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Dopage : Laurence Vincent Lapointe blanchie et soulagée

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Elle sourit en conférence de presse

Laurence Vincent Lapointe sourit

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

La décision est tombée : la canoéiste Laurence Vincent Lapointe est blanchie dans l’affaire de dopage qui l’éclabousse depuis l’été dernier. C’est un immense soulagement pour l’athlète de 27 ans, qui se tourne déjà vers ses objectifs olympiques.

La Fédération internationale de canoë (ICF) juge que l’athlète ne mérite pas de sanction et lève automatiquement la suspension provisoire qui lui avait été imposée le 13 août 2019, après un test positif au ligandrol.

« Je suis tellement soulagée, a reconnu Vincent Lapointe en point de presse, à Trois-Rivières. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point je suis soulagée, à quel point ça fait du bien de mettre fin à ce périple et de me concentrer sur ce que j’aime, retourner sur l’eau et me préparer en vue des Jeux. »

Son avocat, Me Adam Klevinas, qui l’a accompagnée tout au long du processus, a salué une décision « juste dans les circonstances ». Il a rappelé que l’athlète et son équipe ont multiplié les tests – qui ont coûté « extrêmement cher », a soutenu le juriste – pour trouver l’origine de l’infime quantité de ligandrol relevée dans son échantillon d’urine.

Dans sa défense auprès de l'ICF en décembre, la multiple championne du monde a plaidé avoir été contaminée par son conjoint de l’époque. Elle était passible d'une suspension de quatre ans.

La Fédération internationale s'est rendue à ses arguments et la blanchit en vertu de l'article 10.4 du Code mondial antidopage : « Lorsque le sportif ou l’autre personne établit dans un cas particulier l’absence de faute ou de négligence de sa part, la période de suspension normalement applicable sera éliminée ».

« Dans les semaines avant l’audience, on a trouvé l’origine, a indiqué Me Klevinas. C’est assez incroyable. J’ai parlé à plusieurs experts scientifiques de partout dans le monde. Ils me disaient que, vu la concentration dans l’échantillon d’urine de Laurence, c’était possible qu’on ne trouve jamais l’origine, que ça vienne d’une source que même les experts ne pouvaient imaginer ou trouver. »

Laurence, c’est un cas de malchance. Elle a toujours été une athlète propre.

Me Adam Klevinas, son avocat

Pas un cas unique

Concernant la contamination par l'entremise de fluides corporels d’un tiers, Adam Klevinas a cité des exemples connus qui ont fait école et établi la jurisprudence qui a conduit à une décision favorable pour sa cliente. Il s'agit de ceux du joueur de tennis français Richard Gasquet, du sprinteur américain Gil Roberts et du spécialiste canadien du saut à la perche Shawn Barber. Ce dernier « avait embrassé une femme qui avait pris de la cocaïne, dans une chambre d’hôtel, juste avant les Jeux de Rio », a-t-il mentionné.

Ironiquement, Adam Klevinas représentait l’Agence mondiale antidopage dans le dossier de Gil Roberts.

Le dossier de Laurence Vincent Lapointe était plus complet que celui de ces athlètes, eux aussi blanchis, a indiqué Me Klevinas. Le fait que l’ex-conjoint de la canoéiste ait témoigné par vidéoconférence pour répondre aux questions de la Fédération internationale a sûrement aussi contribué à la décision, selon lui.

« Si on n'avait pas eu le témoignage de son ex-conjoint, il y aurait eu une faille dans notre défense, admet l’avocat. Mais notre avis scientifique était plus fort. Dans le cas de Gasquet, le témoin n’avait pas voulu collaborer. La défense de Roberts, elle, s’appuyait sur une seule pilule de sa conjointe trouvée dans un sac de plastique et les analyses étaient moins précises. »

Laurence Vincent Lapointe a pris connaissance de la version courte de la décision de l’ICF vendredi dernier. Elle a désormais le feu vert pour s’entraîner avec l’équipe nationale, pour retourner à la compétition et pour se concentrer sur l’obtention de sa qualification en prévision des Jeux de Tokyo, où le canoë féminin fera son entrée au programme olympique.

La Trifluvienne ira retrouver ses coéquipiers en Floride dès mardi.

« Je ne peux pas attendre plus longtemps, a-t-elle souligné. J’ai hâte d’y retourner. »

Un homme en complet

Adam Klevinas, avocat de Laurence Vincent Lapointe

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Pas de matière évidente à appel », selon le CCES

Tout n’est peut-être pas terminé pour autant. Me Klevinas a expliqué que l’Agence mondiale antidopage et le Centre canadien pour l’éthique dans le sport (CCES) ont des droits d’appel qui pourraient prolonger le processus pendant des semaines, voire des mois, après la réception de la version longue de la décision de l’ICF. Cela pourrait déjà prendre deux semaines.

En entrevue à Radio-Canada Sports, le président et chef de la direction du CCES, Paul Melia, a expliqué que son organisme attendait la version longue de la décision de la Fédération internationale avant de décider de porter la cause en appel ou non.

Pour l’instant, les chances sont faibles.

« De ce qu’on peut lire dans la décision rendue, il n’y a pas de matière évidente à appel, dit-il. Il serait aussi surprenant que la version complète du jugement diffère beaucoup de la première, donc il serait étonnant qu’on fasse appel de la décision. »

Me Klevinas juge cependant que la preuve de l’athlète est solide. Vincent Lapointe ne laisse d’ailleurs pas ce scénario imprévisible entacher son retour avec l’équipe nationale, car elle reconnaît avoir traversé des périodes creuses pendant ses mois d’entraînement en solitaire.

« Au cours du processus, chaque bonne nouvelle était suivie par une nouvelle un petit peu moins bonne, s’est-elle souvenue. Mais c’est un tel soulagement d’avoir le droit de m’entraîner que je me dis que je vais foncer, me croiser les doigts et tout donner à l’entraînement. Je ne vois pas de raison de me retenir au cas où il y aurait un appel. Je ne suis pas rendue là. »

Elle sourit à la caméra.

Laurence Vincent Lapointe

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Satisfaction d'équipe

Joint par Radio-Canada Sports, le chef de la direction de Canoë Kayak Canada, Casey Wade, s'est réjoui du retour de Laurence Vincent Lapointe dans l'équipe.

« Je n'ai jamais douté de son intégrité, même si je savais par expérience qu'il ne serait pas facile de faire la lumière sur les circonstances de ce qui portait clairement la signature d'une contamination », a-t-il indiqué.

Au sujet de l'implication de la Fédération canadienne pour rétablir la réputation de sa championne, Casey Wade a indiqué qu'aucun effort n'avait été mis de côté. Il a précisé qu'il était bien au fait des procédures, s'étant lui-même impliqué dans la lutte antidopage à l'échelle mondiale durant plus de 25 ans.

De son côté, Katie Vincent, avec qui Laurence Vincent Lapointe fait équipe en C-2, est heureuse de retrouver sa coéquipière. Cette mésaventure lui servira de leçon.

« Je n'étais pas au fait des possibilités de contamination par les fluides corporels. C'est sûr que ça rendra tout le monde encore plus vigilant et que ça ajoutera à la paranoïa qui prévaut déjà. Je trouve dommage que le sport de haut niveau en soit arrivé là. Mais telle est notre réalité  », a-t-elle conclu.

Chronologie des événements

29 juillet 2019

Test inopiné (sang et urine) demandé par la Fédération internationale de canoë (ICF) et effectué en matinée à Montréal.

12 août 2019

L’Institut national de la recherche scientifique (INRS) à Laval révèle que le test affiche du ligandrol.

13 août 2019

Canoë Kayak Canada et Laurence Vincent Lapointe sont avisés du contrôle positif.

L’ICF ordonne une suspension provisoire.

14 août 2019

L’ICF informe Vincent Lapointe du taux de ligandrol trouvé, 0,004 ng/ml.

15 août 2019

Ouverture de l’échantillon B au laboratoire de l’INRS.

16 août 2019

Confirmation de la contamination au ligandrol de l’échantillon B.

20 août 2019

Conférence de presse de Laurence Vincent Lapointe et de son avocat Adam Klevinas à Montréal et Trois-Rivières (polygraphe suggéré).

23 août 2019

L’ICF fournit à Laurence Vincent Lapointe la documentation du laboratoire.

Vincent Lapointe fait tester cinq suppléments dans un laboratoire agréé par l’Agence mondiale antidopage (AMA), dont un appartenant à son conjoint.

10 septembre 2019

Le laboratoire accrédité par l’AMA confirme qu’aucun des suppléments testés ne contenait du ligandrol.

27 septembre 2019

L’analyse d’un échantillon de cheveux de Vincent Lapointe dans un laboratoire français est négative. 

2 octobre 2019

Vincent Lapointe subit un test polygraphique, qu’elle réussit.

En octobre 2019

Vincent Lapointe fait aussi tester 14 autres produits, consommés quelques jours avant son test inopiné, dans le même laboratoire agréé par l’AMA.

Le laboratoire de l’AMA n’a trouvé aucune trace de ligandrol dans les 14 produits.

Vincent Lapointe demande aussi que des échantillons des cheveux de son copain soient testés.

12 novembre 2019

L’analyse de l’échantillon des cheveux de son copain révèle la présence de ligandrol entre avril 2019 et octobre 2019.

À la suite de ce résultat, Vincent Lapointe demande qu’un autre produit utilisé par son copain soit analysé.

27 novembre 2019

Le laboratoire de l’AMA rapporte que le supplément consommé par son copain contient une quantité importante de ligandrol.

29 novembre 2019

Un expert informe Vincent Lapointe que la quantité de ligandrol retrouvée dans son système peut provenir d’une transmission de fluides corporels entre elle et son copain.

9 décembre 2019

Audience de Vincent Lapointe à Lausanne devant le tribunal arbitral de première instance de l’ICF.

8 janvier 2020

La Fédération internationale de canoë avise Laurence Vincent Lapointe qu’elle ne pourra rendre sa décision dans les 30 jours prévus selon le règlement antidopage de l’ICF et demande un délai supplémentaire.

27 janvier 2020

L'ICF accueille favorablement le dossier de Laurence Vincent Lapointe et lève sa suspension.

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