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L'Université Clarkson, le petit Québec de la NCAA

Mathieu Gosselin et Devin Brosseau font partie des cinq québécois de l'équipe de hockey masculine à l'Université de Clarkson dans la NCAA.

Photo : Radio-Canada

Michael Roy

Située dans une petite municipalité à une heure de la frontière canadienne, dans l’État de New York, l’Université Clarkson tisse depuis fort longtemps des liens serrés avec les Québécois.

Depuis les années 80, il y a au moins un Québécois dans son équipe de hockey masculin, qui fait partie de la première division de la National Collegiate Athletic Association (NCAA).

Cette année, Devin Brosseau (Saint-Lambert), Mathieu Gosselin (Québec), Connor McCarthy (LaSalle), Zach Tsekos (L’Île-Bizard) et Francis Marotte (Boucherville) jouent pour les Golden Knights.

L’équipe est dirigée par Casey Jones, un entraîneur originaire de... Témiscaming.

De plus, trois anciennes des Titans de Limoilou, Élizabeth Giguère (Québec), Gabrielle David (Drummondville) et Marie-Pierre Coulombe (Carignan), font partie du coeur de l’équipe féminine qui aspire encore cette année aux grands honneurs nationaux.

Des chemins différents

Ils ont tous choisi Clarkson pour l’excellence de ses programmes universitaires et les succès de ses équipes de hockey.

Ils admettent aussi que la proximité de leur famille a également été un argument de taille.

Les parents de plusieurs joueurs et joueuses font régulièrement le trajet vers Potsdam les week-ends pour venir voir les matchs.

Les matchs, c’est vraiment une expérience différente, avec les fanfares et tous les étudiants. La vie que l’on vit, c’est complètement différent du junior québécois. Et ça reste que c’est un excellent calibre.

Devin Brosseau, capitaine des Golden Knights de l'Université Clarkson

Les chemins qui ont mené ces hockeyeurs vers Clarkson sont tous différents.

Devin Brosseau, le capitaine de l’équipe, a joué son hockey mineur sur la Rive-Sud, avant de faire le saut au junior AAA québécois. Il a été ignoré au repêchage de la LHJMQ.

Séduit par le hockey universitaire américain quelques années auparavant lorsqu’il a assisté à un match à Boston College, il a décidé d’emprunter ce chemin.

Il s’est rendu en Colombie-Britannique afin de se faire remarquer par les recruteurs. Il faut savoir que la British Columbia Hockey League (BCHL) est un terreau fertile pour les universités américaines.

« Après mon premier match en BCHL, j’ai parlé à une vingtaine d’universités américaines. Pourtant, je n’avais jamais eu de discussions avec elles lorsque j’étais au Québec. J’étais exactement le même joueur, on parle d’un match plus tard seulement », raconte Brosseau en ajoutant que peu d’information circulait au Québec concernant la NCAA à cette époque.

Tous les joueurs que je connais qui ont joué dans la Ligue junior majeur du Québec, je peux le dire à 100 %, tous les joueurs que je connais, si c’était à refaire, ils auraient regardé l’option NCAA aussi .

Devin Brosseau
En action sur la glace, il est devant le filet ennemi et attend l'adversaire.

Devin Brosseau rêve toujours à la Ligue nationale de hockey. Il a déjà pris part à trois camps d'entraînement professionnels.

Photo : Radio-Canada

« La culture ici est incroyable »

Francis Marotte, lui, n’a jamais joué dans les grosses catégories au hockey mineur. Il n’a même jamais joué au niveau AA.

« Quand j’ai vu que j’allais être coupé du midget espoir, je suis parti au Colorado à 15 ans pour tenter de percer dans la NCAA parce que mes parents m’ont toujours dit que l’école, c’était important », relate-t-il.

L’inimaginable parcours de Marotte a été brillamment raconté par le collègue Martin Leclerc il y a quelques années.

Après avoir obtenu son diplôme de l’Université Robert Morris l’an dernier, il avait le choix de porter les couleurs d’une autre équipe afin de terminer sa maîtrise et sa quatrième année d'admissibilité au hockey universitaire. Clarkson était sa première option.

« J’avais l’occasion de changer de place et de me prouver ailleurs. J’avais eu d’autres offres, mais après avoir parlé à des joueurs et aux entraîneurs ici, la décision a été extrêmement facile. La culture ici est incroyable », dit Marotte.

De son côté, Mathieu Gosselin en est à sa première année à Clarkson. Issu du programme de hockey du Séminaire Saint-François à Québec, il est lui aussi parti pour la Colombie-Britannique à 16 ans. C’est là qu’il a été approché par Clarkson.

« Ce n’est pas loin de la maison. Pour moi, c’était aussi le fit académique et sportif parfait », explique la recrue de 18 ans.

Les trois joueuses québécoises des Golden Knights, elles, proviennent du programme des Titans de Limoilou. C’est Élizabeth Giguère qui leur a ouvert la voie il y a trois ans.

« Quand j’ai vu que Clarkson, c’était à seulement cinq heures de route de chez moi, je suis venue visiter et j’ai tout de suite aimé ça. C’était petit, ce que j’aimais parce que je ne voulais pas aller sur un gros campus. Je suis tombée en amour avec la place », révèle Giguère, la meilleure buteuse aux États-Unis à l'heure actuelle.

À son année recrue en 2018, Giguère avait inscrit le but en or lors de la prolongation de la grande finale. L’équipe féminine des Golden Knights avait alors remporté un troisième championnat national en cinq ans.

D’ailleurs, le fait que l’équipe soit l'une des meilleures du pays a aussi aidé à convaincre Gabrielle David de choisir cette université.

« J’aime être dans une bonne équipe parce que tu peux mieux te développer dans les entraînements et te surpasser par la suite. On a aussi plus d’occasions de se faire remarquer pour passer à la prochaine étape au hockey », fait valoir la Drummondvilloise.

Les joueuses patinent vers celle qui a inscrit le but vainqueur en prolongation.

La Québécoise Élizabeth Giguère a marqué le but vainqueur en prolongation lors de la finale du championnat national de hockey féminin universitaire américain.

Photo : Université Clarkson Athletics / Jim Rosvold

Comme le Canadien de Montréal

Le hockey universitaire à Potsdam est une véritable religion.

Lors du passage de Radio-Canada Sports au domicile des Golden Knights, l’aréna Cheel était plein avec 4000 fervents venus encourager leur équipe.

« On est plein très souvent. Tous les billets sont presque toujours vendus, c’est très apprécié. Nous prenons ça beaucoup à coeur en tant que joueurs. On essaie de redonner beaucoup à la communauté ici », mentionne Devin Brosseau.

Gabrielle David explique aussi que « le hockey féminin et masculin sont les seules équipes de première division sur le campus, les gens se rassemblent plus ici à l’aréna ».

Le hockey est vraiment populaire ici comparé à bien des places aux États-Unis. On dirait que c’est comme la partie la plus canadienne des États-Unis.

Mathieu Gosselin, attaquant des Golden Knights de l'Université Clarkson

Fraîchement débarqué à Potsdam, Francis Marotte peut en témoigner.

« À Pittsburgh où j’étais, tu es un étudiant parmi tant d’autres et il n’y a pas beaucoup d’étudiants qui viennent aux matchs. Ici, ils suivent ça, ils savent qui tu es et savent ton nom et te demandent comment ça va. C’est tellement petit que le hockey, pour eux, c’est tout ce qui se passe vraiment dans la ville. »

Tous les joueurs et entraîneurs de l'équipe avec le trophée de champions de division.

Les Golden Knights de Clarkson ont été sacrés champions de leur division l'an dernier.

Photo : Université Clarkson Athletics

Des bourses d’études alléchantes

L’Université Clarkson est reconnue pour ses programmes en finances et en ingénierie. Les hockeyeurs et hockeyeuses québécois sont tous inscrits à un ou l’autre de ces programmes, à l’exception de Gabrielle David, qui étudie en biologie.

Vétérans de l’équipe masculine de hockey, Devin Brosseau et Francis Marotte ont déjà en poche leur diplôme et s'affairent à terminer leur maîtrise en finances (MBA).

« On veut atteindre le hockey professionnel, mais on sait qu’on est entre bonnes mains lorsqu’on sort d’ici avec un diplôme de Clarkson », rappelle Brosseau.

Étudiant émérite, ce dernier a reçu l’an dernier le prestigieux prix de l’étudiant-athlète de l’année dans la division où joue son équipe.

Il tient sont trophée de l'étudiant-athlète de l'année.

Devin Brosseau et son entraîneur-chef

Photo : Université Clarkson Athletics / John DiGiacomo

Cet honneur est d’autant plus méritoire qu’il était en lice avec des homologues provenant d’universités de renom telles que Harvard, Princeton ou Yale.

« On croit que si tu es un bon étudiant, tu seras un bon athlète. Tu es aussi professionnel à l’école qu’à l’aréna, c’est une grande partie de notre culture ici à Clarkson », avance Brosseau.

Heureusement pour ces étudiants-athlètes, plusieurs d’entre eux profitent de bourses d’études complètes que leur offre Clarkson. C’est une façon pour l’université d’attirer des talents provenant de l’extérieur. Cette coutume est répandue aux quatre coins du pays, dans tous les sports.

En incluant l’hébergement et les repas, on parle d’entre 70 000 et 75 000 dollars américains, par année.

Devin Brosseau

« Ici, on joue seulement le vendredi ou le samedi pour ne pas que ça nuise à nos études, explique-t-il. Les professeurs sont au courant dès le début de l’année des dates où l’on devra manquer des cours et tout est planifié en conséquence. »

« Tous nos joueurs ici veulent jouer professionnel. Mais si ça ne marche pas, ça donne aux joueurs une autre option très intéressante dans la vie », estime l’entraîneur-chef de l’équipe masculine, Casey Jones.

Le rêve de la LNH toujours présent

Bien qu’ils empruntent un chemin non traditionnel afin de parvenir à la Ligue nationale de hockey (LNH), tous les Québécois que nous avons rencontrés à Clarkson y rêvent encore.

Ils ont raison de s’y accrocher. Au cours des trois dernières saisons, cinq joueurs de Clarkson ont décroché des contrats professionnels.

« Beaucoup d’équipes de la Ligue nationale viennent et regardent les parties même si ici, c’est dans le milieu de nulle part. Les recruteurs se forcent et viennent voir les matchs. Tu as l’occasion de parler à des équipes. Le calibre de jeu est incroyable ici, alors ça attire beaucoup », fait remarquer le gardien Francis Marotte.

Devin Brosseau cogne à la porte des circuits professionnels. Il a participé à des camps avec les Blues de St. Louis, les Islanders de New York et les Blue Jackets de Columbus au cours des dernières années.

Il explique que, comme plusieurs joueurs, son éclosion est survenue un peu plus tard que ceux qui arrivent à percer rapidement dans la LHJMQ.

« La LNH pour moi, c’est passé d’un rêve à un objectif vers l’âge de 19 ans. Si tu joues dans la LHJMQ et que tu n’es pas repêché, il faut vraiment que tu aies de bonnes saisons par la suite pour changer l’idée des recruteurs. Ça aurait été plus difficile par la suite d’obtenir une chance de jouer professionnel à 24 ans comme c’est le cas présentement », confie Devin Brosseau.

Quand j’avais 16 ans, j’étais loin d’être prêt à jouer dans une catégorie de jeu élevé. Ma décision d’aller aux États-Unis, c’était pour me permettre de progresser à mon rythme à moi.

Francis Marotte, gardien de but des Golden Knights de l'Université Clarkson

Pour la recrue Mathieu Gosselin, la LNH reste un rêve lointain.

« Année après année, il y a des gars qui réussissent à signer des contrats. Je pense que dans les prochaines années, je vais peut-être pouvoir atteindre ce niveau-là. C’est quelque chose qui me trotte dans la tête », admet-il.

Selon l’entraîneur-chef Casey Jones, plusieurs joueurs atteignent leur apogée à un âge plus avancé. Le hockey universitaire américain leur permet de se développer à leur rythme, explique-t-il.

Tout le monde veut jouer dans la Ligue nationale. Ça prend un temps différent pour chacun des joueurs. Des fois, le meilleur joueur à 17 ans n’est pas le meilleur joueur à 22 ans. À force de travailler et de persister, les joueurs à qui l’on a dit non dans le passé deviennent de meilleurs joueurs à moyen terme.

Casey Jones, entraîneur-chef de l'équipe de hockey masculin de Clarkson
Le gardien de but est devant son filet et regarde l'action au loin.

Francis Marotte en est à sa dernière année au hockey universitaire américain dans l'uniforme des Golden Knights de Clarkson.

Photo : Radio-Canada

En attente d’un circuit professionnel féminin

Avec la dissolution de la Ligue canadienne de hockey féminin le printemps dernier, les options professionnelles sont plutôt minces pour l’instant pour les hockeyeuses.

Les Québécoises qui fréquentent l’Université Clarkson sont encore plus conscientes de l’importance de décrocher leur diplôme. Il serait étonnant qu’elles puissent gagner leur vie exclusivement avec le hockey dans un avenir rapproché.

« Il se passe tellement de choses dans le hockey féminin. Tout est encore à faire. Je tiens à avoir un diplôme pour me garder des options. On va devoir travailler de toute façon », lance la gardienne Marie-Pierre Coulombe.

Quelques anciens de Clarkson qui ont joué dans la LNH :

  • Erik Cole (1997-2000)
  • Mark Borowiecki (2008-2011)
  • Willie Mitchell (1997-1999)
  • Todd Marchant (1991-1993)
  • Craig Conroy (1990-1994)
  • Dave Taylor (1973-1977)

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