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« Ça continue » : l’haltérophilie secouée par une autre affaire de dopage

Un athlète met de la craie sur ses mains avant de soulever une barre.

Un athlète met de la craie sur ses mains avant de soulever une barre.

Photo : Getty Images / Scott Halleran

Encore une fois, l'haltérophilie est rattrapée par un scandale de dopage. Son ampleur alimente le cynisme dans un sport qui en souffre déjà. Radio-Canada Sports en a parlé avec la championne olympique Christine Girard et Marie-Ève Beauchemin-Nadeau.

Depuis les Jeux olympiques de Pékin en 2008 et ceux de Londres en 2012, près d’une cinquantaine d'haltérophiles sont tombés dans les mailles des filets de l'antidopage après des tests rétroactifs. Cette fois, c'est sur la plus haute marche de l'haltérophilie mondiale que le scandale retentit.

Selon la chaîne allemande ARD, le président de la Fédération internationale, le Hongrois Tamas Ajan, aurait camouflé durant des années des pratiques de dopage. On apprend que sur les 453 médaillés des Jeux olympiques et des Championnats du monde entre 2008 et 2017, 204 n'auraient jamais subi de contrôles antidopage. Pire, certains contrôleurs auraient été payés pour falsifier les échantillons.

La chaîne allemande, la même qui avait dénoncé le dopage généralisé en Russie, a également rendu publics des documents qui prouveraient que le président Ajan aurait détourné plus de cinq millions de dollars initialement versés par le Comité international olympique (CIO) à sa fédération. La somme aurait été transférée dans ses comptes personnels en Suisse.

Christine Girard a été l'une des victimes du dopage qui gangrène l'haltérophilie mondiale. En juillet 2012, aux Jeux de Londres, elle était devenue la première Canadienne à décrocher une médaille olympique. Après un jeu de dominos qui n'a rien de drôle, elle est passée de médaillée de bronze à médaillée d'or quand on a découvert que la championne et la vice-championne avaient échoué à des tests antidopage.

Christine Girard a aussi hérité a posteriori de la médaille de bronze des Jeux olympiques de Pékin après le déclassement d’une autre rivale pour dopage.  Elle raconte son histoire dans son livre De la défaite à la victoire, paru en 2018, l’année où on lui a remis ses deux médailles olympiques.

« C’est sûr qu’on savait qu’il y avait du dopage dans notre sport, a-t-elle confié à Radio-Canada Sports au sujet de ce nouveau scandale. On ne savait pas comment les athlètes faisaient pour ne pas se faire prendre et comment ça pouvait continuer. J’ai vu des filles qui compétitionnaient contre moi, leur physique changeait année après année : les mâchoires élargies, la moustache qui pousse. Donc, on savait que ce n’était pas naturel tout ça. »

On avait des soupçons, mais jamais je n’aurais pensé que c’était poussé aussi loin dans la fédération. C’est certain qu’il était difficile d’implanter de nouveaux changements quand cette routine-là était établie depuis si longtemps et à un si haut niveau.

Christine Girard, ancienne championne olympique
Christine Girard avec ses deux médailles olympiques

Christine Girard avec ses deux médailles olympiques

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Quand on demande à la championne olympique si elle n’est pas frustrée de voir que les choses n’ont pas changé, elle offre une réponse pleine d’empathie.

« C’est cela qui vient me chercher le plus, c’est de penser qu’il y a des petites filles de 13 ans dans le monde qui se font donner des stéroïdes et qui pensent que c’est normal et que c’est comme cela qu’il faut faire, dit-elle. C’est ça qui n’a pas de bon sens, ce sont ces athlètes-là qui ont besoin d’être protégés.

« Oui, j’ai eu à côtoyer ça durant des années et mes résultats aux Championnats du monde n’ont probablement jamais été véridiques parce qu’il y avait probablement du dopage dans ma catégorie et je ne saurai jamais à quel point j’avais été bonne dans mon sport. Mais ce qui me dérange le plus, c’est de savoir que ça continue. »

Changer le système

Marie-Ève Beauchemin-Nadeau a connu une belle carrière. Elle a fini 6e à ses premiers Jeux olympiques, à Londres, a décroché le bronze aux Championnats panaméricains de 2016 avant de terminer 9e aux Jeux de 2016 à Rio.

Elle a annoncé sa retraite en 2019 après une succession de blessures, mais a depuis repris l'entraînement. Elle vise les Championnats panaméricains, mais pas les Jeux olympiques de Tokyo, parce qu’elle est trop occupée par sa nouvelle carrière de médecin de famille. Elle n'est pas vraiment surprise par cette nouvelle affaire de dopage.

« La corruption au sein de la fédération, ce n'était pas su de manière officielle, mais beaucoup de gens s'en doutaient. Et en ce qui concerne le dopage dans l'haltérophilie. Ce n'est plus un secret pour personne, lance-t-elle.

« Aux Jeux olympiques, j'ai fini 8e en 2012, puis après de nouveaux tests, j'ai grimpé au 6e rang. Je sais qu'il y a plusieurs athlètes qui m'ont battue et qui n'ont pas été testées autant en compétition que hors compétition. Alors, avec ce que l'on apprend dans le reportage où il y a des tests qui sont faits de manière très aléatoire, qui ne sont pas faits de façon professionnelle, puis qui sont même complètement changés et qui deviennent négatifs… »

Elle soulève une barre.

Marie-Ève Beauchemin-Nadeau a fini 9e aux Jeux de Rio

Photo : Getty Images / Julian Finney

Quand on l'interroge sur le niveau de frustration que les athlètes propres doivent vivre, Marie-Ève Beauchemin-Nadeau répond immédiatement : « En effet, il y a véritablement un monde entre l'haltérophilie pratiquée au Canada et l'haltérophilie internationale. »

Il faut une réelle volonté politique pour changer les choses, mentionne-t-elle.

On n'a pas affaire ici à des athlètes qui prennent des décisions par eux-mêmes et qui décident de se doper. On a affaire à des institutions qui pensent que le dopage est la seule façon de faire. Il faut changer complètement les systèmes, peut-être les reconstruire. Par exemple, en Russie, on voit que ce n'était pas seulement dans les fédérations sportives qu'il y avait un problème. C'était ancré dans la police secrète, avec les institutions politiques nationales. Et ça, malheureusement, les institutions sportives ont très peu de poids là-dessus.

Marie-Ève Beauchemin-Nadeau

Christine Girard et Marie-Ève Beauchemin-Nadeau tentent de se consoler en se disant que finalement, lorsqu'on lève des barres, on se bat contre soi-même. Mais les barres n’ont pas le même poids pour ceux qui choisissent le chemin le plus court.

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