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chronique

Les jeunes du CH annoncent la fin d’une décennie mouvementée

Il sourient et célèbrent un but.

Nick Suzuki entouré de Nick Cousins, Ryan Poehling et Paul Byron

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Martin Leclerc

BILLET - Les gens qui ne suivent pas assidûment les activités du Canadien sont parfois surpris de constater qu’ils connaissent seulement les noms d’une poignée de joueurs de l’équipe. Qu’ils se rassurent. Ça s’explique parfaitement.

Depuis que Marc Bergevin a été nommé directeur général du CH en 2012, pas moins de 124 patineurs, sans compter les 10 différents gardiens qui ont défendu le filet, ont endossé le chandail tricolore.

Cent vingt-quatre joueurs... en sept saisons et demie. C’est beaucoup!

En fait, dans toute la LNH, seuls les Maple Leafs de Toronto (125 joueurs) ont dû composer avec un plus gros roulement de personnel au cours de cette période. Il faut toutefois rappeler qu’au cours des dernières années, les Leafs ont exécuté un plan de reconstruction totale qu’ils ont parfaitement assumé et que les confrères et consoeurs de Toronto ont baptisé le « Shanaplan ».

***

Je vous parle de cela aujourd’hui parce que dans le sport professionnel, la stabilité est le premier facteur de succès.

Quand Geoff Molson, qui venait à peine d’acquérir l’équipe, avait congédié Pierre Gauthier au terme de la saison 2011-2012, il s’était appuyé sur cette implacable réalité pour annoncer le début d’une ère de grande stabilité au sein de son organisation.

Le propriétaire du CH a d’ailleurs livré sa part du marché. Malgré les difficultés des dernières années, Marc Bergevin est toujours en poste. Et seulement deux entraîneurs-chefs ont dirigé l’équipe depuis l’adoption de cette philosophie, alors que pas moins de six pilotes s’étaient succédé derrière le banc au cours des 10 années précédentes.

Toutefois, la liste des 124 joueurs qui ont porté l’uniforme montre que le personnel hockey n’a pas été capable de transposer la philosophie de l’organisation jusqu’au niveau de la patinoire. Et comme par hasard, le Bleu-blanc-rouge est menacé cette saison de boucler le pire quinquennat de son histoire (quatre exclusions des séries et aucun tour éliminatoire franchi en cinq ans).

Jesperi Kotkaniemi

Jesperi Kotkaniemi

Photo : Reuters / USA Today Sports

Quelques chiffres :

- Les 10 équipes de la LNH qui ont utilisé le plus de joueurs au cours des 7 dernières saisons revendiquent 26 participations aux séries sur une possibilité de 70 (37 %). Une seule de ces équipes, les Penguins de Pittsburgh, a participé à la finale de la Coupe Stanley.

- Les 10 équipes qui ont employé le moins de joueurs au cours des 7 dernières saisons ont pris part au tournoi printanier 44 fois sur une possibilité de 70 (63 %). Et la moitié d’entre elles (Washington, Saint Louis, Los Angeles, San José et Tampa Bay) a pris part à la finale de la Coupe Stanley.

- À titre d’exemple, le Lightning et les Sharks ont utilisé 39 joueurs de moins que le Canadien entre 2012-2013 et 2019-2020.

***

Si j’ai choisi d’aborder ce sujet dans cette chronique, c’est aussi parce qu’une lueur d’espoir est apparue cette semaine sur la patinoire du Centre Bell.

Alors que cinq recrues étaient en uniforme, dont quatre âgées de 20 ans, le CH a vaincu les Sénateurs d’Ottawa 3-2 en prolongation mercredi dernier.

En comptant Jesperi Kotkaniemi (le centre de 19 ans soigne une blessure et n’était pas en uniforme mercredi), l'équipe a donc eu recours à 5 joueurs de 20 ans ou moins cette saison. Et ce qui est encore plus encourageant, c’est que Cayden Primeau, Cale Fleury, Nick Suzuki, Ryan Poehling et Kotkaniemi semblent tous destinés à connaître une carrière digne de ce nom dans la LNH.

Depuis le début de la décennie, 15 autres joueurs de 20 ans ou moins ont réussi à faire partie de la formation, mais seulement 5 d’entre eux ont fini par s’implanter solidement dans la LNH.

En fait, il faut remonter jusqu’à la saison 1995-1996 pour retrouver chez le Tricolore un aussi grand nombre de jeunes joueurs destinés à un aussi bel avenir dans la LNH. Cette cuvée comprenait notamment Saku Koivu, Jocelyn Thibault, José Théodore, Darcy Tucker et Craig Rivet.

Il utilise son bloqueur.

Cayden Primeau repousse la rondelle de Nick Paul sous le regard de Ryan Poehling,

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Au cours des dernières années, les lecteurs de cette chronique ont souvent eu droit à des textes démontrant, chiffres à l’appui, à quel point la période creuse qu’a connue le département de recrutement amateur du CH entre 2008 et 2015 a fait mal à l’organisation.

L’effet de cette longue période d’insuccès au repêchage a justement donné naissance à la liste de 124 joueurs mentionnée plus haut. Marc Bergevin a constamment été forcé de concocter des échanges ou de magasiner des joueurs laissés pour compte au sein d’autres organisations pour compléter sa formation... avec toute la marge d’erreur qu’entraîne ce type de marchandage.

Mercredi dernier au Centre Bell, les cinq recrues qui portaient l’uniforme du CH (il y avait aussi le défenseur Otto Leskinen, 22 ans), constituaient donc une sorte de clin d’oeil à la fin des années 2010.

Le plus beau de l’affaire, c’est que d’autres talentueux espoirs rejoindront cette première cohorte au cours des prochaines années. Le défenseur russe Alex Romanov, entre autres, en est un que le Canadien doit absolument attirer à Montréal.

Quelque part au début des années 2020, on peut donc raisonnablement s’attendre à ce que le CH figure enfin parmi la courte liste des détenteurs de la substantifique moelle du succès : une formation à la fois jeune, talentueuse et stable.

Mieux vaut tard que jamais.

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