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« Un outil pour redonner confiance » : le sport s'invite au Forum mondial sur les réfugiés

L'équipe olympique de réfugiés entre dans le stade Maracana à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Rio, en 2016.

Une équipe de réfugiés a pris part aux Jeux olympiques pour la première fois à Rio, en 2016.

Photo : Getty Images / AFP/Pedro Ugarte

Le Comité international olympique (CIO) et 85 organisations du monde du sport ont présenté cette semaine, à Genève, leurs engagements au premier Forum mondial sur les réfugiés. La Fédération internationale de judo (FIJ) fait figure de leader dans cette démarche.

Cette coalition d'organisations sportives, dont fait partie le Comité olympique canadien (COC), a signé une déclaration d'engagements devant être officialisée durant le congrès et enchâssée dans le Pacte mondial sur les réfugiés.

Ce pacte est un cadre pour un partage plus prévisible et plus équitable des responsabilités, validé par l'Assemblée générale des Nations unies en décembre 2018.

Une foule écoute un discours lors de la séance d'ouverture du premier Forum mondial sur les réfugiés à Genève.

La séance d'ouverture du premier Forum mondial sur les réfugiés à Genève

Photo : UNHCR / Andrew McConnell

Rappelons qu’il y avait une petite équipe d'athlètes réfugiés aux Jeux olympiques de 2016 à Rio. Elle comptait 10 athlètes dans trois sports : natation, athlétisme et judo. Il y aura encore une délégation aux Jeux de 2020 à Tokyo.

La Fédération internationale de judo mène la coalition et travaille dans les camps de réfugiés depuis de nombreuses années.

« Il y a une prise de conscience que le sport est de plus en plus un vrai outil, alors qu'encore récemment il n’était même pas considéré. Mais il y a encore du chemin à faire », explique à Radio-Canada Sports Nicolas Messner, responsable du programme Judo pour la paix à la FIJ.

Pour illustrer la place du sport dans le mieux-être des réfugiés et dans cette rencontre internationale et très protocolaire, les organisateurs du Forum mondial ont eu l’idée de mettre sur pied un tournoi de soccer en salle.

S'opposaient des équipes mélangées, formées de réfugiés, de diplomates et de responsables d’organismes et de fédérations. Un moment privilégié d’échanges et de rapprochement.

Un joueur fait une tête.

Le match de soccer en salle organisé en marge du Forum mondial sur les réfugiés

Photo : UNHCR

Depuis une demi-douzaine d’années, la Fédération internationale de judo organise des cliniques dans de nombreux camps de réfugiés.

« Je m’occupe de tous les projets que la Fédération a dans les camps de réfugiés. On a la chance de s’appuyer sur un code moral et sur les valeurs de base du sport, rappelle M. Messner. Je rappelle que le judo a été inventé comme outil de développement éducatif avant toute chose. »

« On a lancé une première initiative en 2014 dans un camp de réfugiés dans la province de Kilis, en Turquie, à la frontière syrienne, en partenariat avec la Fédération turque de judo. Je vais régulièrement à Container City. Plus de 2000 enfants et jeunes ont fait partie du programme de judo. Et aujourd’hui, presque 40 % sont des filles », fait remarquer le représentant de la FIJ.

« Depuis, on a travaillé notamment dans des camps en Zambie, en Jordanie, en Afrique du Sud. Toujours en partenariat avec les autorités du camp, du pays et de l’UNHCR, le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies. »

Dans le monde, plus de 70 millions de personnes sont déracinées par la guerre, les conflits ou la persécution. Plus de 25 millions d’entre elles sont des réfugiés qui ont fui au-delà des frontières internationales et ne peuvent rentrer chez eux.

« Nous sortons d’une décennie marquée par les déplacements durant laquelle le nombre de réfugiés a explosé », a expliqué le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, en ouverture du Forum.

La conférence réunit des réfugiés, des chefs d’État et de gouvernement, de hauts dirigeants de l’ONU, des institutions internationales, des organisations de développement, des représentants de la société civile et des chefs d’entreprise.

Plus de 30 autres organisations, petites et moyennes entreprises, cabinets d’avocats, multinationales, entreprises sociales, fondations privées, coalitions et réseaux d’investissement, ont pris des engagements forts.

Trois entreprises, IKEA, Lego et Vodafone, ont déjà annoncé des contributions à hauteur de 250 millions de dollars américains.

La déclaration d'engagements

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies et le CIO ont approché la Fédération internationale de judo en août 2019 afin d'élaborer une déclaration d'engagements.

« La FIJ est une des fédérations les plus actives dans le domaine, précise Nicolas Messner. On a travaillé pendant plusieurs semaines sur la déclaration d’engagements de la coalition, dont la FIJ est cosignataire avec tous les partenaires, et qui est officialisée cette semaine lors du Forum. »

Les trois engagements sont :

  1. Promouvoir et garantir l'accès de tous les réfugiés, sans distinction d'aucune sorte, à des installations sportives sûres et inclusives;
  2. Accroître la disponibilité et l'accès aux sports organisés et aux initiatives sportives pour les communautés de réfugiés et d'accueil, en tenant compte activement de l'âge, du sexe, des capacités et d'autres besoins en matière de diversité;
  3. Promouvoir et faciliter l'égalité d'accès et de participation des réfugiés aux événements sportifs et aux compétitions à tous les niveaux.

Une déclaration dont se félicite le Comité international olympique.

« Le sport est bien plus qu’une activité de loisir. Le sport permet de guérir, de se développer, de grandir, a dit le président du CIO, Thomas Bach. Ces engagements réaffirment la volonté de tous ces acteurs du monde sportif de jouer sa part dans le soutien aux réfugiés. »

À ce jour, 85 organismes et fédérations ont signé le document, du club de soccer AC Milan au Comité olympique canadien, en passant par le comité d’organisation des Jeux olympiques de 2024 à Paris et la Fédération internationale de baseball (IBAF).

Parmi les signataires, on retrouve les fédérations internationales d'athlétisme, de baseball/softball, d'escalade, de karaté, de kickboxing, de lutte, de surf, de taekwondo, de tennis de table.

La sensibilité du milieu sportif

Nicolas Messner n'est pas étonné de la réponse du milieu sportif.

« Le milieu sportif a une sensibilité envers ces situations problématiques. »

« À Container City, il y a des gens qui y vivent depuis 10 ans, précise le représentant de la FIJ. Ils ont été condamnés à fuir, et dans les camps, ils n’ont pas de perspective d’avenir. Et c’est là où le sport est une solution pour pouvoir resocialiser les gens, leur permettre de passer outre les traumas qu’ils ont subis en fuyant ou en perdant contact avec leurs proches. »

« On est face à une population qui est jeune, nombreuse, qui vit dans des conditions de vie qui sont très compliquées, et qui est condamnée à attendre dans ces camps sans connaître la durée de la sentence », aime à dire Nicolas Messner.

Le camp de réfugiés Container City à la frontière entre la Turquie et la Syrie, dans la région de Kilis

Le camp de réfugiés Container City à la frontière entre la Turquie et la Syrie, dans la région de Kilis

Photo : UNHCR

Sortir de l'attente

La demande en matière d'activités sociales et sportives est énorme, rappelle Nicolas Messner. Et le sport est la clé pour recommencer à vivre ensemble.

« Dans ce contexte précis, le judo est un outil extraordinaire pour redonner confiance aux gens, pour leur réapprendre à se respecter, malgré les cultures différentes, les langues différentes, les ethnies différentes, les religions différentes, et même parfois venant de camps opposés pendant les guerres qu’ils ont fuies. »

Les jeunes qui participent retrouvent le sourire au travers d’une activité ludique, c’est notre première mission. Quand ils entrent dans le dojo, ils comprennent le respect des autres, ils apprennent à se rapprocher.

Nicolas Messner, responsable du programme Judo pour la paix à la Fédération internationale de judo

L'équipe olympique des réfugiés, de Rio à Tokyo

Dans l'équipe olympique des réfugiés (ROT) des Jeux olympiques de 2016, il y avait deux judokas, Popole Misenga et Yolande Mabika.

Popole Misenga (en bleu), avec le dossard ROT, affronte le Sud-Coréen Gwak Donghan aux Jeux olympiques de 2016 dans la catégorie des moins de 90 kilos.

Popole Misenga (en bleu), avec le dossard ROT, aux Jeux olympiques de 2016 dans la catégorie des moins de 90 kilos

Photo : Getty Images / JACK GUEZ

Le principe a été reconduit pour les Jeux olympiques de 2020, et le CIO a augmenté le nombre d’athlètes au sein de l'équipe ROT qui seront présents à Tokyo.

« On discute actuellement avec le CIO pour augmenter le quota qui sera alloué au judo pour les Jeux de 2020, et qu’il y ait une équipe de réfugiés dans le tournoi olympique par équipe (3 filles et 3 garçons) », précise Nicolas Messner.

Il faut dire que la Fédération internationale de judo a sa propre équipe d'athlètes réfugiés.

« Nous avons identifié une quarantaine d’athlètes qui ont un statut officiel de réfugié vivant dans des pays X ou Y. Ils ont été identifiés par les fédérations nationales et ont fait des compétitions internationales.

« À ce titre-là, ils peuvent participer aux épreuves du circuit mondial, et obtenir potentiellement leur qualification pour les Jeux olympiques.

« Deux judokas ont déjà été présélectionnés, et le processus de qualification est en cours jusqu’en juin, mais le nombre total de judokas invités fait encore l’objet de discussions entre le CIO et la FIJ. »

Une équipe d'athlètes réfugiés a participé en juillet au Grand Prix de Budapest en 2019. C'est d'ailleurs un membre de cette équipe, l'Iranien Mohammad Rashnonezhad, domicilié aux Pays-Bas, qui a réalisé le plus beau geste technique de la compétition catégorie des moins de 60 kg.

Mohammad Rashnonezhad (en bleu) de l'équipe des athlètes réfugiés de la FIJ

Mohammad Rashnonezhad (en bleu) de l'équipe des athlètes réfugiés de la FIJ

Photo : FIJ

Et il a créé la sensation en devenant le premier athlète réfugié à monter sur un podium lors d'une compétition internationale. Il a terminé au 3e rang à la Coupe d'Europe disputée à Malaga, en Espagne.

Mohammad Rashnonezhad a fui l'Iran, fatigué de devoir obéir aux ordres des autorités de son pays qui obligent les athlètes à déclarer forfait s'il y a possibilité d'affronter des athlètes israéliens.

Le rêve olympique

La Fédération internationale de judo cherche maintenant à créer des passerelles entre son volet éducation dans les camps et son volet compétition avec son équipe d'athlètes réfugiés.

« On travaille dans les camps avec des jeunes qui ont entre 8 et 15 ans, explique Nicolas Messner, et on privilégie l'éducatif.

Une clinique de judo au camp de réfugiés Container City dans la région de Kilis en Turquie

Une clinique de judo au camp de réfugiés Container City dans la région de Kilis en Turquie

Photo : UNHCR

« Mais dans une ou deux Olympiades, on aura identifié des jeunes qui ont un potentiel. À ce moment-là, ils pourront éventuellement passer dans notre équipe d'athlètes réfugiés. C'est l'idée.

Ce sera fantastique pour ces jeunes de se dire : "J’ai commencé le judo dans un camp, dans des conditions qui étaient vraiment très compliquées, avec une vie qui a été catastrophique, mais aujourd’hui, je peux avoir un rêve olympique".

Nicolas Messner, responsable du programme Judo pour la paix à la Fédération internationale de judo

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