•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’obsession olympique de la boxeuse Marie-Jeanne Parent

Elle sourit en entrevue.

Marie-Jeanne Parent

Photo : Radio-Canada / Jean-François Vachon

Jean-François Chabot

Il y a sept ans à peine, Marie-Jeanne Parent adoptait la boxe pour suivre l’exemple de son frère aîné. La semaine prochaine, à Montréal, elle espère franchir une étape importante vers les Jeux olympiques de Tokyo.

Pour la jeune femme de 24 ans, ces Jeux représenteraient plus que l’aboutissement d’un rêve. Ils sont une véritable obsession.

Celle qui a d’abord essayé la natation, le soccer, le baseball, le kinball et le basketball, a décoché ses premiers directs et ses premiers crochets au club de boxe le Cogneur dans le quartier Limoilou de Québec.

« Rien n’explique le feeling d’un premier combat. C’est incomparable. Tu ne sais pas à quoi t’attendre. Tu n’as jamais boxé en public. Tu ne sais pas comment tu réagiras en te faisant frapper, et tu ne sais pas à quel point le stress va gruger ton énergie. Tu penses que tu es en forme, mais le stress va gruger 80 % de ton énergie », précise Parent.

« Tokyo, c’est le rêve ultime de chaque athlète de haut niveau. Chaque fois que quelqu’un m’en parle, j’en parle comme si j’y allais. Après avoir réalisé ça, je serais comblée », dit la médaillée de bronze chez les 69 kg aux Jeux du Commonwealth à Gold Coast, en Australie en 2018, dont elle parle avec des étincelles dans les yeux.

C’était ma première compétition internationale. Je venais de commencer dans l’équipe du Canada. Pour moi, c’était très stressant de gérer tout ça. Les Jeux du Commonwealth sont de mini Jeux olympiques. En arrivant, on est pris en main. On est dans un village avec les autres athlètes. On a juste besoin de réaliser notre performance. Ce fut un moment magique pour moi.

Marie-Jeanne Parent, boxeuse

Pour mettre la main sur ce billet à destination du Japon, elle sait que la compétition sera féroce. Le défi est d’autant plus grand pour elle que les 12 derniers mois ont été parsemés d’embûches sous forme de blessures.

« Ç’a été la pire année de ma vie. En revenant des Jeux du Commonwealth, j’ai eu de grosses blessures. En préparation pour les Championnats du monde 2018, je me suis déchiré le ligament croisé, le ligament collatéral et le ménisque du genou droit. On appelle ça la triade. J’ai passé six mois en réadaptation », explique-t-elle.

Comme si cela ne suffisait pas, dès son retour à l’entraînement, elle a subi une fracture de la phalangette de l’auriculaire de la main gauche, que les médecins ont ensuite dû lui amputer.

« L’amputation n'est pas aussi dure que l’on pense », soutient celle qui conclut en ce moment son dernier stage vers l’obtention d’un diplôme en enseignement primaire de l’Université Laval de Québec, d’où elle est originaire.

À Montréal pour son sport

Marie-Jeanne Parent s’est installée à Montréal afin de se donner toutes les chances d’aller à Tokyo, l’été prochain.

C’est au gymnase Pound for Pound, propriété de Marc Ramsay [qui s’occupe notamment de David Lemieux, d'Artur Beterbiev, d'Eleider Alvarez, d'Arslanbek Makhmudov et d'Oscar Rivas, NDLR], qu’elle s’entraîne en ce qui a trait à l’aspect boxe.

Son entraîneur personnel est Vincent Auclair. C’est aussi pour le suivre qu’elle est venue à Montréal. Ce diplômé en intervention sportive de l’Université Laval est un émule de Ramsay et de Stéphan Larouche, les deux éminences grises de la boxe professionnelle au Québec.

Elle ne cache pas qu’elle trouve son inspiration auprès de la championne des super-mi-moyennes de l'IBF Marie-Eve Dicaire. Elle lui sert d’ailleurs souvent de partenaire d’entraînement.

Toutes les filles qui passent en ce moment chez les professionnelles me donnent envie d’aller plus loin. Je m’entraîne avec ces filles-là à longueur d’année. Je parle de Marie-Eve parce qu’elle est championne du monde. Je sais que ce rêve est réalisable parce que je m’entraîne avec elle. Je sais ce qu’il faut pour se rendre là.

Marie-Jeanne Parent

Comment se débrouille-t-elle face à la championne du monde?

« Ça va bien, lance-t-elle pleine d’assurance. Le fait d’être championne du monde ne t’amène rien côté entraînement. Il faut être conscient que la boxe est un combat durant lequel tout peut arriver. Ce n’est pas parce que tu es championne du monde que tu es nécessairement meilleure que moi. »

« Ce que je veux dire est que tu peux être n’importe qui et performer contre une championne du monde. Ça peut être ta journée, comme ça peut ne pas être sa journée. Marie-Eve est tellement pleine d’énergie que cela m’apporte beaucoup. Comme en plus elle est gauchère, et elles sont rares au Canada, ça me fait travailler différemment », poursuit-elle.

Parent lance un coup du gauche contre l'Anglaise.

Marie-Jeanne Parent (en bleu) contre Sandy Ryan (en rouge) en demi-finales aux Jeux du Commonwealth.

Photo : Getty Images / Mark Kolbe

Marie-Jeanne Parent décrit son style de boxe comme un bel équilibre entre la bagarreuse et la technicienne solide en défense.

Je suis intelligente dans le ring. Je ne vais pas frapper pour frapper. Je vais chercher les bons coups pour toucher l’adversaire et bien paraître aux yeux des juges.

Marie-Jeanne Parent

Elle ne voit pas comme un désavantage le fait de ne pas s’entraîner avec les boxeurs qui se préparent à l’Institut national du sport (INS), à l’ombre du stade olympique sous la supervision du directeur de la haute performance, Daniel Trépanier.

« J’ai l’impression que je suis mieux armée que ces personnes-là. Parce que je suis passée par là. Quand tu fais des compétitions avec Boxe Canada, tu dois faire des camps d’entraînement avec eux. Je sais comment ils s’entraînent. Je sais ce qu’ils font. Personnellement, je n’ai jamais été aussi bien préparée que je le suis maintenant. »

La longue route vers Tokyo

Même si elle connaît six des sept autres pugilistes qui batailleront au sein de la catégorie des 69 kg, du 17 au 20 décembre, dans le grand hall de l’hôtel Westin de Montréal, elle sait qu’elle n’aura pas droit à l’erreur.

« La boxe est un sport très traître. Dès que tu perds un combat, ça s’arrête pour toi. Tu n’as pas de deuxième chance », insiste-t-elle.

On se connaît toutes très bien. La boxe au Canada est un bien petit monde. Même si on a déjà affronté quelqu’un, il faut être prêt à s’ajuster parce que tout le monde évolue. On ne peut pas se fier à nos derniers combats. La clé, c’est d’être prête techniquement, physiquement et mentalement.

Marie-Jeanne Parent

Il y a trois étapes à franchir avant de pouvoir poser ses valises au village olympique. Ceux et celles qui se battront à Montréal la semaine prochaine ont déjà réussi le premier test en remportant leur qualification provinciale respective.

Arrive ensuite la qualification canadienne, rendez-vous qu’accueillera Montréal la semaine prochaine.

Près de 120 boxeurs et boxeuses (8 catégories masculines, 5 féminines) tenteront alors de mettre la main sur le titre qui les conduira ensuite aux qualifications olympiques continentales, qui se tiendront en mars, à Buenos Aires, en Argentine.

Les finalistes auront livré trois combats en l’espace de quatre jours. Pour se qualifier pour Tokyo 2020, ceux et celles qui se rendront en Argentine devront se classer parmi les trois premiers de leur catégorie, mais à l’échelle des Amériques.

Faute de résultat, un tournoi de la dernière chance à l’échelle mondiale aura lieu à Paris au mois de juin, où il faudra obligatoirement terminer dans les quatre meilleurs boxeurs de sa catégorie pour se tailler une place dans le tournoi olympique.

Confiante, Marie-Jeanne Parent espère repartir de Buenos Aires avec son billet pour le Japon.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Boxe

Sports