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Chronique

Décimés, les Raptors passeront un temps des Fêtes orageux

Un médecin lui tient le bras.

Le garde Norman Powell se tient l'épaule gauche après sa blessure survenue au quatrième quart mercredi contre les Pistons de Détroit.

Photo : Reuters / USA Today Sports

Olivier Paradis-Lemieux
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

ANALYSE - Pascal Siakam, Marc Gasol, Norman Powell… Trois des cinq joueurs des Raptors ayant joué le plus de minutes cette saison, blessés, manquent désormais à l’appel pour Nick Nurse. Les prochaines semaines pourraient effacer un début de saison des plus encourageants pour les champions défendants de la NBA.

Au début de la saison, la chute semblait inévitable.

Comment les Raptors pouvaient-ils demeurer compétitifs alors que le joueur par excellence de la finale, Kawhi Leonard, avait tourné le dos à Toronto pour les plages de Los Angeles? Mais les anciens coéquipiers du nouveau Clipper ne sont pas écroulés, bien au contraire.

Après 27 matchs, les Raptors montrent une fiche de 19 victoires et 8 défaites, bonne pour le 4e rang dans l’Est. Une performance pour l’essentiel attribuable à la croissance interne de l’effectif, comme les contraintes du plafond salarial de la NBA ont obligé l’équipe à remplacer Leonard (ainsi que son ex-coéquipier des Spurs et garde partant l’an dernier Danny Green parti aussi à L.A. avec les Lakers), par des joueurs autonomes bon marché.

Et ce, malgré que les vétérans Kyle Lowry et Serge Ibaka ont raté près de 40 % de la saison en raison de blessures survenues lors d’un même match en Nouvelle-Orléans au début du mois de novembre.

Leur retour presque simultané a d’ailleurs coïncidé avec une première séquence de défaites cet automne, le temps que tout un chacun retrouve ses repères dans la formation alors que l’équipe faisait face à une série d’adversaires qui font aussi partie de l’élite de la NBA : le Heat (20-8), les Rockets (19-9), les 76ers (20-9), et les Clippers (21-9).

Un premier coup de semonce pour une équipe qui excédait jusqu’alors toutes les attentes mises en elle après le départ de Leonard.

Mais ce qui se pointe à l’horizon pour les Raptors est nettement plus périlleux.

Deux joueurs de basketball

Pascal Siakam face au joueur par excellence de la NBA l'an dernier, Giannis Antetokounmpo

Photo : Reuters / USA Today Sports

Premier nuage sombre : Pascal Siakam a subi une élongation à l'aine mercredi contre les Pistons de Détroit.

Les Raptors useront de la plus grande précaution dans les prochains jours, et potentiellement davantage, avec le joueur le plus amélioré de la NBA l’an dernier, qui connait un début de saison fulgurant au point où il est considéré comme candidat à sa propre succession.

Avec 25,1 points par match, Siakam s’est hissé parmi les 15 premiers marqueurs de la ligue depuis le début de la saison (14e). Une hausse remarquable de près de 10 points par rencontre pour la deuxième année de suite (16,9 pts/match l’an dernier; 7,3 un an plus tôt) qui s’explique par un élargissement de sa palette offensive et une utilisation accrue.

Ses pirouettes dans la clé font encore tourner la tête des joueurs adverses, mais il prend surtout le 3/4 de ses tirs de 3 points depuis le sommet du demi-cercle, avec un excellent taux de réussite 39,5 %, alors qu'il ne les tentait auparavant que depuis l'un des deux coins. Offensivement, il est presque devenu un joueur complet.

Conséquemment, l’ailier camerounais conclut désormais 29,3 % de toutes les actions offensives torontoises cette saison avec le ballon dans ses mains contre 20 % l’an dernier, tout en jouant 37 des 48 minutes de chaque match.

Siakam mène largement les Raptors dans cette statistique de la même façon que le faisait Leonard l’an dernier (30 % d’utilisation) et son absence, la première de la saison, sera révélatrice de la profondeur réelle de l'équipe.

Quand Lowry a raté 11 matchs, Fred VanVleet s’est glissé dans son rôle de meneur de jeu partant avec l’aisance d’un homme qui s’apprête à faire sauter la banque l’été prochain; il est attendu que le garde de 25 ans obtienne un contrat d’environ 20 millions de dollars par an cet été, à Toronto ou ailleurs. Terence Davis, une recrue non repêchée en juin dernier, a alors surpris en jouant les réservistes avec l’aplomb d’un vétéran.

L’absence d’Ibaka a permis au centre montréalais Chris Boucher d’obtenir sa première véritable occasion de se faire valoir dans la NBA, et même si la complexité des systèmes de jeu de Nurse semble encore lui échapper par moment, son énergie et son flair pour les blocs spectaculaires a dynamisé l’équipe.

Mais Siakam n’est pas le seul à s’être blessé mercredi contre les Pistons de Détroit.

Kyle Lowry l'accompagne

Marc Gasol quitte la rencontre contre les Pistons mercredi après s'être blessé au premier quart.

Photo : Reuters / USA Today Sports

Norman Powell s’est disloqué l’épaule gauche et sera à l’écart du jeu pour une période indéterminée et Marc Gasol a subi une élongation de la cuisse et ratera « une période de semaines », selon l’expression tout aussi vague des Raptors.

Powell représente l’une des belles surprises de ce début de saison. À sa cinquième saison avec l’équipe, le garde de 26 ans réussit pour la première fois de sa carrière à enchaîner régulièrement les bonnes performances offensives. Il a presque doublé sa récolte de points par match (14,4 contre 8,6 l’an dernier) et venait d’en amasser plus de 20 dans 3 duels consécutifs, une première pour lui. L’an dernier, il avait raté un mois et demi avec une blessure similaire.

Gasol est quant à lui l’ancre de la défense torontoise, qui vient au 3e rang cette saison dans la NBA, seulement devancée par celle des Bucks et des Nuggets.

Même s’il ne rajeunit pas à 34 ans, le centre espagnol est toujours impeccable dans son positionnement et il dirige autour de lui en chef d’orchestre ses coéquipiers. Sans son maestro, l’élément-clé du jeu torontois devrait prendre un pas de recul, et deux, en l’absence de Siakam.

Petit éclairci dans l’infirmerie, VanVleet réintègre la formation vendredi soir après avoir raté les deux dernières semaines en raison d’une contusion à un genou. Avec Kyle Lowry, il aura l'essentiel des responsabilités offensives de l'équipe sur ses épaules.

Une hécatombe néanmoins, alors que l’équipe s’apprête à jouer 4 matchs en 6 jours, dont une très attendue première présence depuis 2001 dans l’un des cinq duels au programme le jour de Noël, la plus importante fenêtre de visibilité de la NBA à l’extérieur des séries éliminatoires.

Kyle Lowry et Kawhi Leonard

Maintenant avec les Clippers, Kawhi Leonard (droite) a reçu sa bague de championnat des mains de Kyle Lowry, la semaine dernière.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

L’an dernier, les Raptors ont dû régulièrement composer avec les absences programmées de Leonard, popularisant au passage dans la NBA la « gestion de la charge de travail » (load management). L’ailier tout étoile a raté 22 matchs en 2018-2019, mais Nurse a su redistribuer son apport offensif sur l’ensemble de ses coéquipiers, récoltant une fiche remarquable de 17-5, un pourcentage de victoires même supérieur à celui de l’équipe avec Leonard (contre une opposition généralement un peu plus faible).

Mais même si Leonard est l’un des trois meilleurs de la NBA et que Siakam n’a pas encore atteint ce statut, les absences du Camerounais devraient être plus remarquées sur la fiche de l’équipe.

Cet été, Masai Ujiri a comblé les départs de Leonard et Green par Rondae Hollis-Jefferson, Stanley Johnson et Matt Thomas : deux anciens hauts choix au repêchage qui n’ont jamais éclos et un tireur d’élite qui faisait carrière en Europe jusque là.

Aucun d’entre eux ne s’est imposé dans le cinq partant. Hollis-Jefferson est au plus un réserviste d’énergie, Johnson a raté presque toute la saison et Thomas n’a dépassé qu’une seule fois les 15 minutes de jeu cette saison et compose actuellement avec un doigt fracturé.

Nick Nurse avait été dur avec l’ensemble de ses réservistes à la fin du camp d’entraînement, affirmant qu’il n’y avait que 7 joueurs auxquels il faisait confiance pour démarrer l’année (les cinq partants, Powell et Ibaka), tous des membres de l’équipe championne. Mais les circonstances l’ont obligé à ouvrir son jeu et à intégrer Hollis-Jefferson, Boucher et Davis dans sa formation régulière.

Il bloque un tir de Markelle Fultz

Le Montréalais Chris Boucher a réussi trois double-doubles en l'absence de Serge Ibaka.

Photo : Reuters / USA Today Sports

Sauf que l’entraîneur torontois n’a plus d’atout dans son jeu de cartes pour remplacer Siakam. Hollis-Jefferson devrait voir sa part de minutes, mais il n’a aucune des qualités du Camerounais, hormis une certaine activité défensive, et même là. Boucher, avec sa grande envergure et son athlétisme, pourrait également obtenir l'appel de Nurse dans le cinq partant... alors qu'il ne joue presque plus depuis le retour d'Ibaka.

Les expérimentations devraient être nombreuses.

La semaine dernière, cinq mois après être devenu le premier joueur par excellence de la finale de la NBA à tourner le dos à son équipe pour poursuivre sa carrière sous d’autres cieux, Leonard est revenu à Toronto chercher sa bague de championnat.

Des applaudissements chaleureux ont accueilli l’impassible ailier, qui s’est permis de sourire davantage qu’à l’accoutumée. La rupture a été consommée sans animosité : les uns acceptant que l’ailier étoile eût choisi de poursuivre sa carrière dans sa ville d’enfance, les autres réalisant qu’il avait permis à Toronto de savourer un titre inespéré, en assumant de bonne foi le rôle de mercenaire.

La victoire des Clippers ce soir-là, la deuxième de Leonard sur ses anciens coéquipiers cette saison, a toutefois contribué à révéler certaines des limites de cette incarnation de la formation torontoise, qui se situe à plein régime un bon cran au-dessous des deux équipes de Los Angeles et des Bucks de Milwaukee, les trois aspirants légitimes au trophée Larry-O’Brien.

Le plafond actuel des Raptors ne semble plus être de gagner un championnat, mais au mieux de jouer les trouble-fêtes en éliminatoires.

L’on s’apprête à découvrir leur plancher.

Mais la chute ne devrait être que temporaire.

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