•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Kovalchuk : la cavalerie est trop vieille et arrive trop tard

Ilya Kovalchuk

Ilya Kovalchuk dans l'uniforme des Kings de Los Angeles

Photo : The Associated Press / Matt Slocum

BILLET - Dans les années 1970, le groupe humoristique les Cyniques a produit un sketch dans lequel l’un des personnages racontait fièrement avoir tenté de sauver un homme de la noyade. Mais l’acte de bravoure avait échoué, déplorait-il, parce que le type était noyé depuis six mois. 

Au cours des 24 dernières heures, Marc Bergevin a fait l’acquisition de Marco Scandella et d’Ilya Kovalchuk afin, dit-il, « d’aider son équipe à rester dans la course aux séries jusqu’à la pause du match des étoiles », alors que les blessés commenceront à réintégrer la formation.

Le DG du Canadien n’a peut-être pas déclenché l’opération sauvetage aussi tardivement que le personnage des Cyniques, mais c’est tout comme.

Le patient que tente de réanimer Bergevin est en très mauvaise posture et il ne s’en sortira pas. Il était presque malaisant, vendredi, d’entendre Bergevin parler de course aux séries.

***

  • Les signes vitaux sont faibles : l’équipe que tente de réanimer Bergevin n’a remporté que 2 de ses 11 derniers matchs à domicile. Et jusqu’à présent, elle n’a gagné que 4 des 14 matchs qui l’opposaient aux équipes de la Division atlantique (fiche de 4-8-2), ce qui lui confère une pitoyable moyenne de succès de ,357 contre ses rivaux directs. 

  • Jusqu’à tout récemment, le CH figurait encore dans le portrait éliminatoire malgré le fait qu’il n’était même pas parvenu à remporter la moitié de ses matchs. Ce positionnement était attribuable aux lents départs qu’avaient connus les Maple Leafs de Toronto et le Lightning de Tampa Bay. Or, les Leafs forment la meilleure équipe de la LNH depuis qu’ils ont changé d’entraîneur et ont maintenant atteint une cadence de 100 points. Par ailleurs, même en jouant affreusement mal, le Lightning est suffisamment talentueux pour engranger les points à un rythme supérieur à celui des Leafs.

  • La dernière place d’équipe invitée en séries (wild card) est présentement détenue par les Flyers de Philadelphie, qui tiennent le rythme d’une saison de 98 points. Pour décrocher cette place, en plus des Flyers, le CH devrait dépasser quatre autres formations durant la deuxième moitié de calendrier.

  • Quand le CH a connu sa série de huit défaites au mois de novembre (au tiers de la saison, alors que l’équipe n’avait pas encore été frappée d'une vague de blessures), le club était déjà dans les câbles. Pour atteindre le plateau des 98 points, les hommes de Claude Julien étaient condamnés à maintenir une cadence de ,636 durant les 55 derniers matchs de la saison, soit l’équivalent d’une improbable fiche de 32-17-6. 

  • La série de quatre défaites que traverse présentement l’équipe n’a fait qu’accroître ce fardeau. Pour aller chercher 98 points, le Tricolore doit maintenant récolter 68,2 % des 82 points de classement qu’il lui reste à disputer, soit l’équivalent d’une fiche de 25-10-6. En plus, il lui faudra remporter environ 11 des 14 matchs qui restent à disputer contre ses rivaux de division et 7 des 14 rencontres qui l’opposeront à Toronto (2), à la Floride (3), à Tampa Bay (1) et à Boston (1).

***

Même avec sa formation complète, et malgré l’ardeur et la combativité dont l’équipe fait preuve soir après soir, le Canadien ne serait pas en mesure de remplir une telle commande. 

C’est dans ce contexte que Marco Scandella et Ilya Kovalchuk débarquent à Montréal pour prêter main-forte. 

Scandella est un vétéran de 29 ans à caractère défensif qui sera certainement plus constant que Brett Kulak ou Mike Reilly. Ce ne sera pas difficile, mais il ne transformera pas l’équipe. 

Quant à Kovalchuk, il n’avançait déjà plus aux Jeux de Pyeongchang contre des adversaires de deuxième niveau. Que les Kings aient fini par lui consentir un contrat de 18,75 millions pour trois ans après les Jeux, à l’âge de 35 ans, relevait carrément de la science-fiction. 

Les Kings, qui croupissent dans les abysses de la LNH et qui possèdent la quatrième pire attaque du circuit Bettman, ont préféré verser à Kovalchuk son dernier boni et le laisser partir au début de décembre.

Depuis ce temps, l’attaquant russe était libre comme l’air. Et même si la LNH regorge d’équipes en difficultés, personne d’autre n’avait daigné l’embaucher. Oui, le CH est à ce point désespéré. 

***

La récolte de 96 points de la saison dernière était anormale à plusieurs égards, mais Marc Bergevin s’est plutôt laissé convaincre qu’il s’agissait d’un point de départ pour sa jeune équipe.

Durant l’été, il n’a à peu près pas retouché sa formation, préférant miser sur la croissance interne et sur le développement des jeunes. Sa volonté de ne pas déroger à son plan de rajeunissement se défendait parfaitement. Mais au passage, il a aussi pris ses désirs pour des réalités. Il en paie aujourd’hui le prix. 

En fait, ce sont surtout ses entraîneurs qui paient la note depuis le début de la saison parce qu’on leur a lancé plusieurs bouées de sauvetage qui ne flottaient pas.

Très rapidement, Claude Julien s’est rendu compte qu’on lui avait déniché un deuxième gardien en qui il n’avait pas confiance.

L’équipe, qui planifiait limiter l’utilisation de Carey Price à une soixantaine de matchs, est toujours à découvert à ce poste extrêmement important. Jusqu'ici, les adjoints du no 31 n’ont remporté que 2 de leurs 8 départs. Sans cette brèche, le CH serait encore dans la course aux séries.

On se souviendra aussi du rappel du défenseur Gustav Olofsson à la fin de novembre lorsque l’équipe tentait de sortir d’une interminable série de défaites. En trois matchs, il n’a à peu près pas touché la glace.

Idem avec Otto Leskinen par la suite. Fin octobre, début novembre, Claude Julien disait attendre un défenseur gaucher fiable. Il n’a reçu Scandella qu’au début de l’année 2020.

En fait, de toutes les solutions internes tentées par le CH pour supporter la formation régulière depuis le début de la saison, seul Matthew Peca a livré des prestations acceptables. Il s’est malheureusement blessé à son quatrième match. 

La direction du CH se tourne maintenant vers les solutions externes peu coûteuses, peu risquées et qui ne nécessitent aucun engagement financier significatif. C’est sans doute l’intention qui compte.

Qui aurait prédit qu’Ilya Kovalchuk allait un jour être disponible dans un étal du marché aux puces du hockey? Les amateurs sont à la fois contents et curieux de voir ce qui lui reste à offrir.

Malheureusement, même le Kovalchuk d’il y a 10 ans aurait beaucoup de difficultés à sortir le Canadien de la fosse où il se trouve, alors qu’il reste pourtant une longue moitié de saison à disputer.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !