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Elle revit grâce au jiu-jitsu

Au sol, elle agrippe un adversaire.

Mirella Atallah (en bleu) lors d'une séance d'entraînement au Liban

Photo : Courtoisie Mirella Atallah - Instagram

Jean-François Chabot

Mirella Atallah n’était pas bien dans sa peau. Souffrant de multiples ennuis de santé liés à son surpoids, c’est en s’adonnant au jiu-jitsu qu’elle a retrouvé la santé et le goût de vivre.

Cette Libanaise d’origine âgée de 41 ans dit avoir touché le fond du baril en 2012. Elle pesait alors plus de 90 kg (200 lb). Elle souffrait de tachycardie, d’un dysfonctionnement de la glande thyroïde et d’un diabète de type 2.

Elle était aussi prisonnière d’une relation toxique qui lui empoisonnait la vie.

Pour s’en sortir, elle s’est d’abord inscrite dans un gymnase montréalais en espérant y retrouver la forme. Elle avait trouvé l’expérience plutôt intimidante pour la débutante qu’elle était face à des adeptes visiblement déjà en bonne condition physique.

Pour rendre la chose encore plus désagréable, un instructeur du gymnase lui avait alors dit qu’elle ne savait rien faire et qu’il lui manquait la flexibilité pour y parvenir.

Déterminée, Mirella Atallah s’est retroussé les manches. Elle s’est débarrassée de tous ses médicaments avant d’amorcer la pratique du kickboxing. Durant près de trois ans et demi, elle s'est adonnée aussi au muay-thaï et à la boxe.

« Mais j’ai toujours voulu en savoir plus à propos du jiu-jitsu. Mais j’étais trop soucieuse de mon apparence corporelle et je me croyais trop grosse pour essayer ça », confie-t-elle.

J’ai été impressionnée en découvrant comment il était possible pour une petite personne de venir à bout d’un individu plus costaud. J’ai choisi ce sport et j’ai abandonné tout le reste.

Mirella Atallah

Elle a alors renoncé à l’enseignement du yoga, au kickboxing et à tous ses autres loisirs pour se concentrer sur le jiu-jitsu brésilien. Encore aujourd’hui, elle préfère s’entraîner au lieu de sortir avec ses amis.

« Auparavant, mes soirées se résumaient à rentrer à la maison, préparer de la bouffe et regarder la télé. Je ne me possède même plus de téléviseur aujourd’hui », dit-elle dans un soupir de soulagement.

Mirella Atallah ajoute que grâce au jiu-jitsu, elle a fait le plein de confiance et d’énergie qui lui faisait si cruellement défaut.

« Ma mission aujourd’hui serait d’amener toutes les femmes à la pratique du jiu-jitsu. Les enfants devraient s’y adonner aussi », dit-elle.

Elle a un message pour tous ceux et celles qui souhaitent réduire son sport à une simple confrontation belliqueuse entre deux personnes qui cherchent la bagarre.

Il y a du respect au jiu-jitsu. Vous serrez la main de votre adversaire avant et après chaque combat. Puis, il faut savoir que la technique l’emporte toujours sur l’agressivité.

Mirella Atallah

« Comme dans tous les sports de combat, il y a des risques de blessures, mais dès l’instant où vous donnez une petite tape au sol ou dans le dos de l’autre, le combat s’arrête », insiste-t-elle.

Il faut savoir que le jiu-jitsu est souvent utilisé dans les prises de soumission dans les combats d’arts martiaux mixtes comme ceux organisés par l’Ultimate Fighting Championship (UFC).

Quatre combattants côte à côte

Mirella Atallah (en bleu) flanquée à sa droite de son entraîneur et mentor Daniel Hilal

Photo : Courtoisie Mirella Atallah - Instagram

Son premier combat

Comme elle est de nature timide et réservée, son passage à la compétition s’est fait de façon graduelle.

« Je ne m’étais jamais imaginée en compétition. J’avais trop peur. Mais avec cette confiance grandissante, j’ai tenté le coup dans un petit tournoi local. Ça se passait en 2015. J’ai perdu, mais j’ai eu la piqûre. Je voulais y retourner et gagner », se souvient-elle.

Au bout d’un an, elle est rentrée au Liban pour s’entraîner là-bas aux côtés de Daniel Hilal, auprès de qui elle a beaucoup appris, jusqu’à y obtenir sa ceinture mauve en décembre 2018, un objectif qu’elle a longtemps cru inatteignable. Cet art martial originaire du Japon comporte cinq grades, soit les ceintures blanche, bleue, mauve, brune et noire.

En compétition, on affronte des adversaires de même grade, de même poids et au sein d’un même groupe d’âge.

Et maintenant l’international!

À compter de lundi, Mirella Atallah participera aux Championnats européens qui se dérouleront jusqu’au 26 janvier en banlieue de Lisbonne, au Portugal.

Elle n’a pas eu à s’y qualifier puisqu’il s’agit d’une compétition de type « open », où il suffit de payer les frais d’inscription pour participer.

J’y vais avec l’ambition de devenir championne d’Europe. Parce que je me suis fait dire tellement souvent que j’étais trop grosse, je veux prouver que peu importe votre âge, votre sexe, c’est possible de réussir.

Mirella Atallah

Comme c’est le cas pour un grand nombre d’athlètes amateurs, le financement demeure au cœur de ses préoccupations. Les voyages et les frais liés à la pratique de son sport font vite grimper la facture.

Depuis 2013, l’article 83 (*) du Code criminel du Québec interdit la présentation de combats de jiu-jitsu. Mirella Atallah est donc contrainte de se déplacer souvent afin de livrer des combats officiels.

De plus, le jiu-jitsu ne figure pas sur la liste des disciplines olympiques. Ainsi, l’argent du gouvernement ou de regroupements comme À nous le podium lui est inaccessible.

En ce moment, Mirella Atallah bénéficie du soutien privé d’un ami et grand maître du jiu-jitsu basé à San Diego, en Californie, le professeur Said Khatib. Ce dernier enseigne au club appartenant aux frères Rafael et Guillerme Mendes, deux des plus grandes vedettes mondiales de la spécialité.

Celle qui gagne sa vie comme conceptrice responsable des médias sociaux pour le compte d’Insight Canada, une firme spécialisée dans le matériel informatique, travaille sur deux projets liés au jiu-jitsu, l’un à Montréal, l’autre au Liban.

Elle ne peut en dire plus pour le moment, puisqu’elle est toujours en quête d’autorisations officielles.

(*) Article 83 du Code criminel

Les « combats concertés » sont illégaux, sauf pour les sports reconnus par le CIO et pour « le match de boxe ou d’arts martiaux mixtes tenu dans une province avec la permission ou sous l’autorité d’une commission athlétique ou d’un organisme semblable établi par la législature de la province ».

(Avec les informations d'Olivier Tremblay)

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