique une fragilité et qu’un autre impact pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves. Et, qu’à long terme, d’autres conséquences pourraient nous attendre. »

Le discours enjoint à la prudence. Gallagher lui-même dit ne vouloir prendre aucun risque et ne pas avoir hésité un instant à révéler sa rechute au Canadien après le match contre Edmonton.

À une époque pas si lointaine, on aurait conseillé aux joueurs de s’enfiler un ou deux cachets, un grand verre d’eau et de repartir au boulot. Et ce, si le joueur admettait son… inconfort.

Oui, la ligue et ses joueurs ont évolué. Mais la zone d’ombre demeure.

« Ce sont des séquelles qui sont probablement rendues permanentes […] Quelles seraient les conséquences d’une quatrième, d’une cinquième commotion », s’est demandé le professeur.

Personne ne tient réellement à le découvrir.

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