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chronique

Désormais, tous les regards se tournent vers Geoff Molson

Il parle en conférence de presse.

Le propriétaire du Canadien Geoff Molson

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Martin Leclerc

BILLET - Les défaites s’empilent et le Canadien, qui occupe le 25e rang de la LNH, se dirige tout droit vers une quatrième exclusion des séries éliminatoires en cinq saisons. L’organisation la plus prestigieuse de l’histoire du hockey n’a franchi aucun tour éliminatoire durant cette période et s’apprête donc à boucler le pire quinquennat de sa très longue histoire.

Ce n’est pas le temps, comme quelques observateurs le suggèrent, de couper la tête de l’entraîneur. Et il n’est guère plus pertinent, comme on l’entend constamment dans les lignes ouvertes, de multiplier les scénarios d'échanges.

Le temps est venu de se tourner vers Geoff Molson.

L’automne dernier, en compilant les embauches et congédiements des entraîneurs des 29 autres organisations de la LNH (les Golden Knights de Vegas avaient été exclus de la recherche en raison de leur très récente création), j’avais découvert que dans toute l’histoire de la ligue, seulement 12 entraîneurs avaient survécu à trois exclusions consécutives des séries.

Fait à noter, la plupart des pilotes épargnés à la suite de telles périodes d’insuccès se trouvaient derrière le banc d’équipes d’expansion qui n’avaient aucune chance de gagner, comme Rick Bowness à Ottawa, Barry Trotz à Nashville ou Ron Wilson à Anaheim. Autre point à souligner : rater les séries trois fois de suite est à ce point inacceptable dans le monde du hockey que 16 organisations n’ont jamais toléré un entraîneur avec une telle feuille de route.


Ces observations nous renvoient directement au cas de Claude Julien, qui se trouve justement dans cette délicate situation. Sauf que l’entraîneur du CH n’a pas grand-chose à se reprocher.

  • En 2017-2018, l’équipe avait perdu Alex Radulov et le flanc gauche de sa défense au grand complet. En plus de devoir composer avec une ligne bleue hautement suspecte et une blessure à long terme à Shea Weber, le Tricolore a disputé la saison avec Jonathan Drouin au poste de deuxième centre. Le Canadien a récolté 71 points et raté les séries.
  • En 2018-2019, Alex Galchenyuk et Max Pacioretty ont été échangés et remplacés par Max Domi et Tomas Tatar. La moitié des joueurs de l’équipe ont connu la meilleure production offensive de leur carrière et l’équipe a miraculeusement été épargnée par les blessures. Même si le citron a été totalement pressé, et malgré une étonnante récolte de 96 points, le CH a tout de même raté les séries.
  • Durant l’été 2019, malgré le caractère anormal de la saison précédente, la direction a totalement misé sur la croissance interne de l’équipe et sur l’arrivée de plusieurs recrues. Sur le marché, la seule acquisition notable a été celle du défenseur Ben Chiarot. Cette saison, cette formation rajeunie, mais presque intacte, travaille avec la même ardeur soir après soir, mais ses résultats sont moins bons. Les blessures, elles, sont toutefois au rendez-vous et révèlent le manque de profondeur de l’organisation. Le Bleu-blanc-rouge se dirige vers une saison de 80 points.

Aucun autre entraîneur de la LNH n’aurait participé aux séries avec une formation pareille.

Il gesticule derrière le banc de son équipe.

Claude Julien est à la barre du Canadien depuis février 2017.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz


Ce constat nous amène donc à nous pencher sur la feuille de route de Marc Bergevin, illustrée par le graphique qui suit :

Lorsqu’il a pris les commandes de l'équipe en 2012, Bergevin a hérité d’un noyau de jeunes joueurs extrêmement intéressant. Max Pacioretty, P.K. Subban et Lars Eller étaient âgés de 23 ans et atteignaient leur apogée. David Desharnais et Carey Price avaient 25 ans. Et à 26 ans, Alexei Emelin avait encore beaucoup de kilométrage devant lui.

Un joueur au banc de son équipe

P.K. Subban

Photo : Getty Images / Christian Petersen

Par ailleurs, Brendan Gallagher (20 ans) s’apprêtait à faire ses débuts dans la LNH. Idem pour Alex Galchenyuk qui, à 18 ans, est passé à l’histoire comme le premier joueur sélectionné au repêchage durant le règne de Bergevin.

À compter de 2014-2015, la composition de la formation du CH pouvait entièrement être attribuée à Marc Bergevin. À partir de cette saison, les contrats de tous les joueurs de l’équipe avaient été acquis ou renégociés par le DG, sauf ceux de Tomas Plekanec et de Brendan Gallagher. Les deux joueurs ont toutefois vu leurs ententes être prolongées par la suite.

Brendan Gallagher

Brendan Gallagher

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Depuis que le CH porte entièrement l’empreinte de Marc Bergevin, il se dirige donc vers un bilan de quatre exclusions des séries en six ans. Et durant ces six années, chaque saison satisfaisante a été suivie par une spectaculaire chute au classement.


Je l’ai écrit encore en mai dernier : j’aurais aimé voir ce que Bergevin aurait pu accomplir au cours de ces huit saisons s’il avait été aux commandes d’une organisation pleinement fonctionnelle.

Qu’on l’apprécie ou non (les partisans sont clairement partagés sur cette question), Marc Bergevin est un DG qui n’a pas froid aux yeux et dont le taux de succès sur le marché des échanges est particulièrement enviable. C’est d’ailleurs ce flair particulier qui lui a permis de maintenir la tête hors de l’eau.

Sa plus grande erreur a été d’avoir mis beaucoup trop de temps à se rendre compte que le département de recrutement amateur du CH était devenu l’un des moins performants de la ligue après le fabuleux repêchage de 2007 (Ryan McDonagh, Max Pacioretty, P.K. Subban et Yannick Weber). Entre 2008 et 2014, outre Gallagher et Galchenyuk, le recrutement amateur n’a procuré que deux autres partants : Artturi Lehkonen et Nathan Beaulieu. Le Canadien est encore handicapé par cette longue période de sécheresse.

L’histoire est maintenant connue. La direction s’est rajustée au cours des deux ou trois dernières années. Le département de recrutement aussi, notamment parce que Bergevin empile les choix de repêchage pour permettre à ses recruteurs de se présenter à la plaque plus souvent.

Ce plan de rajeunissement/développement a été mis en place tardivement. Mais à la décharge de Bergevin, même si sa tête se trouve sur le billot, il ne dévie pas de la route qui a été tracée. Il n’a maintenant plus le choix, il doit boire ce cocktail jusqu’à la lie.

Il a la mine basse.

Marc Bergevin

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes


Tout n’est donc pas noir ou blanc dans l’histoire récente du CH. Il y a plusieurs teintes de gris.

Pour toutes ces raisons, c’est maintenant à Geoff Molson de décider s’il présidera, en restant assis sur ses mains, à la pire période de l’histoire du Tricolore.

Le propriétaire a-t-il activement pris part à la stratégie de développement de l’équipe et se sent-il lié par elle?

Les partisans continueront-ils d’acheter des abonnements de saison et des loges si l’équipe continue de perdre? Les gradins finiront-ils par se vider?

En respectant les grandes lignes de ce plan, un autre DG serait-il capable de porter le ballon plus loin que ne le fait Bergevin?

Et si Geoff Molson optait pour le statu quo, dans combien de temps jugera-t-il inacceptable de continuer à rater les séries? Car rien ne garantit que les jeunes espoirs du CH seront en mesure de transporter l'équipe dans les séries en 2021, en 2022 ou en 2023.

Ce n’est pas une situation facile.

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