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chronique

La Russie, l’échec d’un pays qui veut se refaire une image par le sport

Elle agite un drapeau de la Russie.

Une femme devant le quartier général du Comité international olympique, à Lausanne, en Suisse

Photo : Getty Images / Fabrice Coffrini

Robert Frosi

BILLET - La Russie a été mise au ban du sport international par l'Agence mondiale antidopage (AMA) malgré tous les efforts qu’elle a faits pour redorer son image.

Les 53 milliards des Jeux de Sotchi n’auront pas suffi. Pourtant, en accueillant le monde dans cette station balnéaire, le président Vladimir Poutine croyait pouvoir séduire la planète en disant que « la grande Russie » était de retour et reprenait sa place dans le concert des nations. Il avait compris à son tour que le sport était un fabuleux « alibi » pour se refaire une image. Car il s’agit bien ici d’une question d’image. Pour certains, le principal objectif est de convaincre qu'on a changé et que si on invite le monde, on ne doit pas être si méchant que cela.

Les grandes nations ont toujours été soucieuses de leur image. Elles ont vite compris que la puissance du sport pouvait leur donner une certaine légitimité internationale. Quand on y regarde de près, la plupart de ces pays voulaient gagner l’opinion mondiale en accueillant de grandes compétitions sportives malgré des droits de la personne bafoués, de la corruption politique ou des idéologies très éloignées de la démocratie.

Un des exemples tristement célèbres est sans nul doute les Jeux olympiques de Berlin en 1936. À cette époque, Hitler a vite compris qu’en positionnant l’Allemagne au centre du monde olympique, il donnait une certaine légitimité à son idéologie nazie pendant un instant.

Les Jeux de Pékin sont un autre bel exemple. La Chine, pays dénoncé pour bafouer les droits les de la personne, a tout de même réussi à organiser ce grand rendez-vous en 2008, et elle accueillera les Jeux d’hiver, encore à Pékin, en 2022.

Il est clair que là encore, comme en Russie, l’argent a été un formidable moteur. La Chine est devenue rapidement un partenaire incontournable du mouvement sportif en investissant massivement dans les grandes compétitions, sans oublier les fédérations internationales et, ultimement, le Comité international olympique (CIO). Là encore, l’image d’une Chine paisible et accueillante contrastait quelque peu avec les principes de la Charte olympique et son article 6 :

« La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Charte olympique doit être assurée sans discrimination d’aucune sorte, notamment en raison de la race, la couleur, le sexe, l’orientation sexuelle, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. »

Depuis quelques années, ce sont les pays du golfe Persique qui se sont invités sur la photo et qui ont commencé à se dire que le sport pouvait sauver leur image. Le Qatar en premier. Ce petit pays qui était menacé par ses voisins directs a misé sa survie sur le sport. En 2013, les dirigeants qataris ont lancé un programme à l’ambition démesurée : organiser les 50 plus grandes manifestations sportives d’ici 2030. Et ils sont en passe de réussir.

Leur dernier coup de maître est la Coupe du monde de soccer en 2022. Les Qataris sont tellement puissants financièrement qu’ils ont même poussé la FIFA à changer le calendrier du Mondial, passant du traditionnel juin-juillet à novembre-décembre, à cause de la chaleur, un problème que tout le monde connaissait pourtant avant l’attribution du tournoi.

Ce qui est incroyable, c’est que l’octroi de ces grands événements sportifs au Qatar se fait au mépris de toute logique. Atteinte aux droits de la personne, conditions de travail d’un autre temps sur les chantiers de construction des stades du prochain Mondial, soupçons de financement du terrorisme, et plusieurs enquêtes en cours sur une possible corruption pour l’attribution de certains événements sportifs, comme les derniers mondiaux d’athlétisme et même la prochaine Coupe du monde. Malgré tout cela, l’image du Qatar dans le monde rayonne partout, même sur les maillots des plus grands joueurs de soccer.

L’image est tellement importante pour ce petit pays du golfe qu’il n’a pas hésité à acheter Zidane comme ambassadeur de sa candidature pour la Coupe du monde 2022 en lui offrant plus de 16 millions de dollars.

Une image vaut mille mots

C’est ce que disait le philosophe Confucius. Il avait tellement raison, car cette politique de l’image sportive n’est pas toujours négative. Elle aura permis certains rapprochements entre des pays autrefois belligérants.

Les plus vieux se souviendront de 1971 et ce que l’on surnommera la diplomatie du ping-pong. Pour la première fois, une équipe américaine de pongistes va être invitée en Chine. Cette curieuse invitation compte tenu des relations sino-américaines pour le moins tendues aboutira à une rencontre historique entre Mao et Nixon. On s’était alors servi du sport pour rétablir les relations diplomatiques entre les deux puissances.

L’autre exemple frappant, c’est celui de 1995 et la Coupe du monde de rugby en Afrique du Sud. Libéré après avoir passé presque 30 années en prison, Nelson Mandela devient président de l’Afrique du Sud. Il hérite d’une nation divisée et veut en faire une nation « arc-en-ciel ». Il va se servir du rugby, qui est pourtant un sport de blancs, pour unifier son pays derrière l’équipe des Springboks. Il profitera de la Coupe du monde pour pacifier sa population. La victoire inespérée de son équipe redonnera un peu d’espoir et de fierté aux Sud-Africains.

L’image des athlètes nord-coréens et sud-coréens défilant ensemble à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018 restera aussi gravée dans les mémoires et sera même le point de départ de négociations entre les deux pays après 55 ans de séparation.

Se servir de l’image du sport pour redorer son pays peut donc être louable, à condition de l’utiliser à bon escient. Dans ce domaine, la Russie a complètement échoué. Elle a lancé un dangereux boomerang qui lui est revenu en pleine face. Celle d’une Russie vaniteuse qui se pensait la plus belle et la plus intouchable du monde comme la belle-mère de Blanche-Neige qui interrogeait son miroir : « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle. »

Aujourd’hui, la Russie nous renvoie une image ternie, pleine de déchéance. L’image du tricheur qui a été pris en flagrant délit et qui a été condamné. Qui sera le prochain maintenant? L’histoire continue à s’écrire.

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