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Le cannabidiol de plus en plus populaire auprès des athlètes

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De l'huile de CBD dans une seringue

Le CBD aurait des propriétés anti-inflammatoires et anxiolytiques.

Photo : The Associated Press / David Zalubowski

Michel Chabot

Dans le monde du sport, de plus en plus d'athlètes se tournent vers des méthodes naturelles pour soigner leurs maux et délaissent les opioïdes, qui peuvent provoquer une forte dépendance. Et le cannabidiol, ou CBD, a la cote.

Le CBD est l'une des molécules contenues dans le cannabis, tout comme le THC. Mais contrairement à celui-ci, il ne procure aucun effet euphorisant. On lui prête plutôt des propriétés anti-inflammatoires. Ses prétendues vertus curatives lui valent une effervescente popularité dans l'univers sportif.

Selon Nicolas Boulay, ancien joueur des Alouettes de Montréal, le cannabidiol a amélioré son bien-être.

Cette année, j'ai joué avec un ménisque déchiré une grande partie de la saison. Donc réduction de la douleur, réduction de l'inflammation aussi dans les articulations. À force de courir, sauter et plaquer, c'est quand même un sport intense, ça m'aidait vraiment à dealer avec tout ça.

Nicolas Boulay, joueur de football professionnel

Absorbé en gélules, sous forme d'huile, de crème topique ou par vapotage, le CBD combattrait aussi l'anxiété et favoriserait un meilleur sommeil.

Il est dans une salle d'entraînement.

Nicolas Boulay

Photo : Radio-Canada / Jean-François Vachon

« Je suis un gars à qui ça prend un gros 45 minutes, une heure, m'endormir le soir, relaxer, explique Nicolas Boulay, qui a passé la saison 2019 avec le Rouge et Noir d'Ottawa. On dirait tout le temps que j'ai plein d'idées qui me passent par la tête. Je suis énervé et ça peut me prendre du temps à m'endormir. En 20 minutes maintenant, je suis capable de me calmer, me reposer et dormir. J'en prends une fois par jour peut-être, sous forme de pilules, pour l'instant. »

Depuis octobre, la Fédération de triathlon des États-Unis est commanditée par un producteur de CBD. Elle est ainsi devenue le premier organe d'un sport olympique à s'afficher ainsi.

L'Agence mondiale antidopage (AMA) a retiré le cannabidiol de la liste des produits interdits en janvier 2018, mais certains athlètes qui en ont consommé ont tout de même échoué à des tests en raison d'une concentration de THC supérieure à 150 nanogrammes par millilitre d’urine. Parce que le CBD n'est jamais entièrement pur, disent les scientifiques.

À l’instar de l’AMA, le baseball majeur a décidé de retirer le cannabis de sa liste de substances prohibées en décembre dernier. Dans la Ligue nationale de hockey (LNH), on teste les joueurs pour détecter du cannabis, mais on ne leur impose aucune sanction. Dans les cas extrêmes, un joueur dont le taux de THC dans le sang est trop élevé sera encouragé à se soumettre au programme de contrôle d’abus de substances.

Mike Cammalleri, ancien attaquant du Canadien de Montréal, admet avoir consommé du CBD à sa dernière saison dans la LNH il y a deux ans.

« Je jouais à Edmonton et j’ai commencé à utiliser du CBD, raconte l'Ontarien de 37 ans. J'avais une douleur au haut du dos qui me dérangeait vraiment et certains jeunes joueurs m'ont suggéré d'en essayer. Je n'avais jamais consommé de cannabis jusque-là. J'ai commencé à prendre du CBD et j'ai aimé les résultats. »

L'usage en est très répandu, c'est courant. En fait, les athlètes considèrent que c'est une bonne chose. C'est une option santé qui est populaire dans les vestiaires.

Mike Cammalleri, ancien joueur de hockey professionnel

La Ligue canadienne de football (LCF) ne fait pas test de dépistage du cannabis. Les joueurs ne craignent donc pas d'être suspendus.

« Les joueurs n'ont jamais eu peur de s'afficher et de dire : "Oui, j'en prends du CBD, parce que nous on n'est pas testés pour et on n'a jamais été testés pour de toute façon", dit Boulay. Il y a plusieurs autres athlètes qui pensent comme moi. Chaque joueur à qui j'en parle me dit : ''Hey, est-ce que je peux en avoir moi aussi?'' Ils sont vraiment intéressés à en prendre. »

Cammalleri, l’homme d’affaires

Mike Cammalleri a fondé BioSteel en 2008. En octobre dernier, l'entreprise qui produit des boissons et des suppléments énergétiques a été acquise à 72 % par Canopy. Cette compagnie canadienne qui oeuvre dans l'industrie du cannabis veut lancer une boisson à base de CBD sous la bannière de BioSteel. Ce sera possible de le faire aux États-Unis et en Ontario cette année, mais pas encore au Québec, en raison des lois plus restrictives.

Il est en habit-cravate dans un gymnase.

Mike Cammalleri

Photo : Radio-Canada / Jacques Poitras

L’entreprise qui a pignon sur rue à Toronto vend ses produits à des dizaines d’équipes de sport professionnel en Amérique du Nord. Et elle a déjà trouvé son porte-parole pour la Ligue nationale de football (NFL), une fois qu’elle aura emboîté le pas au baseball majeur en déréglementant le cannabis. Ezekiel Elliott, des Cowboys de Dallas, s’est porté volontaire.

« Quand nous avons ratifié notre entente avec lui, Zeke (Elliott) a exigé de devenir le premier joueur actif à en faire la promotion quand la NFL permettra l’usage du CBD », explique Cammalleri.

Plusieurs joueurs de football américain à la retraite en vantent les mérites, dont Rob Gronkowski. Mais ceux dont la carrière est en cours se montrent encore discrets.

Rugby Strength

Le rugby a une longueur d'avance dans son approche du cannabidiol. Le Wolfpack de Toronto, qui joue dans la super ligue anglaise, lançait Rugby Strength il y a trois mois sur le marché britannique. Cette équipe devenait ainsi la première de sport professionnel à vendre sa propre crème à base de CBD. Le but est commercial, bien sûr, mais l'équipe veut surtout permettre aux joueurs d'utiliser un produit dénué de substances illicites comme le THC.

Trois contenants du produit sur une table.

Rugby Strength, la crème à base de CBD commercialisée par le Wolfpack de Toronto

Photo : Radio-Canada / Jacques Poitras

« Il y a un manque d'accès à des traitements naturels et alternatifs et parfois aussi un manque d'information pour qu'un athlète de haut niveau qui a beaucoup à perdre puisse se sentir en sécurité », dit Eva Allouche, directrice de marque de HowlBrands, la filiale du Wolfpack qui commercialise ce produit.

Éventuellement, une fois que l’engouement se sera atténué, quand le marché sera consolidé, le CBD deviendra un ingrédient naturel au même titre que le curcuma, l’extrait de thé vert ou la chlorelle.

Eva Allouche, directrice de marque pour HowlBrands

Des preuves scientifiques à l’appui

La psychiatre Gabriella Gobbi étudie les effets du cannabis depuis 15 ans. Elle vient d'ailleurs de publier les résultats concluants d'une étude de l'Université McGill faite sur des rongeurs.

On a vu que le cannabidiol avait un effet analgésique, qu'il diminuait la douleur, mais il faisait encore plus. Il diminuait aussi l'anxiété chez les animaux qui avaient une douleur chronique.

Dre Gabriella Gobbi, psychiatre et chercheuse, CUSM

Afin de démontrer l'efficacité du CBD chez les humains, il faudra qu'une étude soit faite avec une partie des patients qui prendra du cannabidiol et une autre partie, un placebo... parce que le cerveau peut fausser les résultats.

« Notre cerveau a une capacité très forte de se soigner, surtout pour la douleur, spécifie la Dre Gobbi. Si on prend un médicament et on est convaincu que la douleur va baisser, notre cerveau est capable de le faire baisser vraiment. »

Canopy finance une étude auprès d'une centaine d'anciens joueurs de la LNH afin d'analyser les effets du CBD en matière de commotions cérébrales.

Il faudra s’armer de patience pendant au moins trois ans avant de connaître les premiers résultats scientifiques des effets du CBD sur les humains.

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